‹ Autour d'une auberge [microforme]Chapitre 27 sur 37 · UNE VICTIME DE L'ALCOOL · texte numérisé non relu

UNE VICTIME DE L'ALCOOL

Les jours qui suivirent la victoire de Rougeaud rent témoins de scènes inouies jusque-là. Les bûerons engagés au moulin de Sellier se portèrent à des xcès regrettables. Quand la passion se met dans le veur de l'homme, ce n’est pas la raison, mais c’est la ête qui mène. Les ivrognes, les débauchés, durant sieurs jours, se mirent à insulter les honnêtes gens qui n'avaient pas craint d'appuyer M. Héroux et M. Verneuil. On brisait les carreaux des fenêtres, on nçait des pierres sur les maisons ; on attachait des imaux morts à la porte de leurs demeures, dans le ut évident de les intimider pour f’année suivante. Le Curé fut même insuité bar ces gens sans vergogne. ant il est vrai de dire que le démon rend furieux les buveuts d'alcool; ils perdent la raison avec ies sentiments délicats de la dignité et de ia politesse, Cet orage, heureusement, fut de cov-‘e durée mais fit cependant une profonde blessure au coeur si sensible dé M. Héroux, qui n'eut jamais pensé que ses patoissiens se fussent dés à de tels excès. Peu à peu,

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tout rentra dans le caïme. Ce qui n'empécha pas Bon de faire d'énormes profits à en juger par le nombre soûlards que l’on voyait chaque jour.

Le temps qui guérit les Messures et dissipe ennuis s’écoula avec sa rapidité ordinaire, Les lon mois de l'hiver s’enfuirent à tire-d’aile, et le printem

h revint avec ses jours ensoleillés donner aux humb | mortels de nouvelles espérances, et À la nature entiè un renouveau de vie. :

Dès les premiers jours de mai, après son déjeun frugal, M. Héroux se rendait dans son jardin et ! pendant que les oiseaux gazouillaient dans les ‘grand arbres, il travaillait de ses mains à l'embeflissement d

. Ce coin de terre qu’il appelait son “petit paradis ter restre”. Il aimait à converser avec ses fleurs. Celles ci, en le voyant, semblaient de reconnaître: elles s faisaient de jours en jours plus belles et plus odori. férantes. |

Un matin pendant qu'il méditait sur les beautés de la création en Contemplant les oeillets fleris et les roses épanouies, la servante vint lui annoncer, en toute hâte, que M. Boisdru le demandait au bureau: c'était, en effet, Jean-Marie Boisdre sir clamait son ministère Pour son frère qui, disait-il, était en danger. M. Héroux prit son manteau, Je sac des malades, et monta en voiture. :

—Nous devons faire diligence, dit Boisdru, je

ed

crains qu’il ne soit trépassé à notre arrivée. Le Curé lui demanda s'ij Y avait longtemps que son frère souffrait, et de quelle maladie ? Boisdru sitait à répondre. M. Héroux n'en demanda pas plus + lui dit: Fouette et dépêche-toi !

En moins d’une demi-heure, ils furent à la mai. on. Mme Boisdru, en larmes, ouvrit la Porte, et dit au Curé: “I1 est trop tard, mon mari à rendu l'âme melqu-: instants après le départ de mon beau-frère. Quel malheur! M. le Curé, il s'est suicidé, dans un ioment de folie”, M. Héroux, suffoqué par d'émotion, pénétra dans chambre du pauvre Boisdru. I] gisait sur un lit, la sure congestionnée, noircie, horrible à voir. Ses enants poussaient des cris à, fendre l’âme.

—Qui! c’est un grand malheur, Madame, je le dé- D "< avec vous, dit M. Héroux. I] est trop tand pour ü administrer les derniers Sacrements “sous condiion”, puisqu'il est mort depuis bientôt une heure, —Quelle mort ! Monsieur le Curé, quelle mort! Ï vous saviez comme j'ai souffert depuis huit seäaines. I] ne dérougissait pas. J'avais beau caher la boisson, casser les flacons, il en trouvait bujours. Je n'osais trop me plaindre, Jusqu'à * derniers mois, j'ai pu le maîtriser. Quand il a avait trop, je lui donneis une bonne raclée. L'effet ait merveilleux : j'avais l'espérance qu'il se corrige-

Ebbe he SC

"I avait les yeux effrayants à voir, les muscles du

à la course, et parvint à le calmer, 11 venait de 1:

ee da tte contre La murale. Je crus quil ali seen

rait; mais depuis la fête de Seilier, je crois qu'on l’a ensorcelé, car il n’a pas passé une semaine sans revenir en bo:Sson. 11 devenait de plus en plus furieux: j'en avais peur. Je craignais de dormir lorsqu'il était en cet état. Il m'avait même menacé de me tuer: Chose curieuse, il avait autrefois du respect pour les prêtres : mais depuis ce temps, devant ses enfants même, il blasphémait, sacrait comme jamais, Pour sûr, disais-je,

. Boisdru, ça va mel! Tu fréquentes des méchants compagnons ; fais donc attention à tes enfants qui t’écouteut!.......Rien ne fit. Depuis-huit j Jours, îl n’a pas nice

“ Land Fee il eut une attaque de nerfs à ce que

m'a dit le docteur. Il arpentait la salle de long en large, puis vint enfin me trouver et me déclara qu’on voulait le tuer. Je lui ai demandé s'il devenait fou ?

— "Non, dit-il, c’est Jean-Marie qui m'a appris-cela.”

To à og: il se prit à à trembler de tous ses.mem-

bfes, il pleurait, Fair hébété..….. demandant grâce |

visage si agités, les cheveux droits sur la tête: j'en ai

eu peur, Je dis au plus âgé de mes garçons d'aller chercher son oncle. Jean-Marie que vous voyez arriva

laisser quand -je vis mon mari ever et.se frapper

“ D'autres fois, il voyait des animaux autour de lui däns la chambre. Des: serpents, disait-il, voutaient l'étouffer, des morts lui apparaissaient et Jui reprochaient ses fautes. M. le Curé, je suis si fatiguée de passer iles jours et les nuits à le veiller que je n’en peux plus, On mie conseilla de faire mander encore une

RSS D AS docteur. IT vint: dt ame dit qu'il souffrait du es “Déliritn /Tremens,”. causé Par fa boisson, 11 jui dis-je, donha des remèdes qui le Calmèrent; je pus me reenr poser un peu, .

écou-

‘Je le croyais guéri, quand hier il eut une

était ici, car il se serait tué. Je suis forte, M. le Curé, cependant, Jeañ-Marie et'moi nous avons dû l’attacher. Il avait, semble-t l-il, passé une assez bonne

0" D nuit, sous l'effet des calmants que je lui avais dohnés. Où? D Voyant cela, ce matin, je l'ai détaché. J'étais si fière.

ele. de le croïre mieux, et puis, Ça me broyait le coeur de D lévoir attaché sur ce fit -Je lui ai parlé; il m'e ré

ci pont: sehsément, Il y avait à peine un quart d'heure

| MU que | devais laissé seit quand la petite fille vint me

TUE chere e: ner … là course. — “Venez vite, mamañ, dit-elle, :

M QE mon père est péndu” — Pendui grand Dies este | # ossiblé Pauvre Boisdru, il s'était pendu avec la; …

qui l'avait fé,

nouvelle attaque. Heuretisement que mon beau-frère

Ego 52

134 AUTOUR D'UNE AUBERGE * k:

Ici, Mme Boisdru éclata en sanglots.

“ Je coupai la corde, reprit-elle,

sa figure était toute bleue; il avait ja langue sortie, sa bouche é&umait... c'était affreux. Mais il n’était pas encore mort.

Le À mes cris, et à ceux des enfants, les voisins

que j’ai pensé à vous envoyer chercher... Peut-être me disais-je en moi-même 1 qu’il arrivera à temps au moins pour l'administrer ? . Boisdru, M. le Curé, n'avait que ce défaut. Il aimait SE de temps en temps à prend ne lui arrivait pas souvent.

derniers temps qu'il me fit de la misère, Je f'

| malgré tout; c'était un r d’ho:

it ses pâques, il n'y 2 ++ M. le Curé,

unérailles ? Pour sûr qu'il ne peut entrer dans le cimetière > Mon Dieu !

je suis persuadé que M. Boisdru s'est suicidé, . S'il avait fait 6es

… était

réponse.

- Puis, pour Consaler de son mieux cette femme en deuil, il lui parla de da

en voiture, le bon Dieu est Je seul juge. Ila Pardonné au bon larron sur

la croix. Il ne faut pas désespérer, il est si bon. Courage donc ! Je prierai avec vous pOur votre mari,

Arrivé au presbytère, il écrivit la lettre suivante à son Ordinaire :

- Monseigneur,

Un grand mafheur est arrivé dans ma Paroisse, J'en suis d'autant plus désolé qu’il est tombé sur une de mes bonnes familles, M.

Boisdru, dans un moment de délire, a mis fin à ses

jours. Ce délire, Monseigneur, Sausé par l'abus des liqueurs enivrantes, Cependant, je dois vous dire que Boisdru n’était pas un

ces derniers temps qu’il a fait

1136 ‘ Avioux d'une Ave

: Ce sont d'honnêtes gens sous tous rapports. Je demande humblement à votre Grandeur de me dire ce que je dois faire:

J'ai l'honneur d’être, Monseigneur, de votre Grandeur, le fils soumis en N. S.

Héroux.” 4 Par le courrier suivant, l’Evêque fit connaître sa décision.

“ À Monsieur Héroux, Curé de Notre-Dame de la Pointe-eux-Foias : Mon Cher Curé,

J'ai votre lettre de ce matin, et je regrette ee -Obligé, dans les circonstances, de refuser la sépulture ecclésiastique à. M. Boisdru. Les abus qui se commettent dans votre paroisse, les violences dont vous avez été l'objet dans: votre campagrie contre J'alcoot, me forcent à prendre cette mesure énergique. C'est un ‘exemple qu’il faut donner à votre population pour fui

ouvrir les yeux. Le bon Dieu vient d'en -donner:}'c casion. - Pas e msronde avoir fie grâce an paire maïheureux !

Croyez-moi, se Le.

Fe - Mon Cher Curé, ni ra | Votre dévoué”

+ ce Héroux s'attendait à cette réponse. Atsst 3

LE ne rer rc .

aille éprouvée, On prit des arrangements pour éviter tout éclat. Vers neuf heures du soir, des hommes ses . portèrent le cadavre au cimetière, le passèrent par des- ne |

“prie, elle pleure, et ses chants pieux; ses cérémonies | religieuses sont la suprême consolation des survivants.

* de leur cher défunt, mais il est mort muni des sacre- -ments de fa religion. Il: repose dans la terre bénite.…

sus la clôture, et le déposèrent dans la partie réservée aux. enfants morts sans baptême. Ceux qui furent témoins de cette scène lugubre ne l’oublièrent jamais.

Oh ! qu'elle est triste cette inhumation faite sans des prières de l’Eglise ! Qu'il est grand alors le deuil de ces malheureuses familles pleurant une telle mort 1 Au décès de chacun de ses enfants, l'Eglise, comme une tendire mère, vient déposer sur la dépouille mortelle, avec ses regrets, ses prières et ses soupirs. Elle

: Il est mort, disent les parents en pleurs, en parlant

Cette pensée seule suffit pour cicatriser la blessure que - a mort vient de faire. REt

: Heureux celui dont les cendres : reposent aux pieds es RS symbole de la Rédemption, espérance des -mourants | |

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