‹ Autour d'une auberge [microforme]Chapitre 18 sur 37 · TES · texte numérisé non relu

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qu'ils soient conseillers, de la trancher. Non, cette

question intéresse trop la morale pour que chacun puis-

se la résoudre sans avoir égard à l’enseignement du prêtre. C'est le clergé qui doit nous dicter, nous faire connaître, ce que nous devons faire pour gagner le ciel, Ce sont les prêtres Qui sont chargés de: veiller sur nous. La question des auberges, étant une question qui touche le plus la morale, dépend du ministère ecolésiastique, je veux dire que ce sont les prêtres, les curés, qui, dans leurs paroisses sont placés pour juger s’ils doivent permettre ces occasions de péchés. Car l'auberge, quelque bien tenue qu’elle paraisse, n’en reste pas moins une occasion prochaine de péché pour

Un grand nombre de paroissiens? Donc lorsque nos.

curés nous prêchent du haut de la chaire de vérité que. le devoir des paroissiens est de travailler à a faire disparaitre, nous n'avons qu’une chose à faire : écouter et MR —M. de Verneuil, si beau que soit votre scrmOn, si belle que soit Ja leçon que vous avez apprise, je veux conserver mon. opinion : une “auberge est utile. Je ne suis pas un ivrogné, mais j'aime à prendre mon coup quand le coeur m'en dit: ça fait du bien - —Permettez-moi, M. Boisdru, de croire que vous allez ‘nous seconder : c'est pour je bien général. Vous avez des enfants, et pour vos enfants, vous devez leur enlever. les spectacles

. AUTOUR D'uNE AUDERCE | © 45:

avrous sus AUBERGR

| dégoñtants ‘qu'ils ont sous les yeux. Cest” encore 4 pour ces familles qui manquent de pain de vêtements parce que le père boit tout ce qu’il gagne. Combien ,de mères et d'enfants pleurent. Ah ! cher Monsieur, si l’on comprenait tout le mal que fait l'alcool, on se liguerait partout pour faire disparaître ces buvettes qui ne servent qu’à enrichir un ou deux individus, au détriment de toute une population.

. + Oui! dit Mme Boisdru, vous avez bien raison! la boisson c’est Je malheur ; c’est une plaie pour toutes les familles ; je suis avec vous; ouil on-n ‘aurait jamais

- dû en faire!

— Femme, dit Boisdry, d'in ton qui n'adméttait pas de réplique, mêle-toi de tes affaires. Fiche-moi la paix | È

Mme Boisdru étouffa un soupir et se tut. Les enfants s’approchèrent de leur mère et se cachèrent dans sa robe. Evidemment, pensa M. de Verneuil, je

me suis cal adressé; et tout haut:

7, Je suis peiné ‘2 vous voir dans ces dispositions.

Ïl me semble que par le passé vous étiez avec nous ?. Qui a donc pu vous faire changer ?

— Personne, M. de Verneuil, seulement je ne veux pas m'en mêler; bien plus, pour être franc avec vous, comme je viens de vous le dire, je trouve Ho auberge a son utilité. É

| —Ouit reprit encore une fois Mme Boisdru, pour

| AUTOUR D'UNE AURERGE aller boire et faire boire “ton butin’ par tes amis.

— Femme, dit Boisdru, en colère, passe dans ta Chambre ! Je t'ai dit de te taire, tu n’as pas d’affaires ici!

Mme Boisdru, qui se contenait à peine depuis quelques instants, se leva en Pleurant avec ses enfants et s'enferma dans sa chambre. Témoin de cette scène à laquelle il ne s'attendait pas, M. de Verneuil, tout ému, demanda son paletot et sortit.

Boisdru d’un air bourru‘le reconduisit à la porte,

En partant M. de Verneuil ne put s'empêcher de dire:

—M. Boisdru, je regrette la détermination que vous avez prise, j ‘espère que vous reviendrez sur votre Opinion. Encore une fois, c’est pour votre bonheur tout aussi bien que pour celui de la Paroisse. Au revoir.

M. de Verneuil se mit ensuite sur la grande route

et se dirigea vers la demeure de Louis Boisdru, Si je peux être plus heureux 1à, se dit-il ! Evidemment, Sa va mal, dans ce ménage, et dire que je croyais que

tout allait pour le mieux.

En deux minutes, il fut rendu à destination. Il sauta lestement à terre, attacha son cheval et Pénétra dans le tambour de la maison. Il allait frapper quand il entendit une voix rauque comme celle d’un homme. ivre: c'est Boisdru, fit-il en lui-même. C'était lui en effet, qui disait à sa femme: Vas-tu m'en donner |

Jen veux encore! passe-moi la bouteille |

AUTOUR D'UNE AUBERGE | Mme; Bôisdru d’un ton aigre-doux répondit: Ti

n’en auras pas ; tu es plein, Tu sais, prends garde, c’est moi qui te mène ! Si tu ne me laisses pas la paix, Boisdru, tu vas t'en souvenir ! Et Boisdru criait de plus en plus, avec force jurons que nous passons sous silence ‘ Par respect pour le lecteur. Vais-je entrer, se dit de Verneuil ? Que faire? S'ils m'ont vu venir que diront-ils si je ne me montre ? |

M en était à cette réflexion quand il entendit Boisdru répéter à sa douce moïtié: Donne-m’en un, rien qu'un ! L

—Non! non! Boisdru, t'en as assez! Fiche-moi la paix ou sinon, Boisdru insistait toujours.

M. de Verssail qui se rendait compte de lascène intérieure éntendit un bruit singulier comme celui d’une personne qui frappe avec violence sur les joues d’une autre, et Mme Boisdru disait: Tiens! Boisdru, en as-tu assez ?... va te coucher maintenant. Boisson infâme! C'est Je diable qui a inventé cela! … ”

Après quelques instants d’attente, qui lui parurent : des siècles, tant il craignait d’être découvert, M. de - Verneuil frappa à la porte. En un clin d'oeil, Mme Boisdru mit. les chaises en place et ouvrit-à la hâte. C'était une femme d’une taille herculéenne,- grande, “forte, et d’un tempérament énergique. Elle avait ässez d'empire sur Boisdru pour le maîtriser, et C’est sr er

fois, Boisdru prenait des ribotes. Dans ce temps-là; Mme Boisdru devait lui faire la leçon. Ce matin

même le cher homme arrivait du village un peu éméchi,

et on sait le reste.

—Bonjour, Mme Boi:dru, dit M. de Verneuil,

votre mari est-il ici ?

—Oui, Monsieur, il est ici, mais il n’est pas en

état de vous recevoir. Il vient d'arriver plein jusqu’au cou ; aussi je Jai envoyé se dégriser dans sa chambré: C'est qu'ilne me mène pas comme il veut, je le plaindrais ; je sais lui trouver les côtes. Asseyez-vous, M. de Verneuil.

. Non, Madame, merci, je ne peux être longtemps, j'étais venu pour lui parler de l'auberge. M. le Curé voudrait qu’elle disparaisse, si l’on-pouvait réussir?

—— Vous avez grandement raison, Monsieur, de faire la guerre à cette infâme boisson. Que je plains . les pauvres femmes qui ont des ivrognes. Le mien n’en prend que de temps à autre et si je ne me retenais pas, je lassommerais. . . ! mais, c’est encore de valeur ! il faut bien porter sa croix ! Dans tous les cas je vous encourage, mes belles-soeurs et moi, nous allons bien prier pour que vous gagniez votre cause.

Sur ce, M. de Verneuil prit congé de Mme Boisdru. En s’en allant, il se dit: j'en ai assez pour aujourd'hui, je suis convaincu que nous devons travailler avec encore plus d’ardeur et que le bas Dieu ne > PourT me ‘bénir nos efforts.

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