‹ Autour d'une auberge [microforme]Chapitre 29 sur 37 · UN BON COEUR · texte numérisé non relu

UN BON COEUR

ee Mie EN 1 NS me:

; Les derniers jours de juin amènent chaque année les examens des enfants de nos écoles, Marie Bonne.

1 élèves Pour ce ‘à &rand jour d'épreuve. La salle avait été décorée pour E. la circonstance. Des Suirlandes, des Couronnes de ver- 5 dure, chargées de fleurs variées, des sapins fraîchement L coupés, domnaient un air de fête à l’école du village, LL. En effet, ce jour-là est réellement un jour de fête pour D ROS enfants, C’est le jour où Je travail reçoit sa ré.

‘rar

. pour reconnaître l’applica fesse studieuse,

» Proprement vêtus, Jes petites

aires, parmi lesquels M. Rougeaud et l’Ami, prirent place à ses côtés. Comme on le voit, dans cette paroisse, contrairement aux habitudes reçues ailleurs, jes nembres du Conseil étaient en même temps commis-

Le es enfants subirent un excellent examen. “ Melle onne. M'°nneterre, disait-on, est une bonne institutrice.” Seul, LE ur ce MA°USeaud parut s'ennuyer de la durée de la séance, La distribution des prix faite, un jeune élève vint pro- 44 roncer un joli compliment à l'adresse du Curé, des com- __ Mnissaires et des parents.

= Alors M. Héroux se leva ; il loua hautement l’ins- “di itutrice, et félicita les enfants

L° annoncées; ce petit blie onde d’écoliers et d'écolières prit sa volée pour un

repos mérité,

2 avait oublié de le * +. sPpcésions de ° M. Héroux qui la Consola. “ Mais, dit-il, c'est un u. Mu signe. Soyez certaine qu'on ne fera rien sans s. Htu'on m'en parle, Si on hé vous a rien dit, c’est

saires ne venaient pas la voir, elle conçut des craintes Qui sait, se dit-elle, si on ne consultait pas M le Curé Que deviendrions-nous, mon vieux père et moi Ces inquiétudes se changèrent bientôt en réalités. Ex . @ffet, elle eut un jour la visite d’une jeune personne. —Vous êtes Melle Manie Bonneterre, dit celle-ci en entrant, Oui, Mademoiselle, répondit Marie.

—Moi, dit l’étrangère, je suis Anne Jolicoeur: jusqu'à cette apnée, j'ai enseigné au village des Trois- Saumons. C'est vous qui, l'an dernier, avez enseigné ici?

—Oui, Mademoiselle, il y aura bientôt cinq ans que je suis l’institutrice de la paroisse, .

—Je suis heureuse de vous voir, reprit Melle Jolicoeur, j'ai appris que vous preniéz un repo mérité cette année, et l’on m'a offert de vou remplacer. Je sais un peu d'anglais ét l'on me promet un salaire de cent cinquante piastres si je veux ‘accepter. Je suis pauvre, on ne s'enrichit pas dan: notre carrière, Mademoiselle, aussi serait-ce pour 0 un aubaine que de gagner $150.00 annuellement. Mai vous pleurez ! Melle Bonnéterre, qu'avez-vous donc ?

Cette dernière, n’en pouvant croire ses oreilles fut si surprise d'entendre dire qu'on avait fait des dé ; rm hrs Ame dd e

ca

j'aime... D'ailleurs, Mademoiselle, vous me dites que -vous êtes pauvre, moi, je suis seule avec mon vieux:

: Hdged aralt fais Gontre elle parce qu'elle donna

—Mademoiselle, dit Marie Bonneterre, pouvez- "vous me dire qui vous a appris que je me retirais ?

—Certainement, j'ai apporté avec moi la lettre que M. Rougeaud m'a adressée: La voici. Et, ce disant, elle tendit 1a lettre à Melle ”-nneterre qui fut :

“ A Mademoiselle Anne Jolicoeur, Institutrice aux Trois-Saumons. pes Mademoiselle,

Comme nous aurions besoin, pour la paroisse de ; Notre-Dame de la Pointe-aux-Foins, d’une institutrice qui sait l'anglais, les commissaires m'ont chargé de vous offrir l'école du village; ils seront disposés de vous donner un salaire de cent cinquante piastres. Melle Bonneterre se retire cette année.

Signé: ROUGEAU

Marie Bonneterre remit da lettre à Melle RS 3

.—C'est un mensonge de Rougeaud, dit-elle, je n'ai jamais eu l'intention de me rétirer d’une carrière que

père malade, et je suis -xf seul soutien.

En disant ces paroles, Marie éclata en sangléts — Que ferions-nous mon Dieu, dit-eile, pour. vivre! È je ne le sais pas! R:

; Elle contima ensuite à rapporter les plaintes que

- suivant fui, ee

; :# PRE é : ; à . Sr

:. —#nfin, conclut-elle, cet homme m'en veut de même qu'à mon père parce nous avons approuvé M. ke. | Ouré dans sa campagne contre l'auberge. Du reste, j'ai … ici le cahier des rapports. Vols dernier Le dou -:: 29 juin:

“Nous, prêtre Curé, soussigné, en compagnie de Messieurs les commissaires, ayons ce jour examiné les enfants de cette école, tenue par Melle Marie Bonneterre. Nous n'avons que des louanges et des félicitations à adresser, tant abx élèves, qui possèdent leurs “matières à la perfection, qu'à institutrice. ‘ Nous pro- -posons que son nom soit envoyé à M. le Surintendant … de l'instruction publique pour qu’elle reçoive la récom- ; pense accordée aux institutrices dont les.élèves ont'subi +. de meilleur examen.” SAC Pour is première fois, Marie Bonsetesee d'apercit 9e Rougeaud n'avait pas signé ce eappèrt avec les

* ‘dutres commissaires.

Melle Jolicoeur se leva pour prendre congé. Pois, . s'adressant à Marie, elle lui dit:

mue Mademoiselle, j'en ai assez; ne concevez-au- . Cune crainte; jamais je n'accepterais une école dans Ces conditions, Non ! je me reprocherais cela comme

E. ‘une mauvaise action. Je perdrai certainement la moitié

og :

Pen e |

: CHAPITRE XVIL.

L'ABIME APPELLE L'ABIME Instruit de ces faits, M. Héroux voulut en avoir “le coeur net; il fit venir l’Ami au presbytère et:le pria de se rendre chez ses col: ègues, pour leur demander des ‘explications sur le changement d'institutrice projeté. Tous firént la mênie réponse : “Je.ne suis pas opposé à Melle Bonneterre; M. Rougeaud a proposé tinemai- [tresse qui sait l'anglais : il s'engage à payer le montant * «excédant le prix réguliér ; c'est pour cette raison que nous approuvons lé changement. MS nos = ‘Voilà, dit l’Ami, à M, Héroux, qu'on: exerce une | vengeance contre les Bonneterre. Il faut que je tonnâisse le fond de cette histoire. Demain, j'irai porter à Sellier Ta argent que je lui dois; je tâcherai de faire ‘Jaser son acolyte. “on 7 Héroux demanda encore à l'Aemi di rh Rou- — geaud à passer at presbytère, Le nom l'Ami se - rendit au moulin. :

Es —Je viens racheter mon billet, dit-il à Sellier, en entrant. —Déjà, fit ce dernier, il n'y a pas de presse! eus vrai! mais je préfère RUES tandis

ir

lis

qu je pu. Res + Sellier ne se fit pas prier: il ve les billets de

L es et remit le billet. -

L'Ami, après l'avoir"remercié avec force compli-

ments, se hâta de sortir pour rejoindre Rougeaud. Ce

dernier. retournait chez lui;-en l’abordant il lui posa

£ cette question: Pourquoi êtes-vous opposé à à l'engage- : ment de Mell: Bonneterre?

= 7 C'est qu ’élle n'est pas assez réservée ; elle ne mé: nage personne, la pédante !

—Tout de même, elle est bonne institutrice ; je

. souhaiterais la réengager.

: Vous! si vous saviez comme elle en a conté sur

-vous, M. Sétlier et moïil Au reste, ce derniere en a assez ; : il n'en veut plus. : : , 2 Vous avez raison, votre maître défend ses in. ‘: itérèts, n'est-ce pas? ke

d Entre nous, reprit pre vous êtes ds he

“res, : je. peux faire cette confidence: M. Sellier a des : intérêts dans l'auberge. Marie. Bonneterre et son.

: père nous font tort ; si vous nous aïdez l'an prochain,

vous serez récompensé

.—Brayo! voïlà. qui. est bien parlé: je me sou- :

2 viendrai longtemps dé vos prodigalités. 2

En quittant Rougeaud, l'Ami lui annonça-que M. :

| éeur À volae vor D ie à à

Tu 6s toujours en peine, lui dit ce dernier!

Vas-y, et fais-toi conter ça ! Quel pays que le vôtre ! Vous ne-pouvez rien’ faire sans avoir les curés sur les talons : c'est une vraie tyrannie, quoi! En France, mon vieux, c’est, une autre chanson: on :ne s'occupe pas plus des curés que de rien : là, au moins, chacun tour-

ne, vire, éomme il l’entend: c'est la liberté: il n'y a pas de catéchisme, les écoles sont publiques et neutres : ah! si je m’appelais Rougeaud, je voudrais le voir le calotin qui chercherait à m’imposer une institutrice que je n’aimerais pas! - Fe Se

Hélas! Sellier n'avait que trop raison. La France

se meurt sous le gouvernement infâme qui la régit.

Les impies réclament la liberté pour eux, mais ils la

refusent aux catholiques qui souffrent des persécutions continuelles. - Pour arriver à leurs fins les francs-ma-

Sons ont attaqué les écoles: ils les ont laïcisées. Ils ont chassé les religieux et les religieuses -de leurs couvents; puis se sont mis ensuite à piller les églises.

Ce n'est pas'tout: ils s'attaquent maintenant au clergé. Îls emprisonnent les évêques, les prêtres qui refusent de reconnaître des lois-injustes, draconiennes, et qui revendiquent la liberté de l'Eglise. Les dernières nouvelles nous apprennent que le Cardinal Andrieu, Mgr

- Amette ont été poursuivis et condamnés par des juges

/ à la crèche du gouvernement. Mgr Ricard et plusieu-s

vicaires générau.., le 2 juillet 1909, ont recule même

AUTOUR D'UN AUBERGE : honneur pour avoir défendu les droits de l'Eglise du Voïlà la liberté si vantée par Sellier, type parfait de tant d’autres, qui viennent sur nos bords, exaiter ‘les bienfaits de la libre pensée. «et plaindre les Canadiens parce qu'ils sont restés attachés à leur foi. Les discours de Sellier devaient produire sur Rou- |. geaud des effets désastreux, c’est ce qui arrive d’ailleurs le plus souvent: à force d'entendre les nêmes | Chansons on finit par les apprendre. ; Sur le.soir, après avoir pris quelques verres d’eau- | de-vie pour se donner du courage, 1! se dirigea vers le presbytère. M. Héroux, qui était seul, le reçut avec sa | bienveillance accoutumée. Après les saluts d'usage, il lui demanda quels étaient les motifs qui le poussaient à refuser Melie Bonneterre ?

. C'est, dit-il, parce que nous voulons que nos en- :: fants apprennent l’ lais ; mes collègues trouvent que l’enseignement de cette maîtresse laisse à désirer; elle | néglige le nécessaire pour le catéchisme. Nos écoles | sont arriérées ; notre système est démodé ; de nos jours, il faut être plus pratique. M. Sellier s'y entend en fait. d'éducation, et il trouve que les vieilles routines ne sont plus de mise. ie Rougeaud, je ne suis pas surpris de vous -:

L entendre répéter ce que. votre maitre enseigne depuis

plusieurs années. I existé une clique de nouveeux

venus, dans : Vs rimes villes surtout; dont le Dlaisir est de dénigrer nos écoles et nos plus belles institutions. Ts veulent implanter dans notre pays des systèmes -.absurdes: ; la gratuité des livres, l'uniformité des livres, d'école obligatoire, sans omettre la création d’un ministère de l’Instruction publique: Tout cela, pour arriver plus facilement à la déchristianisation de nos écoles, qui, pour eux, sont trop catholiques. Cette bande de chenapans, ‘d'impies, semblent payés pour crier bien haut que nous somwnes arriérés: qu'on les appelle Sellier ou autrement, ils font une oeuvre diabolique. «—Vous prétendez, sans doute, que tous ceux qui

. nous viennent de France sont aussi mal disposés? |

—À Dieu ne plaise! Il y a parmi ceux qui nous ‘arrivent des âmes d’élites ; nous les recevons à bras ouverts; ceux-à sont ños frères ; ils ne dénigrent päs nos écoles, et se montrent attachés à la religion dans laquelle ils ont eu le bonheur de naître. Mais je parle de ces | ‘gens qui trouvent à rediré sur nos institutions nationaks, et qui cherchent à les détruire. M. Sellier est de œux-là. Il ne respecte rien ; à l'entendre le clergé est l'ennemi de la société. : Pourtant, si vous connaissez votre histoire, c’est le curé de paroisse qui a fait notre pays ce qu'il est. Ces gens-là ne sont pas des aveuges, et ils sont obligés d’avouer la véracité de ce fait historique, Tentez, lisez ce passage du livre de M. An ar use x tout pros — eh dit ri

|aroue so avmenne

ù sans Fappui du prêtre, nos compatriotes d'Amérique auraient sans doute été dispersés ou absorbés. C’est le

: clocher du village qui leur a fourni un centre, alors des D due leur ancienne métropole les abandonnait totaled'un D Mment..,... c'est le curé de campagne qui, par son enarri- D Seignement de chaque jour, a perpétué chez eux ces oles façons de penser et ces manières de vivre qui font : L. : l'individuatité de la civitisation canadienne; c’est l'E- = Bien glise enfin qui, prenant en mains les intérêts collectifs : selle M de notre peuple, lui a, plus que quiconque, permis de . se défentire contre les persécutions ou les tentations qui britanmiques. Aujourd’hui encore, il y a partie liée, au : Camada, entre Le clergé et ses fidèles de langue franous M Gaise. Comme hier, comme il y a cent ans, le mainou- tien du catholicisme semble donc être la principale Le condition de la. persistance de notre race et de notre

langue au Dominion.”

. Vous le voyez, M. Dont continua le Curé, . Comme ces calomniateurs sont peu conséquents avec eux-mêmes. ‘Après avoir écrit que c’est le clergé qui à sauvé notre rationalité, en prenant la défense des ifttérêts. canadiens, l’auteur ajoute: “La protection de l'Eglise est précieuse, mais elle se paie dans l'espèce d’un prix exorbitant”. Ces hommes ne craignent pas .

de se contredire. Et cela, dans le but d'accomplir leur oeuvre infâme. M. Sisgfried dira encore avec eux :

cnbne ts ‘ Certes, de ions

rendu les Canddiens sérieux, moraux, prolifiques :

leurs vertus familiales font l'admiration de tous : leur ‘vigueur et leur santé rcvèlent une vitalité qui n'est pas près de s’éteindre’’. Mais, s'ils font ces appréciations flatteuses c’est pour revenir plus activement à la charge contre nous, en méprisant tout ce que nous avons de plus précieux: notre foi. C'est à la foi qu’ils en veulent ; ils reconnaissent les services qu'a rendus l'Eglise à notre nationalité, sans comprendre que c’est pour cela que nous aimons cette bonne Mère et que nous sommes Attachés à elle: ils veulent détruire sor influence parmi nous. Pour imoi, je com- Prends qu’on puisse haïr une personne qui nous a fait

-. du mal, une société qui nous nuit; mais qu’on pour-

suive d’une haine implacable l'Eglise qui ‘a fait tant de bien aux peuples de l'univers et qui nous a sauvés, nous, je ne le comprends pas !

Aussi, voyez-les à l'oeuvre, ces hommes, ils ne vien- | . dront pas vous dire, dès maintenant, de faire la guerre à l'Eglise : ils connaissent trop le bon sens du Canadien frañçais; mais ils feront des insimuations malveillantes; ils plaindront le peuple d’être trop fidèle à son clergé. Ils ridiculiseront nos écoles. Au reste, ils - trouveront toujours des Canadiens qui feront cause commune avec eux et qui continueront leur oeuvre, même dans les grands journaux.

Hélas ! il faut bien Y'avouer, nous sommes an peu

: isans exiger de preuves les Premiers venus qu: viendront \clergé, ‘et leur rôle dans le monde. Bien plus, nous

a . Sauront capter notre confiance et se joueront ainsi de notre naïveté et de notre bonne foi.

. fatigué de cette longue dissertation, je pense comme M. *

. tème démodé ; il faut changer ça.

il trouve que dans nos écoles le catéchisme a une trop large part. Mais vots savez pourtant qu'aux exposi-

ques défections, elles sont rares, et c'est pour avoir =. fréquenté des hommes de la trempe de Sellier. Cet homme fait siennes les idées de M. Siegfried qui écrit en-

AUTOUR D'UNE AUBERGE gobeurs ; nous croîrons naïvement sur leurs paroles et :

débiter les plus gros mensonges contre l'Eglise, le

nous ferons l’écho de ces beaux discoureurs qui, par leur langage soigné, leur physionomie sympathique,

—Dans tous les cas, M. le Curé, reprit Rougeaud,

Sellier: nos écoles sont arriérées ; nous avons un sys-

{Ce que vous dites là, confirme la justesse des appréciations que j'ai faites, M. Sellier a les mêmes idées que l'auteur dont je vous parlais il y a un instant:

tions de Paris et de Chicago nos élèves ont remporté les premiers prix! Est-ce parce que nous négligeons les autres sciences ? Voyons, parlez, en quoi sommes- Pous arriérés? Si nous le sommes : c'est dans l'impiété. Dieu merci! les Canadiens français sont bons ; la totalité est restée fortement attachée à sa foi. S'il y à quel-

Page 1