‹ Autour d'une auberge [microforme]Chapitre 20 sur 37 · CEST · texte numérisé non relu

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ù | AUTOUR D'UNE AUBERGE 83 surprend : ils n’ont, eux, aucun intérêt à sauvegarder. Bien plis, leur propre intérêt serait de se liguer avec ceux qui veulent le bien de Ja paroisse, car on ne peut être bon catholique, sans cela. “ Ce n’est Pas assez, dit le grand Fénelon, de ne faire aucun mal: il faut encore

| faire tout le bien possible. Ce n'est pas assez de faire le bien par soi-mêne : il faut encore empêcher tout le mal que les autres feraient s’ils n'étaient retenus.” Cette Darole s'applique avec une justesse remarquable à Ja question qui nous occupe. Pour plusieurs, peut-être, l'auberge ne cause aucun tort, mais pour d’autres, elle fait un mal affreux, et occasionne des scandales qu'il taut prévenir. Or, mes amis, tous les chrétiens sont frères, ils sont membres d’une même Eglise, ils attendent une même récompense, par conséquent, tous tant que nous sommes, nous devons avoir à coeur de procurer à nos frères les moyens de se sanctifier, et si nous voyons qu’ils courent des dangers nous devons autant qu’il est en notre pouvoir écarter ces dangers, les éloigner d'eux, car, jusqu’à un certain point, nous répondrons de l’âme de nos frères. On ne pourrait tolérer ces occasions de péché qu’autant qu'elles seraient nécessaires ou qu'elles auraient une utilité incontestable. — | —{L'’est pour ces dernières raisons, reprit Latulle, que nous devons garder l'auberge, Elle est utile et né-

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—Utile, en quoi ? nécessaire! comment cela ? expliquez-vous, dit de Verneuil à Latulle.

—Une auberge, dit ce dernier, est utile pour recevoir lles voyageurs. ..! D'ailleurs, l'alcool, le vin, les boissons fermentées ont rendu des services signalés dans les maladies. .

—T'as raison, __ Mme Latulle, qui commençait à trouver le discôurs de M. de Verneuil trop long, t'as raison, si M: de Verneuil était malade comme il y en a, il ne chanterait pas la même chanson.

— Mme Latulle, dit M. de Verneuil, laissez-ruoi répondre à votre mari, et ensuite je vous répondrai. Vous avez dit, M. Latulle, qu’une aüberge est utile pour recevoir les voyageurs ! Mais, dites-moi, est-elle indispensable ? Elle serait indispensable si les voyageurs qui nous visitent une fois ou deux par année ne pouvaient trouver à loger dans les maisons privées. Supposons encore que cela ne se puisse faire ! ne pourrions-nous pas avoir une auberge de tempérance, qui logerait les étrangers, comme la chose se pratique dans : plus d’une paroisse ? Ajoutez à cela que plusieurs de ces messieurs préféreraient souvent ne point rencontrer de liqueurs sur leur chemin, ils économiseraient un joli montant, tandis que, autrement, ils sont pour ainsi dire forcés de faire de lourdes dépenses. Maintenant, pourauoi conserver dans la paroisse une occasion si ‘funeste à nos familles, à nos jeunes gens, à cause de ces

étrangers que nous ne connaissons pas, et qui ne reviendront peut-être jamais plus ici ? Comme vous le voyez, l'argument peut se résumer comme suit: les voyageurs trouveront toujours à loger même si nous n'avons pas d’auberge, un grand nombre s'en réjouiront à cause des dépenses que ces lieux leur occasionnent, et notre Paroïsse y gagnera. 5

Maintenant, Mrre Latulle, pour répondre à-<e que vous avanciez tout à l’heure, que la boisson est un remède, dites-moi dans quel livre de médecine vous avez trouvé cela. J’étudie depuis de. longues années cette brûlante question et je n’ai trouvé que des auteurs qui prétendent le contraire. Bien plus, aucun médecin ne pourra enseigner à ses clients ce que vous dites, autrement il serait en désaccord avec les données de 1a science médicale qui condamne l'alcool. I1 y a des cas où l'alcool geut rendre quelques services : ces cas sont

rares, par exemple: dans Ja fièvre typhoïde et la pneumonie. <

—Pour moi, M. de Verneuil, je vous dirai que la boisson est un vrai remède. J'étais toujours malade lorsque je me faisais soigner par le docteur, aujourd'hui, je ne suis pas encore forte, mais quand je suis indisposée mon vieux me donne du “gin” ou du bon “brandy” et je reviens en un clin d’oeil. Ur verre bien chaud, sucré, réchauffe et guétit. | ;

—Non, Madame, la boisson n’a jamais guéri per-

sonne, c'est une erreur, au contraire | l'alcool est un poison. Il produit les effets les plus désastreux sur tout l'organisme humain. Je ne puis ce soir entrer dans de longs détails, je le regrette; car vous travailleriez à vous débarrasser de cette passion qui deviendra Pour vous une seconde nature. (1) L'alcool brûle l’estomac. Cette membrane est recouverte d’une peau délicate, comme celle de l’intérieur de la bouche et du nez. Quand vous prenez un verre d’eau de vie, ou plutôt d'u de feu, ainsi que les sauvages du Canada l’appela +, vous sentez dans votre bouche, sur votre langue, lans la gorge, dans le tube digestif une sensation de vive vrülure, Cette brûlure, si elle est souvent renouvelée, irrite l'organe. Il se forme alors dans l’estomac des plaies qui guériraient encore si le buveur discon- tinuait de boire. Mais, non, le contraire arrive: l’alcoolique sent augmenter le désir de boire à mesure qu'il en prend. Son estomac devient malade, il ne digère plus... l’appétit disparait. Les dérangements deviennent plus fréquents, il y a même des vomissements. Le malade souffre d’une manière atroce toujours dans la région de l'estomac, ces douleurs s'appellent des gastrites, et sont souvent l'indice qu'il y a des ulcères dans | cet organe. Puis, peu à peu, ces ulcères amènent des

(1) Des ouvrages anti-alcooliques. de M. Ed. Rousseau, Alcoo! et

vomissements de sang, des hémorragies, qui causent la mort. Le cancer d'estomac est, Je plus souvent, causé par l'abus des liqueurs fortes. Croyez que ceci est basé sur la science. Le foie, les reins sont affectés par l'alcool. J'en aurais trop long à dire sur les maladies occasionnées sur ces organes : l’atrophie du foie, le cancer du foie, Ja jaunisse, les vertiges, les étour--” dissements, les syncopes, tous ces maux sont souvent produits par la boisson. , Je vous étonnerai peut-être en vous disant que’ l'alcool n’est pas absorbé par les organes, mais passe de l'un à l’autre sans se décomposer. Il sème sur son parcours des ravages irréparables. Sur le coeur, le cerveau, les poumons, ses effets sont aussi désastreux. La plupart des cas d’épilepsie et de folie sont dus à l'alcool. Visitez les prisons et vous me direz ensuite si la boisson peut'être utile. Non! non i il faut être aveugle pour ne pas voir les désastres, les maladies, causés par cette maudite boisson ! Encore une fois, mes bons amis, je regrette de ne pouvoir entrer dans de plus longs détails, mais nous Pourrons nous reprendre, et je me fais fort de vous convaincre, —C'est curieux, tout de même, hasarda Mme Latulle, jamais je n’aurais cru qu’un pauvre petit verre pût causer tant de dommage à la santé, —Madame, dit à son tour Rougeaud, il faut avouer que M. de Verneuil ne voit les choses que sous

De z auroux 'owt AumtaGt

leur-plus FRERES Il ae dit ges -di'en D pet coup donne du coeur, égaie, sp nd no oublier le chagrin.

—M. Rougeaud, ce petit plaisir, que vous prétendez avoir lorsque vous avalez ce poison, vous le

| payez ce semble assez cher. Dans tous les cas, Messieurs, je vous laisse à ces réflexions, espérant que, tous ensemble, nous -deviendrons du même avis.

—Pour cela, dit Rougeaud avec feu, jamais!

—Vous né,me surprenez pas, Monsieur, quand on a pour ami, pour maître, un Sellier, on peut se moquer des conseils de son Quré et des avis des médecins: Sur ce, je vous laisse le bonsoir, espérant que M. Latulle, et que vous tous, vous serez bientôt avec les apôtres de la tempérance.

Lorsque tout le monde fut parti, Mme Latuille dit à son muri:‘ Mon vieux, tu sais, je n’en prendrai plus, ça bien du bon sens ce que M. de Verneuil vient de dire. Je ne veux pas courir le risque de mourir de

“gasssstrralgique” ..... c'est peut-être ça que j'ai souvent; on va bien voir, j'en prendrai plus ! ”

capable de l’intimider pour qu’elle se ferme la boîte ?

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