‹ Autour d'une auberge [microforme]Chapitre 17 sur 37 · FT · texte numérisé non relu

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. +7 M. Langevin, dit-il, j'ai un service à vous de- … mander. — Quel est-jl ? — J'ai besoin de votre con.

COUrs pour une cause que vous connaissez et qui in. 1 = Dites, M. de Verneuil, si je puis vous être utile, | Comme toujours, je suis à votre disposition

—Vous avez entendu, hier, M. le Curé, vous avez compris qu’il faut ressusciter la lutte contre l'auberge: un bon catholique n’a pas le droit de rester en arrière quand tout le monde travaille.

—Vous avez raison, M: de Verneuil, il faut que l'auberge disparaisse, c'est une nécessité qui s’impose. . Pour moi, il y a longtemps que je le désire. Hier encore après la messe deux jeunes gens que vous connaissez sont passés complètement ivres. Si c'est pour cette cause que vous réclamez mes services, j'en suis,

et des premiers. J'ai des enfants et j'en veux faire des}

hommes et non pas des ivrognes.

—Très bien parlé, M. Langevin, je vous en re.

mercie de la part de notre dévoué Curé, ce bon M.

Héroux ne fait que gémir sur cette paroisse.

Puisque vous êtes de notre côté comme je le pensais, il faut commencer à semer la bonne semence im médiatement, car nos ennemis ne s’arrêteront pas, eu vous le savez par expérience personnelle. Pourquoi, tandis que vous allez au moulin, ne profitez:vous pas de cette occasion pour dire un bon mpt à ceux. que

AUTOUR D’'UNE AUBÉRCE

vous rencontrerez. Ù

—Comptez sur moi, M. de Verneuil, puisque ous recofunençons la lutte, je me fais un devoir de coinbattre à vos côtés. A bientôt!

Les deux hommes échangèrent une chaude poignée de mains et se séparèrent. Langevin ne manqua pas à la

rant de la situation, les entretint des projets de M. Héroux, discuta longuement cette question et finit. par en convaincre plusieurs que le devoir du moment était de travailler à abolir l’auberge.

er en- — Vous voyez que ça va mal dans la paroisse, mes bons amis, nos jeunes gens ont sous les yeux des scènes

“suis D pour un an du moins, à abolir cette boutique? Voyons poonunent les affaires marcheront. Si dans un an on n'est pas satisfait, On renouvellera l'octroi une autre De tels raisonnements, si pleins de bon sens ne pouvaient" manquer de produire une bonne impression sur ceux ‘que.la question d'argent né liait pas à e im-SSellier. Ce dernier, toutefois, se garda bien d’in-

tervenir dans le débat. H écouta tout sans broncher,

SE qui se brassait. C’est là qne cet acolyte, sur la demane de de son maître, commença sa campagne dans le but

parole donnée. Il rencot: :a des amis, les mit au cou-.

d'ivfognerie révoitantes. Pourquoi n’essayerait-on pas,

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puis rencontra Rougeaud qu’il mit au courant de ce :

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qu'il avait admirablement réussi.

M. de Verneuil ce jour-à ne perdit pas : son “taupe. Il s'arrêta chez plus d’un paroissien,- et reçut un àccueil àssez bienveillant, Les gens de ce rang, se ditil, me paraissent bien disposés. A la bonne heure, il faut battre le fer lorsqu'il est chaud ! Passons plus loin. Il arriva, en peu de temps, chez les Boisdru. Les trois frères Boisdru possédaient les trois terres suivantes. C'étaient des cultivateurs assez à l'aise, généralement connus comme de bons paroissiens. Ils avaient chacun une nombreuse famille, Cependant sans être ivrognes ils passaient pour aimer à fêter de temps à autre. Malgré ce goût pour la boisson ils s'étaient abstenus, du moins apparemment, d'entrer däns la lutte, gardant la stricte neutralité. M. de Verneuil, qui les corinaissait, crut bien faire en les visitant, JI s'arrêta chez l'ainé, Jean-Marie, père de six enfants. Il pénétra avec sa carriale dans la cour; attacha son cheval qu’il couvrit et frappa à la Port -Boisdru lui- ‘même vint fui ouvrir. :

—Bonjour, l'ami, dit M. de Viol en ‘entrant et lui tendant la main, comment va la santé ?—Assez bien, dit Boisdru; enlevez votre paletot et approchezvous pour vous chauffer, et.ce disant, il donna un siège à M. de Verneuil qui s'approche du poêle rempli jusqu'au faîte et qui répandait dans toute la maison une © Chaleur bienfaisante, Mme Boisdru, qui s'occupait des

AUTOUR D'un AUBERGE

soins. du ménage, salua le visiteur, Les plus petits enfants arrétèrent leurs babils, et, tour à tour, lancè-

rent un regard curieux sur M. de Verneuil, puis reprirent leurs amusements.

-— Quel beau temps ! dit ce dernier, quels beaux chemins nous avons ! Nos gens sans doute en profiteront pour terminer leurs corvées. +

—Pour moi, reprit Boisdru, mes charriages sont avancés, et ce matin, j'allais reprendre mes travaux lorsque je me suis blessé au pied droit, heureusement que ce n'est pas grave, je peux marcher, et dans une couple de jours je me remettrai à la besogne, ;

— Comme cela, dit M. de Verneuil, vous ne travaillez pas ce matin ? alors pourriez-vous m'accoripagner chez vos frères ? ‘j'aurais une commu- : nication importante à vous faire. Vous savez, sans doute, que M. le Curé entreprend la lutte contre l'auberge, vous Savez que c’est une nécessité, il faut qu’elle disparaisse si l’on veut arrêter les maux qui désolent la paroisse, vous ne refuserez certainement pas votre concours pour une affaire si importante ?.

— Pardon, M. de Verneuil, si cest pour cela que vous êtes venu me voir, vous vous êtes trompé

d'adresse, Je ne veux pas m'en mêler le moins du

monde. Pourquoi recommencer une lutte qui ne finira jamais? Vous Là avez comme soi, cette cam-

AUTOUR D'UNE AURRRGE

pagne jette le trouble dans la paroisse, crée des malai. ses infinis, des dissensions qui font tort à bien du monde. Laissez-moi vous donner un bon conseil: pour avoir la paix et la tranquillité il vaut mieux, croyez-moi, ne pas réveiller cette question.

—Mais, mon bon ami, reprit M. de Verneuil, vous savez bien que l'auberge cause des désordres sans nombre, combien ‘de nos jeunés gens vont à apprendre à toire et à ivrogner. C’est une plaie qu’il faut - guérir, autrement notre jeunesse est perdue ! Tandis que si nous n’avions pas d’auberge on ne verrait pas tent de scènes scandaîleuses.

—M. de Verneuil, je vous estime. et je vous sais plein de bonnes intentions, vous avez votre opinion sur cette question, moi j'ai la mienne, je la garde! Les auberges sont utiles et je sen tiens là. |

— Dites-moi donc, mon bon ami, en quoi sont-elles utiles ?

.—AÀ loger les voyageurs, reprit Boisdru avec vivacité ! = —Admettez-vous, M. Boisdru, que tout chré tien digne de ce nom doit obéir à l'Eglise qui parle par la voix de ses prêtres. Admettez-vous encore que les curés des paroisses sont chargés de nous enseigner ceque nous devons faire pour vivre en bons chrétiens ?. Très bien. Or, M. Boisdru, notre Curé, M. Héroux, nous montre les dangers que nous courons, et que nos.

AUTOUR D'uxe AUBERGE 74 jun gens courent en conservant dans la paroisse une auberge qui ne peut que nuire, Donc, nous de- -vOns, si nous voulons rester de bons chrétiens, suivre en toutes lettres la ligne de conduite tracée par notre pasteur. On ne peut se soustraire à cette obligation sans manquer à son devoir. D'ailleurs vous connaissez cette parole de Notre-Seigneur: Celui qui n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit regardé comme un païen” ét un publicain.

— Et croyez-vous, M. de Verneuil, que si le Ov réussit dans sa campagne, il pourra enlever toutes les occasions de boire ? Non ! c’est une illusion, ceux qui voudront en avoir, en trouveront toujours, il y aura des “trous”, (1) et ces “trous” sont encore plus redoutables que l’auberge; dans tous les cas, M. de Verneuil, j'ai mon opinion bien arrêtée: en voulant trop obtenir on gâte toute la sauce. M. Héroux est, pour sûr, un bon prêtre ; mais il ne voit pas clair dans cette question, il s’imagine que tout le monde, comme lui, se contente de boire de i’eau de barbote; pour moi, je suis bien décidé de ne pas me mêler de cette lutte.

—Pour répondre convenablement à ces objections qu'ils y aura des “trous,” je peux vous dire que le loi de la Province est très sévère et les punit. Ensuite, ceux qui se font pincer une fois ou deux ne soft plus

(1) Kadroits où l'on vend des boissons fermentées sans licence.

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“sé dé Hoi Supposons qu'il y en ait de ces “trous”, croyèz-vous en bonne vérité qu'ils causeront autant de dommages qu’une seule buvette peut - Causer ?, Je dis non ! et voici ma raison: Dans es “trous” il n’y va que la canaille, les gens qui. ne s’occu- ‘peht pas de leur réputation, Les ; jeunes gens qui se respectent n’y iront pas, ou du moins ne les fréquenteront pas assidüment, tandis qu’une auberge étant tolérée, leurs visites, en cet endroit, sont moins remarquées, ils peuvent, et c'est ce qu'ils font d’ailleurs, y aller continuellement. n un mot, ceux qui fréquentent les “trous” ne s’en vantent pas, c'est en secret qu'ils y vont, tandis qu'à l’a auberge ils y vont au grand jour. M. Héroux en, voulant recommencer cette campagne ne fait que son devoir: il ne demande pas trop. Con- scient de la lourde responsabilité qui lui pèse sur les épaules, il veut enlever cette occasion qui démioralise sa paroisse, et nous tous, nous devons l’aider dans cette tampagne. Pour en revenir aux “trous”, lorsqu'on les trouvera on les dénoncera: ce qui me paraît Face. * Mons: mon bon ami, vous êtes avec nous?

—M. de Verneuil, les prêtres ont leur opinion . R-dessus ; moi j'ai la mienne, et je la garde. —Voyons, mon cher Monsieur, cette question - n'est pas soumise à l'opinion d’un chacun; ‘vous de savéz ‘parfaitement bien. Il n’est pas ‘permis aux paroissiens qu'ils soient simples. particuliers,

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