‹ Autour de Bouvard et PécuchetChapitre 18 sur 21 · P- IT · texte numérisé non relu

P- IT

— [Pécuchet reçoit la lettre du notaire lui

annonçant qu'il hérite :] « Pourvu que ce ne soit pas quelque farce ! — Tu crois que c'est une farce ? » reprit Bouvard (p. 15).

— ...Ils dîneraient en gardant leurs sabots — « Nous ferons tout ce qui nous plaira ; nous laisserons pousser notre barbe ! » (p. 18).

— « Il ne serait pas mal non plus... d'avoir quelques bons ouvrages de littérature. » Et ils en cherchèrent, fort embarrassés parfois de savoir si tel livre était vraiment un livre de bibliothèque. — « D'ailleurs, j'ai la mienne », disait Pécuchet (p. 18).

— [B. et P. cherchent dans quel pays se fixer :] Le midi [était] enchanteur par son climat, mais incommode, vu les moustiques

— ... quelquefois ils se décidaient,... puis ils changeaient d'avis, l'endroit leur ayant paru malsain... ou trop près d'une manufacture...

— [Ils offrent un « grand dîner » a leurs

voisins de campagne :] Presque aussitôt on déboucha le Champagne, dont les détonations amenèrent un redoublement de joie (p. 61).

— [Ils ont accumulé (pp. 55-56) les ruines dans leur jardin : le mur a une brèche. Ils ont incendié volontairement le toit du hangar :]

Progrès : toujours mal entendu et trop hâtif.

Affaires : sont dans la vie ce qu'il y a de plus important.

Pain : on ne sait pas toutes les saletés qu'il y a dans le pain.

Jujube : on ne sait pas avec quoi c'est fait.

Fermiers : tous à leur aise.

Mercure : tue la maladie et le malade.

Ingénieur : la première carrière pour un jeune homme. Connaît toutes les sciences.

Dormir (trop) : épaissit le sang.

Érudition : la mépriser comme étant la marque d'un esprit étroit.

Tabac : cause de toutes les maladies du cerveau et de la moelle épinière.

Prise de tabac : convient à l'homme de cabinet.

« Prétendre que les ruines ne sont pas propres est une opinion d'imbéciles » (p. 65).

— Le docteur se déclara pour le progrès : « Car enfin, Monsieur, nous avons besoin de réformes. — Possible, répondit Foureau, mais toutes ces idées-là nuisent aux affaires » (p. 64).

— Ils chicanaient le boulanger sur la couleur de son pain (p. 67). — Ils se transportèrent à Falaise pour demander du jujube, et sous les yeux même du pharmacien soumirent sa pâte à l'épreuve de l'eau : elle prit la consistance d'une couenne de lard, ce qui dénotait la gélatine (Ibid.).

— Gouy demanda une diminution de fermage. Et, comme les autres se récriaient, il se mit à beugler... (p. 69).

— Dans les doses permises, et malgré l'effroi du mercure, ils administrèrent du calomel (p. 86).

— ...Quand ils avaient repondu qu ils étaient « des ingénieurs » une crainte leur venait : l'usurpation d'un titre pareil pouvait leur attirer des désagréments (p. 107).

— [Le comte de Faverges présente son futur gendre :] « Monsieur le baron de Mahurot, ingénieur!» (p. 316).

— Bouvard... dormait après ses repas, et avait peur en se réveillant, car le sommeil prolongé est une menace d'apoplexie (p. 92).

— ... Ce mot ayant fait rire l'assemblée, il [l'abbé Jeufroy] ajouta en pinçant les lèvres : « A moins que ce ne soit encore une des découvertes de la science ! » — Bouvard voulut répondre par le soulèvement des montagnes, la théorie d'Elie de Beaumont : « Connais pas», répondit l'abbé, etc. (p. 115).

— Pécuchet imagina que l'usage de la prise était funeste. D'ailleurs, un éternuement occasionne parfois la rupture d'un anévrisme, etc.. (p. 92).

— Pécuchet s'arrêta, afin de mieux réfléchir, ouvrit sa tabatière, huma une prise... (p. 122).

Gothique : style d'architecture portant plus à la religion que les autres.

Château fort : a toujours subi un siège sous Philippe Auguste.

Cavernes : sont toujours remplies de serpents.

Priapisme : culte de l'antiquité.

Bossuet : est l'aigle de Meaux [ire rédaction du Dictionnaire. Cf. supra].

Bonnet grec : donne de la majesté au visage. Indispensable à l'homme de cabinet.

Artistes : tous farceurs, etc..

Littré : ricaner quand on entend son nom : ce Monsieur qui dit que nous descendons des singes.

Club : sujet d'exaspération

[De même p. 335, quand Pécuchet examine le crâne du fils du garde champêtre, et va formuler son diagnostic. Sa tabatière intervient, d'une façon générale, chaque fois qu'il a à trancher une question importante.]

— D'abord ils visitèrent les cathédrales; et les hautes nefs se mirant dans l'eau des bénétiers, les verreries éblouissantes comme des tentures de pierreries, les tombeaux au fond des chapelles... tout, jusqu'à la fraîcheur des murailles, leur causa un frémissement de plaisir, une émotion religieuse (pp. 125-126).

— « Le moyen âge avait du bon », reprit Marescot, ainsi, nos cathédrales... (p. 216).

— [Le comte] les remercia d'avoir sauvé ces débris du moyen âge, époque de foi religieuse., (p. 135).

— Ils étudièrent les châteaux forts... Le murdévallait à pic jusqu'aux broussailles des douves, et ils pâlissaient en songeant que des hommes avaient monté là, suspendus à des échelles. Ils se seraient risqués dans les souterrains; mais Bouvard avait pour obstacle son ventre, et Pécuchet la crainte des vipères (pp. 126-127).

— [Voir p. 141 un long développement sur la signification des tumulus et des dolmens.]

— Bouvard ne put achever le célèbre discours de Bossuet : « L'aigle de Meaux est un farceur !... »(p.i53).

— [Bouvard porte un bonnet grec. Il s'en coiffe en particulier (p. 177) pour jouer devant Mme Bordin le rôle de Phèdre.]

— [Bouvard et Pécuchet, quand ils abordent la littérature, se donnent le genre artiste (p. 177) et font des farces, deviennent très entreprenants avec Mme Bordin (p. 174-175.)]

— « Moi je vais plus loin, s'écria Pécuchet, l'homme descend des poissons ! » Des rires éclatèrent (p. 177).

Quand Pécuchet proposa de fonder un

pour les conservateurs.

Philippe-d'Orléans-EgalitÉ : tonner contre.

Bras : pour gourverner la France il faut un bras de fer.

Gymnastique : on ne saurait trop en faire.

Exercice : préserve de toutes les maladies, etc.

Gauchers : terribles à l'escrime. Plus adroits que ceux qui se servent de la main droite.

Somnambule : se promène la nuit sur la crête des toits.

Magnétisme : joli sujet de conversation et qui sert à faire des femmes.

Suicide : preuve de lâcheté.

Communion : la première communion, le plus beau jour de la vie.

Inquisition : on a bien exagéré ses crimes.

Martyrs : tous les premiers chrétiens l'ont été.

Missionnaires : sont tous mangés ou crucifiés.

Pauvres : s'en occuper tient lieu de toutes les vertus.

Palladium : forteresse de l'antiquité.

club,Foureau eut la hardiesse de répondre que jamais on n'en verrait à Chavignolles (p. 195).

— « Que voulez-vous, Louis XVIII a légalisé la spoliation » (p. 216).

— « Je ne suis pas journaliste ! et je vous soutiens que la France veut être gouvernée par un bras de fer ! » (p. 218).

— Satisfaits de leur régime, ils voulurent s'améliorer le tempérament par la gymnastique (p. 241 ; et passim, tout le début du chapitre vin, jusqu'à la page 245).

— ... Ils tâchèrent de de venir ambidextres, jusqu'à se priver de la main droite, temporairement (p. 243).

— Les maîtres affirment que des somnambules ont prédit des événements... L'abbé rapporta des histoires plus étonnantes : un missionnaire a vu des brahmanes parcourir une route la tête en bas... (p. 258).

— Ils projetèrent de construire un baquet mesmérien... Un scrupule les arrêta: parmi les malades il viendrait des personnes du sexe : « Et que ferons-nous s'il leur prend des accès d'érotisme furieux? etc.. (p. 252; et passim, p. 245-260).

— Ils examinèrent la question du suicide... Ce n'est point une lâcheté, quoiqu'on en dise... Ils délibérèrent sur le genre de mort

- — Bouvard se sentait attendri. Pécuchet se rappela sa première communion (p. 291).

— [Voir la discussion entre l'abbé Jeufroy et Bouvard et Pécuchet, p. 325-329.]

— Mme de Noares,la comtesse et Yolande, travaillaient pour les pauvres (p. 335).

— Elle donne en preuve l'attestation des évêques : « C'est, disent-ils, comme un bou-

Religion : fait partie des bases de la société. Est nécessaire pour le peuple. Cependant pas trop n'en faut. La « religion de nos pères » doit se dire avec onction.

Service : c'est rendre service aux enfants que de les calotter.

Christianisme : a affranchi les esclaves.

Catholicisme : a eu une influence très favorable sur les arts.

Bouddhisme : fausse religion de l'Inde.

Franc- Maçonnerie : ...

mal vue des ecclésiastiques.

Filles : les jeunes filles :

éviter pour elles toute espèce de livres.

Cygne : Fénelon est le cygne de Cambrai.

Astronomie : belle science très utile pour la marine.

clier , un palladium sur le diocèse de Perpignan I

— [Voir la discussion entre B. et P. et les

hôtes du comte de Faverges, p. 330 et suiv.]

— Le comte, encore une fois, s'étendit sur le bras de fer indispensable aux enfants comme pour les peuples... (p. 337). — ... « Mais si le père est un idiot ? — N'importe dit le capitaine, son pouvoir n'en est pas moins absolu. — Dans l'intérêt des enfants, ajouta Coulon (p. 356). — ... Pécuchet objecta que les châtiments corporels sont quelquefois indispensables. Pestalozzi les employait...

— Le comte objecta que le christianisme avait développé la civilisation (p. 341).

— [Voir p. 342, une discussion à propos du Bouddhisme, qui se termine par ces deux répliques] :

— ... « Des mensonges de voyageurs », dit Mme de Noares. — « Soutenus par les francsmaçons », ajouta le curé.

— ■ Les filles n'ont pas besoin d'être savantes comme les garçons (p. 350).

— L'espagnol et l'italien, prétend le Cygne de Cambrai, ne servent qu'à lire des ouvrages dangereux (p. 350. — Voir aussi, dans ce même développement, des idées reçues correspondant aux mots langues vivantes et grammaire du Dictionnaire?)

— Tout en marchant, il [Pécuchet] préconisait l'astronomie : les marins l'utilisent dans leurs voyages (p. 358).

Musique mœurs...

adoucit les

Dessin : le dessin se compose de trois choses : la ligne, le grain, le graine fin; de plus le trait de force. Mais le trait de force, il n'y a que le maître seul qui le donne.

Braconniers : tous forçats libérés. Auteurs de tous les crimes commis dans les campagnes. Doivent exciter une colère frénétique....

Féodalité : n'en avoir aucune idée précise, mais tonner contre.

Libre-échange : cause de tous les maux du commerce.

Pratique : supérieure à la théorie.

— Sa brutalité [de Victor] les effrayait. La musique adoucit les mœurs, Pécuchet imagina de lui apprendre le solfège (p. 374).

— [Cette définition du Dictionnaire, extraite d'un traité de dessin de Christophe, est textuellement reproduite dans Bouvard et Pécuchet, p. 360, et présentée d'ailleurs comme une citation dont se souvient Pécuchet.]

— Bouvard ajouta : 0 Relâchez-le, c'est un brave homme ! — Qui, un braconnier ! — Eh bien ! quand cela serait ? » Et ils se mirent à défendre le braconnage... (p. 379).

— Bouvard... rappela les abus féodaux, les chasses ruineuses des grands seigneurs (p. 382).

— [Voir pp. 384-385 les discussions qui s'élèvent entre B. et P. et les notables de Chavignolles sur la question du libre-échange: on leur reproche de méconnaître la pratique, et c'est l'argument par lequel on combat leurs théories.]

L'énumération qu'on vient de lire ne prétend pas épuiser la totalité des rapprochements possibles (1) ; elle précise néanmoins la place du Dictionnaire dans la première partie de Bouvard et fixe les rapports qui les unissent. Mais il faut maintenant aller plus loin. Il y aurait encore quelque apparence de raison à traiter le Dictionnaire comme un appendice inséparable de Bouvard, si les articles du premier ne trouvaient d'autre commentaire que le texte du second, ou plutôt, si les définitions du Dictionnaire n'avaient jamais été utilisées ailleurs, par Flaubert, de la même façon. Or l'expérience, que nous venons de tenter avec son dernier roman, fournit des résultats identiques quand on la répète avec Madame Bovary ou avec Y Éducation sentimentale. Elle devient alors beaucoup plus instructive, car elle fait toucher du doigt les procédés de l'écrivain, la constance de sa méthode, et donne à la notion de Vidée reçue sa signification complète :

(1) Ajoutons que l'idée reçue : méthode : ne sert à rien, a elle-même pour commentaire l'histoire toute entière de Bouvard et de Pécuchet.

Dictionnaire des idées reçues

Grog : pas comme il faut.

Ruines : font rêver et donnent de la poésie à un paysage.

.^Mélancolie : signe de distinction du cœur et d'élévation de l'esprit.

Rince-bouche : signe de richesse dans une maison.

Campagne : les gens de la campagne meilleurs que ceux des villes : envier leur sort.

— A la campagne tout est permis : habits bas, farces, etc.

Artistes : ... s'étonner de ce qu'ils sont habillés comme tout le monde...

Madame Bovary et Éducation sentimentale

— [Le père de Ch. Bovary, qui est donné comme un personnage peu distingué dans les premiers chapitres du roman, boit des « grogs au kirsch » à la noce de son fils. Cf. Bov., p. 41.]

— [De même Arnoux,sur le bateau, emmène Frédéric boire des grogs. Cf. Educ. sent., p. 9.]

— [Emma] aimait la verdure seulement lorsqu'elle était clairsemée parmi les ruines. {Bov., p. 50).

— Quand sa mère mourut, elle [Emma] pleura beaucoup les premiers jours... Emma fut intérieurement satisfaite de se sentir arrivée du premier coup à ce rare idéal des existences pâles, où ne parviennent jamais les cœurs médiocres, etc.. {Bov., pp. 53-54; et passim).

[Même trait de caractère chez Léon, p. 115].

— Quand ils avaient, le dimanche, quelque voisin à dîner, elle trouvait moyen d'offrir un plat coquet... même elle parlait d'acheter des rince-bouche pour le dessert {Bov., p. 58).

— [Chez M.Dambreuse:] Et on exaltait les campagnes, l'homme illettré ayant naturellement plus de sens que les autres {Éduc. sent.,

— Il [Charles Bovary] portait toujours de

fortes bottes qui avaient au cou-de-pied deux plis épais obliquant vers les chevilles... il disait que c'était bien assez pour la campagne {Bov., p. 59).

— [Rodolphe] se mit à faire des plaisanteries sur les dames d'Yonville, à propos de leur toilette; puis il s'excusa lui-même du négligé de la sienne. Elle avait cette incohérence des choses communes et recherchées où le vulgaire, d'habitude, croit entrevoir la révélation d'une habitude excentrique, les désordres du sentiment, les tyrannies de l'art, et toujours un certain mépris des conventions sociales...

Lorgnon : insolent et distingué.

Artistes : tous farceurs... gagnent des sommes folles, mais les jettent par les fenêtres...

Actrices : la perte du fils de famille, sont d'une lubricité effrayante, se livrent à des orgies, avalent des millions périssent à l'hôpital...

Économie : toujours précédé de Ordre. Mène à la iortune.

Bonnet grec : indispensable à l'homme de cabinet.

Donne de la majesté au visage.

— D'ailleurs, ajouta-t-il, quand on habite la campagne... (Bov., pp. 191-192).

— [Étonnement de Frédéric lorsqu'il rencontre pour la première fois les habitués de Y Art industriel :] leurs manières étaient simples... l'inventeur du paysage oriental, le fameux Dittmer, portait une camisole de tricot dans son gilet... (Éduc., sent., p. 48).

— Elle [Emma] portait, comme un homme, passé entre deux boutons de son corsage, un lorgnon d'écaillé (Bov., p. 21).

— Paris, plus vague que l'Océan, miroitait donc aux yeux d'Emma dans une atmosphère vermeille... Dans les cabinets de restaurant où l'on soupe après minuit, riait, à la clarté des bougies, la foule bigarrée des gens de lettres et des actrices. Ils étaient, ceux-là, prodigues comme des rois... (Bov., pp. 81-82).

— ... Dépêchez-vous, Lagardy ne donnera qu'une seule représentation... C'est, à ce qu'on assure, un fameux lapin ! Il roule sur l'or... Tous ces grands artistes brûlent la chandelle par les deux bouts. Il leur faut une existence dévergondée qui excite un peu l'imagination. Mais ils meurent à l'hôpital parce qu'ils n'ont pas eu l'esprit, étant jeunes, de faire des économies (Bov., p. 304).

— [Voir ibid., pp. 168-169, ce que pense, Homais sur l'existence des étudiants à Paris : « Et vous ne savez pas la vie que mènent ces farceurs-là, dans le quartier latin, avec les actrices, etc. »]

— Le jeune aristocrate [Cisy] lorgnait les filles, et... n'osait leur parler, s'imaginant qu'il y avait toujours chez ces femmes-là un homme caché dans l'armoire, avec un pistolet, et qui en sort pour vous faire souscrire des lettres de change (Éduc. sent., p. 102).

Un homme... coiffé d'un bonnet de

velours à gland d'or, se chauffait le dos contre la cheminée (Bov., p. 101).

Homais demanda la permission de

Docteur rialistes.

tous mate-

Prêtres : couchent avec leurs bonnes et en ont des enfants qu'ils appellent leurs neveux.

Mer : image de l'infini.

Donne de grandes pensées.

ïcharpe : poétique.

garder son bonnet grec, de peur des coryzas (Ibid., p. 110; et passim).

— [C'est un peu la même idée reçue qu'on peut dégager de cet autre passage : « M. Bovary père resta encore un mois à Yonville, dont il éblouit les habitants par un superbe bonnet de police à galons d'argent qu'il portait le matin, pour fumer sa pipe sur la place » (p. 125).]

— [Cf. le caractère de Homais, passim; en particulier sa tirade, p. 106 : « Aussi je n'admets pas un bonhomme de Bon Dieu qui se promène dans son parterre la canne à la main, loge ses amis dans le ventre des baleines, choses absurdes en elles-mêmes, et complètement opposées, d'ailleurs, à toutes lois de la physique, etc.]

— Bravo, dit le pharmacien ! Envoyez donc vos filles en confesse à des gaillards d'un tempérament pareil ! Moi, si j'étais le gouvernement, je voudrais qu'on saignât les prêtres une fois par mois. Oui, Mme Lefrançois, tous les mois, une large phlébotomie, dans l'intérêt de la police et des mœurs (Bov., p. 106).

— J'en ai connu, des prêtres, qui s'habillaient en bourgeois pour aller voir gigoter des danseuses! — Allons donc ! fit le curé... — Parbleu, ils en font bien d'autres ! s'exclama le pharmacien (Ibid., pp. 303-304).

— Oh, j'adore la mer, dit M. Léon. — Et puis ne vous semble-t-il pas, répliqua Mme Bovary, que l'esprit vogue plus librement sur cette étendue sans limites, dont la contemplation nous élève l'âme, et donne des idées d'infini, d'idéal (Bov., p. 112).

— [De toutes les marchandises que lui propose Lheureux, Emma ne remarque guère que les écharpes (p. 144). C'est ce qui la tente davantage (pp. 145-146). Plus loin :] Elle choisit, chez Lheureux, la plus belle des écharpes. Elle se la nouait à la taille, par-dessus sa robe

Ange : fait bien en amour et en littérature.

Estomac : toutes les maladies viennent de l'estomac.

Eau : l'eau de Paris donne des coliques.

Cuisine : de restaurant, toujours échauffante. Bourgeoise, toujours saine.

Saigner : se faire saigner au printemps.

Agriculture : manque de bras.

Laboureurs : que serionsnous sans eux ?

Habit noir : en province, est le dernier terme de la cérémonie et du dérangement.

de chambre, et, les volets fermés, avec un livre à la main, elle restait étendue sur un canapé, dans cet accoutrement (p. 173).

— [Emma rêve la vie de Paris :] Venait ensuite la société des duchesses : on y était pâle. ..Les femmes, pauvres anges ! portaient du point d'Angleterre au bas de leur jupon... (Bov., p. 81).

— [Extrait de la lettre de Rodolphe à Emma :] Savez-vous l'abîme où je vous entraînais, pauvre ange ? (Ibid., 280).

— [Crise de passion d'Emma pour sa fillette :] Elle disait à son enfant : « Ta colique est-elle passée, mon ange ? » (Ibid., 298).

— [Léon amoureux d'Emma :] Il retrouvait sur ses épaules la couleur ambrée de l'odalisque au bain... elle ressemblait aussi à la femme pâle de Barcelone; mais par-dessus tout elle était Ange (Ibid., 367).

— ... A cause du changement de régime, continua le pharmacien, et de la perturbation qui en résulte dans l'économie générale. Et puis l'eau de Paris, voyez-vous, les mets des restaurateurs, toutes ces nourritures épicées, finissent par vous échauffer le sang et ne valent pas, quoi qu'on en dise, un bon pot-au-feu. J'ai toujours, quant à moi, préféré la cuisine bourgeoise, c'est plus sain ! (Bov., p. 169).

— M. Boulanger lui présenta son homme qui voulait être saigné parce qu'il éprouvait des fourmis le long du corps. « Ça me purgera, objectait-il à tous les raisonnements » (Bov.,

— [Cf. Madame Bovary, chap. VIII, le

discours du conseiller de préfecture au Comice, notamment p. 201 : ] « Et qu'aurais-je à faire, Messieurs, de vous démontrer ici l'utilité de l'agriculture. Qui donc pourvoit à notre subsistance, qui donc pourvoit à nos besoins ? n'est-ce pas l'agriculture ? etc..

— L'apothicaire passa [se rendant au Comice]. Il portait un habit noir... (Ibid., p. 185).

Lune colie.

inspire la mélan-

Alcoolisme : cause de toutes les maladies modernes.

Musique : fait penser à un tas de choses.

Banquet : la plus franche cordialité ne cesse d'y régner.

Arts : sont bien inutiles, puisqu'on les remplace par des machines qui fabriquent même plus promptement.

Bases (de la société) : sont la propriété, la famille, la religion, le respect des autorités. En parler avec colère si on les attaque.

Magnétisme : joli sujet de conversation, et qui sert à faire des femmes.

— Me Hareng, boutonné dans un mince habit noir, en cravate blanche... (Ibid., p. 408).

— ... Que de fois [dit Rodolphe] à la vue d'un cimetière, au clair de lune, je me suis demandé si je ne ferais pas mieux d'aller rejoindre ceux qui sont à dormir... (Bov., p. 192).

— Une fois, la lune parut; alors, ils ne manquèrent pas à faire des phrases, trouvant l'astre mélancolique... (Ibid., p. 354).

— En vérité, dit l'apothicaire, on devrait bien sévir contre l'ivresse. Je voudrais que l'on inscrivît hebdomadairement, à la porte de la mairie, sur un tableau ad hoc, les noms de tous ceux qui durant la semaine se seraient intoxiqués avec des alcools... {Bov., p. 212).

— Y a-t-il longtemps, mon ami, que tu as cette épouvantable infirmité ? Au lieu de t'enivrer au cabaret, tu ferais mieux de suivre un régime (Ibid., p. 404).

— Emma reprit : « Et quelle musique préférez-vous ? — Oh ! la musique allemande, celle qui porte à rêver » (Bov., p. 113).

— [Compte rendu du Comice, par Homais:] Vers six heures un banquet... a réuni les principaux assistants de la fête. La plus grande cordialité n'a cessé d'y régner. Divers toasts ont été portés... M. Homais : à l'industrie et aux beaux arts, ces deux sœurs ! (Bov., p. 213).

— [Cf. le discours du conseiller au Comice, Bov., pp. 197-199.]

— Alors, la propriété monta dans les respects au niveau de la Religion, et se confondit avec Dieu (Éduc. sent., p. 425).

— - La tête lui tournait de colère, au mot propriété : « C'est un droit écrit dans la nature! Les enfants tiennent à leurs joujoux; tous les peuples sont de mon avis, tous les animaux; le lion même, s'il pouvait parler, se déclarerait propriétaire ! etc.. (Ibid., p. 496).

— Rodolphe, avec Mme Bovary, causait rêves, pressentiments, magnétisme (Bov., p. 205.)

Exercice : préserve de toutes les maladies. Toujours conseiller d'en faire.

Appartement (de garçon) :

toujours en désordre. Avec des colifichets de femme traînant ça et là, odeur de cigarette.

Chirurgiens : ont le cœur dur. Les appeler « bouchers ».

Toilette (des dames ) trouble l'imagination.

— Alors Rodolphe demanda si l'exercice du cheval ne serait pas bon. — « Certes ! excellent ! parfait ! voilà une idée ! Tu devrais la suivre... » Elle prit un air boudeur... et déclara finalement que cela peut-être semblerait drôle. — « Ah ! je m'en moque pas mal, dit Charles... La santé avant tout ! Tu as tort!» (Bov., pp. 217-218).

— Ensuite elle examinait l'appartement [de Rodolphe], elle ouvrait les tiroirs des meubles. Souvent même elle mettait entre ses dents le tuyau d'une grosse pipe qui était sur la table de nuit, parmi des citrons et des morceaux de sucre, près d'une carafe d'eau (Bov., p. 228).

— Il [Rodolphe] alla chercher dans l'armoire, au chevet de son lit, une vieille boîte à biscuits de Reims où il enfermait d'habitude des lettres de femmes, et il s'en échappa une odeur de poussière humide et de roses flétries. D'abord il aperçut un mouchoir de poche, couvert de gouttelettes pâles... Il y avait auprès, se cognant à tous les angles, la miniature donnée par Emma... Et machinalement il se mit à fouiller dans ce tas de papiers et de choses, y retrouvant pêle-mêle des bouquets, une jarretière, un masque noir, des épingles et des cheveux... (Ibid., pp. 278-279).

— [Le docteur Canivet à Homais :] « Il m'est aussi parfaitement égal de découper un chrétien que la première volaille venue. Après ça, direz-vous, l'habitude, l'habitude ! »... Alors, sans aucun égard pour Hippolyte, qui suait d'angoisse entre ses draps, ces messieurs engagèrent une conversation où l'apothicaire compara le sang-froid d'un chirurgien à celui d'un général... (Bov., p. 254.)

— Souvent même Mme Bovary, n'y prenant garde, se mettait à sa toilette. Elle commençait par retirer son peigne, en secouant sa tête d'un mouvement brusque; et, quand il [Justin] aperçut la première fois cette chevelure entière qui descendait jusqu'aux jarrets en

Tour : indispensable à avoir dans son grenier, à la campagne, pour les jours de pluie.

Affaires : passent avant tout.

Coton : ... Une des bases de la Société dans la Seine- Inférieure.

Friser, Frisure : ne convient pas un homme.

Factures élevées.

toujours trop

Brunes : sont plus chaudes que les blondes.

Blondes : plus chaudes que les brunes.

Italienne : [L'idée d'Italienne s'associe à celle de volcan... c'est une idée reçue.

(Frag. d'une lettre inéd. à Louise Colet, 1853).]

Négresses : plus chaudes que les blanches.

Artistes : tous farceurs, etc....

Cujas : inséparable de Bartole. On ne sait pas ce qu'ils ont écrit, n'importe. Dire à tout homme étudiant le droit :

« Vous êtes enfermé dans Cujas et Bartole. »

déroulant ses anneaux noirs, ce fut pour lui, le pauvre enfant, comme l'entrée subite dans quelque chose d'extraordinaire et de nouveau, dont la splendeur l'effraya (Bov., p. 299). — [Le tour de Binet, Bov., passim.]

— [Au théâtre de Rouen :] La salle commençait à se remplir, on tirait les lorgnettes de leurs étuis, et les abonnés, s'apercevant de loin, se faisaient des salutations. Ils venaient se délasser dans les beaux arts des inquiétudes de la vente; mais, n'oubliant point les affaires, ils causaient encore coton, trois-six ou indigo (Bov., p. 308).

— Il [Léon] passa un pantalon blanc... puis, s'étant fait friser, se défrisa, pour donner à sa chevelure plus d'élégance naturelle (Bov., p. 329. — Cf. aussi p. 36).

— Oh! reprit-il [Lheureux] en riant d'un air bonhomme, on met tout ce que l'on veut sur les factures (Bov., p. 377).

— Léon malgré lui, se récria. D'ailleurs il n'aimait que les femmes brunes. — Je vous approuve, dit le pharmacien, elles ont plus de tempérament. — Et, se penchant à l'oreille de son ami, il indiqua les symptômes auxquels on reconnaissait qu'une femme avait du tempérament. Il se lança même dans une digression ethnographique; l'Allemande était vaporeuse, la Française libertine, l'Italienne passionnée. — Et les négresses ? demanda le clerc. — C'est un goût d'artiste, dit Homais (Bov., pp. 387-388)-

— [Homais à Léon:] Laissez donc un peu Cujas et Bartole, que diable ! (Bov., p. 389).

Mendicité : devrait être interdite et ne l'est jamais.

Progrès : toujours mal -entendu et trop hâtif.

Christianisme les esclaves.

a affranchi

Carabins : dorment près des cadavres. Il y en a qui en mangent.

Dissection : outrage à la majesté de la mort.

Enterrement: à propos du défunt : « Et dire que je dînais avec lui il y a huit jours. »

Décoration (de la Légion d'honneur) : la blaguer, mais la convoiter.

Académie Française : la dénigrer, mais tâcher d'en faire partie, si on peut.

— [Exemple d 'association de deux Idées reçues dont la seconde offre ici le contrepied de la définition donnée dans le Dictionnaire :] Mais quand l'aveugle, comme d'habitude, apparut au bas de la côte, il [Homais] s'écria : « Je ne comprends pas que l'autorité tolère encore de si coupables industries. On devrait enfermer ces malheureux, que l'on forcerait à quelque travail. Le progrès, ma parole d'honneur, marche à pas de tortue. Nous pataugeons en pleine barbarie (Bov., p. 414).

— [Voir aussi ibid., p. 474, les articles de Homais dans le Fanal de Rouen, à propos de l'aveugle, sur l'extension du vagabondage.]

— Pardonnez, dit Homais. J'admire le christianisme. Il a d'abord affranchi les esclaves, introduit dans le monde une morale... (Bov., p. 454).

— Moi, peur? répliqua-t-il [Homais] en haussant les épaules. Ah bien, oui ! J'en ai vu bien d'autres à l'Hôtel-Dieu, quand j'étudiais la pharmacie. Nous faisions du punch dans l'amphithéâtre aux dissections. . . (Bov., p . 457) .

— On y déplorait la mort d'Emma, et surtout Lheureux, qui n'avait pas manqué de venir à l'enterrement. — Cette pauvre petite dame ! quelle douleur pour son mari ! — L'apothicaire reprenait... Une si bonne personne ! Dire pourtant que je l'ai encore vue samedi dernier dans ma boutique ! » Bov., pp. 467-468).

— Quand il [Frédéric] arriva le lendemain à dix heures, le grand salon s'emplissait de monde, et presque tous, en s'abordant d'un air mélancolique, disaient : « Moi, qui l'ai encore vue il y a un mois ! Mon Dieu, c'est notre sort à tous... (Éduc. sent., p. 545)-

— ... Une ambition sourde le rongeait; Homais désirait la croix... (Bov., p. 477)-

— Pellerin déblatérait (Éduc. sent., p. 51).

contre l'Institut

Forçats : au bagne, il y a des hommes de génie.

Billard : noble jeu. Indispensable à la campagne.

Italie : doit se voir immédiatement après le mariage.

Donne bien des déceptions, n'est pas si belle qu'on dit.

Air : toujours se méfier des courants d'air.

Libre-Échange : cause de tous les maux (des souffrances) du commerce.

— Il [Dussardier] croyait... au génie des galériens... (Éduc. sent., p. 113).

Plus d'un, en apercevant ces coquettes résidences si tranquilles, enviait d'en être le propriétaire, pour vivre là jusqu'à la fin de ses jours, avec un bon billard, une chaloupe, une femme, ou quelque autre rêve (Éduc. sent.y

— « Tiens ! il y a longtemps qu'on ne

vous a vu ! Où diable étiez-vous donc ? parti en voyage ? En Italie ? Poncif, hein ? l'Italie ! pas si raide qu'on dit !... (Éduc. sent., p. 169).

— Ils avaient, les premiers mois, voyagé en Italie. Arnoux, malgré son. enthousiasme devant les paysages et les chefs-d'œuvre, n'avait fait que gémirsurlevin...(7ô/^.,p.244).

— L'idée de se marier ne lui paraissait plus exorbitante. Ils voyageraient. Ils iraient en Italie, en Orient ! Et il l'apercevait debout sur un monticule, contemplant un paysage, ou bien appuyée à son bras, dans une galerie florentine, s'arrêtant devant les tableaux... (Ibid., p. 365).

— [Frédéric et Rosanette à Fontainebleau:] Tout cela augmentait le plaisir, l'illusion. Ils se croyaient presque au milieu d'un voyage en Italie, dans leur lune de miel (Ibid., p. 469).

— Martinon épousa Me"e Cécile. Il n'y eut pas de bal. Les jeunes gens partirent le soir même pour l'Italie... (Ibid., p. 524).

— ... C'était fort bien, d'ailleurs, aux jeunes mariés, de s'être mis en voyage : plus tard les embarras, les enfants surviennent. Mais l'Italie ne répondait pas à l'idée qu'on s'en faisait. Après cela, ils étaient dans l'âge des illusions. Et puis la lune de miel embellissait tout (Ibid.,

— La Sphinx, malgré les observations de

tout le monde, exposait au courant d'air ses bras en sueur (Éduc. sent., p. 176).

— Rien de tout cela ne serait nouveau [disait Sénécal] si on protégeait mieux l'agriculture, si tout n'était pas livré... à la déplorable

Argent : cause de tout le mal.

Malthus : « L'infâme Malthus. »

Suffrage universel : dernier terme de la science politique.

Saint- Barthélémy : vieille blague.

Luxe : perd les États.

Religion : est nécessaire pour le peuple.

Octroi : on doit le frauder.

Duel : tonner contre ; n'est pas une preuve de courage. Prestige de l'homme qui a eu un duel.

maxime du « laissez faire, laissez passer ». Voilà comment se constituait la féodalité de l'argent, pire que l'autre L.Sénécal continuait... Et se tournant vers Cisy : « — En serons-nous réduits aux conseils de l'infâme Malthus ? » etc.. (Éduc. sent., p. 197).

— [Suite de la discussion politique : ] Oui nous sommes la risée de l'Europe, dit Sénécal. — C'est parce que l'Art est inféodé à la Couronne. — ■ Tant que vous n'aurez pas le suffrage universel !... (Éduc. sent., p. 199).

— Il [Sénécal] se tenait debout contre la cheminée. Les autres, assis et la pipe aux lèvres, l'écoutaient discourir sur le suffrage universel, d'où devait résulter le triomphe de la Démocratie, l'application des principes de l'Evangile (Éduc. sent., p. 377).

— ■ Bref, il [Hussonnet] « ne donnait plus làdedans », il était « revenu de tout cela. » C'était comme le serpent de mer, la révocation de l'Edit de Nantes, et « cette vieille blague de Saint-Barthélémy ». (Éduc. sent., p. 200).

■ — Martinon s'empressa de dire : « Effectivement, c'est un frein ! [la religion]. » — Tout le mal gisait dans cette envie moderne de s'élever au-dessus de sa classe, d'avoir du luxe (Éduc, sent., p. 228. — Cf. aussi p. 201).

— M. Arnoux se livrait à des espiègleries côtoyant la turpitude. C'était pour lui un devoir que de frauder l'octroi... (Éduc. sent., p. 208).

— De temps à autre il [Cisy] poussait un gémissement : « Mais, est-ce qu'on a le droit de se battre en duel ? — C'est un reste de barbarie, que voulez-vous ! » (Éduc. sent.,

— On arriva tout naturellement a relater

différents traits de courage. Suivant le diplomate, il n'était pas difficile d'affronter la mort, témoin ceux qui se battent en duel (Éduc, sent., p. 493). [Voir dans la suite de ce passage, le prestige qui rejaillit sur Frédéric de son duel avec M. de Cisy, pp. 493-494)-

Punch : convient à un dîner de garçon. Source de délire.

Éclectisme : tonner contre, comme étant une philosophie immorale.

Ouvrier : toujours honnête, quand il ne fait pas d'émeute.

Avocats : toujours trop d'avocats à la Chambre, ont le jugement faussé.

Fusion (des branches royales) : l'espérer toujours.

Bras : pour gouverner la France, il faut un bras de fer.

Député : l'être, comble de la gloire, etc.

Haras : la question des haras, beau sujet de discussion parlementaire.

— [Voir Éduc. sent., pp. 375-381, le récit du « punch » offert par Dussardier à Frédéric et à ses amis.]

— Sénécal exécrait bien plus M. Cousin, car l'éclectisme, enseignant à tirer la certitude de de la raison, développait l'égoïsme, détruisait la solidarité (Éduc. sent., p. 378).

— • « Oui, je sais, dit Frédéric.» Après quoi, il déclara sa sympathie pour les ouvriers. « Car enfin, plus ou moins, nous sommes tous ouvriers » (Éduc. sent., p. 426).

— On devait [dans les clubs] par affectation de bon sens, dénigrer toujours les avocats... (Éduc. sent., p. 432).

— Arnoux... défendait le pouvoir, et rêvait la fusion des partis. (Éduc. sent., p. 450).

— M. Roque voulait, pour gouverner la France un bras de fer (Éduc. sent., p. 493).

— [Cf. pp. 530 et su\v.,etpassim,\es ambitions de Frédéric, et l'enthousiasme de ses illusions.]

— Frédéric devait songer maitenant à se pousser. Elle [Mme Dambreuse] lui donna même sur sa candidature d'admirables conseils. Le premier point était de savoir deux ou trois phrases d'économie politique. Il fallait prendre une spécialité, comme les haras, par exemple, etc.. (Éduc. sent., p. 552).

Il était indispensable de dresser cette longue liste d'exemples, choisis seulement parmi les plus remarquables (1), pour donner toute sa valeur à la notion de Vidée reçue chez Flaubert. Le Dictionnaire nous apparaît donc sous un jour nouveau. Il est avant tout le résumé des notes prises par l'écrivain en vue d'établir la psychologie de ses personnages, la quintessence de son observation des mœurs, du milieu, du caractère « bourgeois », le canon des gestes, des attitudes, des manies, des opinions, qu'il imposera aux héros de ses livres pour en créer des types également représentatifs, quoique à des titres divers, de l'esprit «bourgeois». Si, dans l'ensemble de son œuvre,

(1) J'aurais pu faire la même expérience avec Un Cœur simple et Le Candidat; j'y ai renoncé, pour ne pas allonger encore cette liste. Il n'est pas jusqu'à la Correspondance où il serait possible de noter des idées reçues.

on considère avec Jules Lemaître deux sources distinctes d'inspiration — d'une part les romans de mœurs antiques, Salammbô, La Tentation de Saint- Antoine, Saint- Julien, Hérodias — d'autre part les romans de mœurs contemporaines, Madame Bovary, l'Éducation sentimentale, Un Cœur simple, Bouvard et Pécuchet — sources d'inspirations correspondant exactement à la tendance naturaliste et à la tendance romantique que nous avons signalées ailleurs — nous dirons que le Dictio?inaire est comme la charpente du second groupe, nous verrons en lui une sorte de carnet renfermant les échantillons des matériaux avec lesquels a été construit cet admirable édifice. Répertoire de documents prêts à être « mis en style », il n'a été dressé spécialement ni pour l'un ni pour l'autre de ces ouvrages; mais, par son origine au moins, il est antérieur à tous, et tous impliquent pareillement l'expérience morale, la science de la réalité ambiante, qui se sont condensées en lui. Sous la forme concise de ses définitions, il exprime la substance de Homais, de Charles Bovary, autant que de Frédéric Moreau, d'Arnoux, ou de Pécuchet ou de Bouvard (1). On retrouve, en le lisant, le thème ordinaire de leurs conversations, le ton de leurs jugements, l'indication des mouvements que nous leur verrons accomplir, presque tous les éléments épars de leur mentalité, et comme un raccourci schématique de la vie intense qu'ils vivront sous la plume du Maître. Ces personnages eux-mêmes sont bien identifiés par certains traits qui leur appartiennent en propre et servent à les différencier; mais c'est par les côtés communs de leurs individualités qu'ils participent tous au Dictionnaire : et s'il est vrai que celui-ci enveloppe, en quelque manière, le concept symbolique du « Bourgeois », au sens flaubertien du terme, tous les bourgeois réels qui s'agitent dans ses romans sont comme autant de reflets de ce type abstrait et général, un peu comme les Etres, dans le système de Platon, sont le reflet des Idées éternelles.

Le Dictionnaire est ainsi le meilleur exemple qu'on puisse citer à l'appui

(1) Il ne faut pas d'ailleurs prendre ceci également et partout au pied de la lettre. Il est certain par exemple que Homais n'était pas capable de dire que le crapaud est « le mâle de la grenouille » ; mais on le voit très bien, à propos de la censure, s'écriant : " Utile, on a beau dire ! » ou s'appitoyant quand on parle des colonies. (Voir ces mots dans le Dictionnaire.) On trouve en d'autres termes dans ce livre la notation de beaucoup de réflexions que Flaubert a mises dans la bouche de ses personnages ; beaucoup d'attitudes, de gestes qui leur appartiennent; beaucoup qui auraient pu leur être attribués, si les circonstances de l'intrigue en avaient amené l'occasion. Mais ce n'est pas à dire que leur psychologie tout entière soit bâtie avec les données du Dictionnaire, ni d'avantage que tout le Dictionnaire puisse se retrouver dans l'analyse de leur caractère.

des théories d'art de Flaubert : nulle part, en effet, on n'aperçoit mieux à quel point il s'est détourné résolument de l'anecdotique, de l'exceptionnel, de l'accidentel, pour s'appliquer à ne retenir de son observation des choses et des hommes que leurs aspects permanents et toujours identiques. N'écrivait-il point à George Sand : L'art n'est pas fait pour peindre les exceptions (1), et n'était-il pas persuadé qu'il n'y a d'Art, comme de Science, que du général; partant, que pour faire vrai, il ne s'agit pas seulement de représenter, mais de représenter les choses comme elles sont toujours en elles-mêmes, dans leur généralité, et dégagées de tous leurs contingents éphémères (2). Or, chaque alinéa du Dictionnaire doit être envisagé, à ce point de vue, non comme la notation directe et immédiate d'une réflexion émise par tel ou tel, d'une stupidité, d'une platitude, d'un tic remarqué une fois par hasard, chez tel individu déterminé; — le Dictionnaire n'a rien du simple mémento où un spectateur attentif et désintéressé de la comédie humaine se serait contenté de consigner, les unes après les autres, ses impressions ou ses découvertes quotidiennes, pour en extraire après coup des sujets de nouvelles ou des détails « pris sur le vif»; — - mais chaque article est au contraire la résultante synthétique d'un nombre indéfini d'observations particulières, de constatations isolées, de phrases répétées à propos d'un même objet par des gens socialement et intellectuellement différents, de jugements prononcés dans des circonstances variées (3); chaque définition suppose une vaste documentation

(1) Corresp., III (5 décembre 1866).

(2) Corresp., II, 81.

(3) On doit observer à ce sujet l'importance considérable du phénomène appelé en psychologie Y Association des idées et des images dans les définitions du Dictionnaire. Par idée reçue, Flaubert entend très souvent la réunion des termes qui se présentent naturellement à l'esprit, qui reviennent dans la conversation courante, dès que l'un d'eux est prononcé ou évoqué. Pour exprimer cette connexion étroite, et la plupart du temps irréfléchie, Flaubert emploie fréquemment les mots tous, toujours. Ainsi : Critiques : toujours éminents; Calvitie : toujours précoce. Banquiers, Anglais : tous riches; Breton : tous braves gens, mais entêtés; Gamin : toujours suivi de « de Paris »; — a invariablement beaucoup d'esprit, etc.... — D'autrefois c'est le détail physique, la particularité extérieure, la notion historique à laquelle on pense d'abord quand il est question de tel personnage, de tel objet : Buffon : mettait des manchettes pour écrire; Aspic : animal connu par le panier de figues de Cléopâtre ; Lynx : animal célèbre par son œil ; Cèdre : celui du Jardin des plantes a été rapporté dans un chapeau; Diderot : toujours suivi de d'Alembert ; CujAS : inséparabU de Bartole; Descaries : cogito, ergo sum, etc. — L'association des contraires (c'est encore le même phénomène) joue aussi son rôle dans la formation de l'idée reçue : voir par exemple les articles Brunes, Blondes, Chaud, Froid, etc. — L'idée reçue, telle que la conçoit souvent Flaubert, c'est donc ce qu'on dit, ce qu'on se représente invinciblement, par la force d'une habitude de 1 angage devenue une habitude de pensée..

psychologique, amassée çà et là, au cours des années, et dont peu à peu ont été rejetés tous les éléments fortuits (1), vrais en soi sans doute, mais d'une vérité transitoire et occasionnelle. Flaubert n'a voulu conserver que Vidée reçue anonyme, dégagée des circonstances qui l'ont fait naître et qui ont servi à la propager. Celle-ci demeure plus vraie dans sa généralité, que chacune des opinions particulières combinées en elle, parce qu'elle exprime essentiellement l'idée du plus grand nombre. Elle aura toutes chances de se présenter spontanément à l'esprit de ceux qui, incapables de penser par eux-mêmes, collectionnent des clichés à toutes fins utiles. L'idée reçue sera donc, pour chaque matière, la mesure d'un certain niveau intellectuel moyen, autour duquel oscillent les intelligences individuelles des bourgeois. L'ensemble des idées reçues composera la psychologie moyenne du type bourgeois. Les personnages des romans de Flaubert ne donneront à ce point l'illusion d'être réels que parce qu'ils se rapprocheront d'avantage de ce type idéal. On saisit par conséquent, dans le Dictionnaire comme dans ses romans euxmêmes, l'application d'un même principe esthétique déjà signalé : ce principe veut que l'écrivain aille toujours du particulier au général, par inductions, par éliminations successives, ou encore qu'il imagine d'abord le cas général, sauf à vérifier ensuite la solidité de ses déductions. C'est la méthode scientifique transposée dans l'Art littéraire.

Le Dictionnaire des idées reçues ne peut assurément compter parmi les œuvres qui font de Flaubert un des maîtres de la prose française : mais il reste une de celles qui témoignent le mieux des tendances profondes de son esprit : son effort d'abstraction et de généralisation n'a pas été ailleurs beaucoup plus puissant, — ni même (malgré l'intention critique et le pessimisme qui ont inspiré ce volume) le principe de l'impersonnalité de l'artiste plus scrupuleusement respecté. Pour apprécier ce livre à sa valeur, il faut se le représenter tel qu'il l'avait conçu et qu'il en expliquait, dès 1852, la portée à Louise Colet. Son importance est considérable, puisque des chefs-d'œuvre comme Madame Bovary, L'Éducation et Bouvard lui servent, en quelque façon, de commentaire, et puisque lui-même, dans le cadre un peu sec de ses définitions, contient en germe les beautés, les finesses psychologiques qui s'épa-

(1) Ce qui explique les variantes très nombreuses d'idées reçues notées par M. Ferrère, par un procédé typographique d'ailleurs vraiment trop compliqué et peu propre à les mettre en valeur. — Sur le caractère de ces variantes, des ratures et des articles à demi effacés du manuscrit, voir ce que dit M. Ferrère, pp. 14-15 de son Introduction.

nouissent en eux. Il résume tout un aspect du caractère de Flaubert, tout un coin de sa pensée : il eût exprimé son dernier mot sur cette catégorie d'individus qu 'il appelait les «Bourgeois» — qu 'il a passé sa vie à contempler avec autant d'étonnement et de plaisir que d'indignation et de répugnance, depuis l'âge où, tout petit enfant, il notait déjà les bêtises d'une vieille dame qui venait en visite chez son père, jusqu'au jour où, plus acharné que jamais à les étudier et à les peindre, il succomba en pleine fièvre de travail, « las jusqu'aux moelles ».

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