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Chapitre II. Horticulture. Agriculture. Arboriculture

Printemps. Tl y a du soleil {pour se garantir du soleil, p. 29), des chenilles (ibid). Les travaux de jardinage des deux amis remplissent probablement le printemps et l'été de 1841 ; mais aucun détail précis n'est donné sur la nature de ces travaux. On voit seulement que Bouvard plante une pivoine (p. 29). « Les bras nus, côte à côte, ils labouraient, sarclaient, émondaient... puis allaient prendre le café sur le vigneau pour jouir du point de vue » (page 29). A la page suivante : « Puis les mauvais jours survinrent, la neige, les grands froids. Ils s'installèrent dans la cuisine... causaient au coin du feu, regardaient la pluie tomber. » (p. 30) : étant donné ce qui précède, il ne peut s'agir que de l'automne 1841 et de l'hiver 1841-1842; la neige est tout à fait exceptionnelle dans le Calvados au mois d'avril, et, lorsqu'ils se réfugient ainsi au coin du feu, il y a déjà longtemps d'ailleurs que nous voyons les deux amis installés à Chavignolles. On remarquera que cette année là est plutôt une année de préparation pour la véritable expérience horticole qui ne commencera qu'en 1842.

« Dès la mi-carême, ils guettèrent le printemps » (p. 30). Cette petite phrase nous transporte ainsi NÉCESSAIREMENT en février ou mars 1842. Malgré que l'année soit tardive (p. 30) le jardin fournit des légumes en quantité satisfaisante (« petits pois — les asperges donnèrent beaucoup ; la vigne promettait » (p. 30). — « Puisqu'ils s'entendaient au Jardinage, ils devaient réussir dans l'agriculture, et l'ambition les prit de cultiver leur ferme (ibid.) Cette résolution, qui marque une nouvelle étape de leur expérience, peut être ainsi datée approximativement de juin ou juillet 1842, après qu'ils ont pu constater les premiers résultats de leurs travaux de jardinage. Ils abordent alors l'agriculture.

Pour se renseigner, ils vont visiter l'exploitation de M. de Faverges. La plaine est «couverte de blés mûrs» (p. 31). — On fane la luzerne (ibid), le foin (ibid), les paysans moissonnent et font les meules (ibid), fauchent des seigles (p. 33), tandis que d'autres cependant sèment des turneps (p. 32) ou labourent d'autres champs (p. 33). — Peut-être y a-t-il quelques erreurs dans le rapprochement de ces travaux agricoles différents dont les deux copistes contemplent le spectacle pendant la même journée. En réalité ils ne s'exécutent pas tous exactement à la même époque, mais s'espacent sur deux mois ou trois mois, de juillet à fin de septembre ou début d'octobre. Les turneps, plante bisannuelle, se sèment à la fin dej'hiver,

et au milieu de l'été. Dans l'ensemble, cette visite à M. de Faverges, qui coïncide avec le temps de la moisson, peut être datée août 1842.

Ils cherchent querelle à leur fermier, qui les quitte (ibid.) ; ils prélèvent, sur leur capital disponible, une somme de 20.000 fr. pour les frais de première exploitation (ibid.). « Au mois de novembre, ils brassèrent du cidre » (p. 36). Nous sommes évidemment toujours en 1842.

Flaubert continue : « L'année suivante, ils firent les semailles très dru. Des orages survinrent. Les épis versèrent » (p. 36). Ceci n'a de signification possible que pour l'année 1843, et se réfère aux semailles de la fin de l'hiver, aux orages du printemps et du début de l'été, quand les épis sont déjà formés. Vers la même époque, ils entreprennent d'épierrer le Butte : « Tout le long de Vannée... on voyait V éternel banneau, avec le même homme et le même cheval, gravir, descendre et remonter la petite colline » (pages 36-37).

La chronologie du roman devient ici assez incertaine, faute de renseignements précis. Jusqu'à ce moment, les deux amis ont dirigé leur ferme ensemble, y couchant à tour de rôle, pour mieux surveiller. Mais, si l'on en juge par la nature des ennuis qui marquent le temps de cette direction commune, — notamment celui-ci : « ils prirent des gens mariés; les enfants pullulèrent » (page 37) — il semble bien qu'elle ait dû se prolonger au moins jusqu'à la fin de 1843. Le texte mentionne encore des travaux de battage en grange (ibid.), qui sont généralement réservés pour l'arrière-saison, ce qui confirme l'induction précédente.

Après la constation d'un vol commis à leur préjudice, ils décident de se partager désormais la tâche : Bouvard s'occupera seul de la ferme ; Pécuchet «pris de remords à V encontre du jardin » (page 37) emploiera tout son temps à le tenir en état. Sitôt dit, sitôt exécuté. Il ne semble pas qu'on ait, à ce moment de l'action, dépassé l'année 1843, qui a été toute entière remplie par cette expérience agricole menée en commun.

Pécuchet se consacre donc à l'horticulture (p. 37 et suiv.). Ses premiers travaux, construction de couches, boutures, marcottages, greffes, etc., sont des occupations de printemps (p. 38). Il plante des tournesols; les boutons d'or et les géraniums fleurissent (p. 38). Il élève des melons (p. 39) qui viennent à maturité. Il « se tourne vers les fleurs » (p. 40) parce que ses autres expériences échouent. Tous ces détails d'horticulture s'organisent assez bien, s'accordent et se succèdent dans l'ordre vrai. L'horticulture l'absorbe pendant toute l'année 1844, "jusqu'aux approches du froid » (p. 40).

Parallèlement, Bouvard poursuit ses tentatives agricoles; il y aventure, dit Flaubert, « ce qui lui reste de capitaux disponibles, 30.000 fr. » (p. 42). Ses récoltes sont médiocres (p. 42) les grandes chaleurs font périr en partie les animaux de sa ferme (p. 43). Il ne peut être question que de l'été de 1844, et l'année se trouve ainsi remplie toute entière par la double expérience malheureuse de Pécuchet en horticulture et de Bouvard en agronomie. On

ne peut supposer un temps moindre, puisqu'il faut, pour la vraisemblance du récit, que les copistes puissent constater l'insuccès de leurs méthodes et l'échec de leurs efforts; or il s'agit ici non pas d'études théoriques, mais d'entreprises pratiques, au résultat appréciable desquelles une année au minimum, avec la succession de ses saisons, est nécessaire.

Le récit continue, et nous lisons : « En dépit des chaulages pernicieux, des binages épargnés et des échardonnages intempestifs [opérations d'arrière-saison et d'hiver, faites en vue des prochaines récoltes], Bouvard, Vannée suivante [par conséquent en 1845] avait devant lui une belle récolte de froment » (p. 44). Survient alors l'incendie des meules par combustion spontanée (p. 45 et suiv.). Il ne peut s'agir évidemment que des meules édifiées aussitôt après la moisson de cette année même. Le désastre se place ainsi à la fin de l'été 1845 ; il compromet leur fortune : « pas de marchandises à vendre [à la ferme] aucun effet à recevoir, et, en caisse, zéro. Le capital se marquait par un déficit de 33.000 fr. (p. 48). — Encore deux ans d'une agronomie pareille, leur fortune y passerait. Le seul remède était de vendre » (ibid.).

Il est probable que pendant cette même année 1845, Pécuchet, de son côté, a continué ses travaux d'horticulture. Mais sur ce point le roman ne fournit aucune indication. Une fois décidée la vente de la ferme, les deux amis reprennent dans leur maison de Chavignolles l'existence commune (p. 48), et se résignent de faire des économies. C'est seulement alors que, dégoûtés de l'agronomie, et entrevoyant que l'arboriculture, bien conduite, peut donner des bénéfices appréciables, et devenir une spéculation, ils vont s'y consacrer d'un commun accord (p. 49). Sauf erreur dans nos calculs, cette décision doit dater de l'automne 1845 ou du début de 1846. Adoptons provisoirement tout au moins ces chiffres, sauf à les rectifier si la suite du récit nous y oblige.

Bouvard et Pécuchet achètent des plants, organisent des espaliers, taillent leurs arbrisseaux. « Six mois après les plants étaient morts » (page 49) Nous serions amenés ainsi au milieu du premier trimestre. Mais Flaubert continue : « Nouvelles commandes au pépiniériste et plantations nouvelles dans des trous encore plus profonds; mais la pluie détrempant le sol, les greffes d'elles-mêmes s'enterrèrent et les arbres s' affranchirent » (pages 49-50). Tout cela, à moins d'invraisemblance, ne s'accomplit pas en un jour. Il faut supposer un délai appréciable, et nous avons déjà atteint, au minimum de notre calcul, la fin de mars ou le début d'avril 1846 quand a lieu la seconde plantation. S'agit-il des pluies de la mauvaise saison ? On ne peut guère le croire, puisqu'on lit aussitôt après : « Le printemps venu, Pécuchet se mit à la taille des poiriers » (page 50). Bouvard de son côté taille et conduit les abricotiers, les cerisiers, etc. (ibid). Ces opérations ne peuvent être faites qu'au début d'une année, à l'époque où la sève monte, et sur ce point, l'indication de saison est la marque d'un réalisme rigoureux. En dépit de l'imprécision des détails, nous admettrons

qu'arrivés à ce point du récit nous sommes toujours au printemps de 1846. Supposer qu'il s'agit de 1847 constituerait, à mon avis du moins, un décalage excessif, même en tenant compte du coefficient d'erreurs qui peuvent s'être glissées dans cette discussion. Mais tout cela est, on le voit, au point de vue chronologique, assez obscur et assez incertain.

« Enfin des poires parurent, et le verger avait des prunes » (page 51). A ce moment survient l'orage qui ravage le jardin et détruit les espérances des deux amis (p. 51-52). L'époque de ce nouveau désastre, précisée par l'indication des fruits, ne peut être que la fin de l'été de 1846, soit août-septembre. Bouvard et Pécuchet, consternés, renoncent à l'arboriculture « qui pourrait bien être une blague, comme V agronomie » (p. 53) et, pour tirer parti de leur jardin bouleversé, conviennent de l'aménager d'une façon artistique (p. 54). Cette résolution les oblige à quelques lectures (p. 54). Elle exige d'eux surtout des travaux importants, dont l'exécution doit durer assez longtemps. Il leur faut pour réussir beaucoup de tâtonnements (p. 55), plusieurs voyages sur les rives de l'Orne pour choisir des granits, et plusieurs voyages à Falaise (p. 56). Ils aménagent la charmille, un labyrinthe dans le bosquet, bâtissent un tombeau étrusque, transforment la cahute en cabane rustique, édifient un rocher artificiel, creusent un bassin, taillent leurs ifs en forme de paons, de cerfs, de fauteuils, ou de cylindres, etc. (p. 55-57). H est difficile d'évaluer, même approximativement, le temps VRAISEMBLABLE nécessaire à l'exécution de toute cette architecture. Les mots : « Depuis six mois les autres (arbres) derrière ceux-là imitaient plus ou moins des pyramides », etc. (p. 57) me semblent fixer un minimum qui nous reporterait alors aux premiers mois de 1847; car on ne peut admettre que l'aménagement du jardin, après l'orage survenu en août-septembre 1846, ait pu être terminé avant la fin de l'année d'une façon assez parfaite pour que, fiers de leur œuvre, ils songent à offrir un grand dîner aux Chavignollais, afin de la leur faire admirer.

Ce dîner a lieu le soir (« dès quatre heures la grille était grande ouverte », p. 58); par conséquent à une saison où les jours sont encore assez longs pour qu'on ait le temps, après la table, de se promener dans le jardin avant la nuit noire. Il fait du soleil (Mme Foureau s'abrite sous son ombrelle; le notaire à un panama, p. 58 — « le soleil, traversant la toile, jetait une lumière blonde sur le lambris » p. 59). On mange des huîtres (p. 59); mais ce détail ne peut guère aider à déterminer l'époque de la fête, si l'on songe que la scène se passe dans le Calvados, non loin de la mer, dans un pays où l'on est habitué à manger des huîtres sans danger en toute saison. Par contre un des convives observe que « les petits pois sont en retard » — qu'avec une taille pareille de leurs arbres, jamais les copistes n'oBTiENDRONT de fruits (p. 62). Ces deux indications plus précises permettent de conjecturer que l'on est en mai ou juin 1847. Toute cette partie du récit est également d'une chronologie très incertaine, le calcul ne peut procéder que par hypothèses vraisemblables, sans aucun

point de repère assuré. D'autres détails du même épisode, par exemple: « le vagabond ... disparut dans les avoines» (p. 63), confirment que nous sommes bien en été, c'est-à-dire à peu près au milieu de l'année 1847.

Après l'insuccès de ce festin, un temps probablement assez long s'écoule pendant lequel « dégoûtés du monde, Bouvard et Pécuchet résolurent de ne plus voir personne, de vivre exclusivement chez eux » (p. 66). La saison froide arrive bientôt : « chaque soir, en regardant le bois brûler, ils discutaient sur le meilleur système de chauffage » (p. 66). Ils imaginent de fabriquer des conserves (p. 66) et se mettent en tête de découvrir partout des fraudes alimentaires; « leurs études se développent » (p. 67). Ils achètent le matériel d'un distillateur en faillite (p 67) et entreprennent la confection d'une liqueur, la « Bouvarine » (p. 68). « Vers la fin de l'automne, dit Flaubert, des taches parurent dans les trois bocaux de conserve » (p. 68). C'est le seul renseignement d'époque pour toute cette fin de chapitre. Je suppose que nous sommes toujours en 1847; mais si l'on examine dans le roman tout ce que nos deux héros trouvent moyen de faire, d'essayer, de rêver, depuis leur grand dîner jusqu'à l'éclatement de l'alambic qui met fin à leurs expériences, on est forcé de conclure à un raccourcissement certain des faits exposés, par rapport au temps qu'ils auraient exigé dans la réalité. Le moins qu'on puisse estimer, dans les limites de la logique et de la vraisemblance, c'est que le chapitre II ne dépasse pas la fin de l'année 1847. Si les bases sur lesquelles nous avons raisonné jusqu'à présent, en suivant le texte, sont exactes, et si aucune erreur d'interprétation n'entache notre discussion, je serais même tenté de croire que 1848 est déjà commencé lorsqu'un beau jour l'alambic saute. La cause réelle de l'accident échappe aux héros de Flaubert. « C'est que peut-être, dit Pécuchet, nous ne savons pas la chimie » (p. 70).

Cette phrase termine le chapitre IL Avant d'aller plus loin, résumons les résultats obtenus par cette analyse :

Il y a neuf ans et demi que Bouvard et Pécuchet se connaissent (juilletaoût 1838, — janvier 1848). Il y en a tout près de sept qu'ils sont installés à la campagne (avril 1 841 -janvier 1848). Ces sept années ont été consacrées à des expériences malheureuses d'horticulture, d'agronomie, d'arboriculture, de distillation. Les deux copistes, qui avaient au moment de leur première rencontre 47 ans, en ont maintenant près de 57.

J'ai cru devoir m'étendre longuement sur ce début du roman, afin de montrer comment le calcul procède par inductions et se développe d'étapes en étapes, tantôt reposant sur des éléments certains fournis par le texte, (dates précises citées, délais nettement indiqués), tantôt s'appuyant au contraire sur des renseignements beaucoup plus vagues qu'il s'agit alors d'in-

terpréter et de concilier avec les données positives recueillies par ailleurs; il progresse alors par hypothèses et par conjectures, selon les lois de la logique et de la vraisemblance. Je me suis appliqué à n'évaluer partout qu'au minimum le temps qu'il faut supposer nécessaire à l'accomplissement des événements successifs mentionnés dans le récit, sous peine de tomber dans l'absurdité. De telle sorte que je crois être resté partout au-dessous de la vérité, et qu'en fait, dans la réalité positive, dans la vie, un Bouvard et un Pécuchet en chair et en os, s'ils exécutaient tout ce que Flaubert fait exécuter à ses personnages, entreprenaient, étudiaient et expérimentaient tout ce que ceux-ci entreprennent, étudient et expérimentent, auraient besoin, même pour des résultats aussi négatifs, d'y consacrer beaucoup plus d'années encore que je n'en ai calculées pour l'action du roman.

En d'autres termes, ce « minimum vraisemblable », partout respecté, constitue une marge destinée à compenser les erreurs possibles d'interprétation. Le seul moyen certain pour apprécier la durée de l'action de Bouvard et Pécuchet, dans la réalité imaginée par Flaubert, serait évidemment de s'en tenir aux cinq ou six dates indiquées par le roman, sans s'inquiéter des détails secondaires du récit, sans se préoccuper de savoir si les uns s'accordent avec les autres ; mais ce serait alors éluder le problème véritable du Réalisme de Flaubert dans ce livre. Au contraire, ce « minimum de vraisemblance » que je me suis imposé de ne pas dépasser en raisonnant sur ces détails secondaires, doit avoir pour effet d'augmenter la probabilité du calcul; si désormais, chemin faisant, nous constatons un écart manifeste entre les résultats ainsi obtenus « pour le moins » et une date précise, un repère certain fourni par la suite du texte, la défaillance du Réalisme de Flaubert n'en apparaîtra que plus clairement démontrée.

Chapitre III. Chimie, Médecine, Géologie. — Transition très artificielle: l'éclatement de l'alambic, janvier 1848. — Bouvard et Pécuchet étudient la chimie des métaux et la chimie organique (p. 72-73). Aucune indication de temps. Minimum deux mois, janvier et février.

Transition : une visite chez le docteur Vaucorbeil, qui les entretient de sa profession et leur prête des planches anatomiques, les décide à abandonner la chimie (p. 74). Lectures nombreuses; travaux pratiques avec le mannequin Auzoux (p. 75-78). Temps indéterminé. Il semble bien que cette expérience de la médecine dure plus longtemps que celle de la chimie : environ trois mois, soit mars-mai 1848. De l'anatomie, ils passent à la

y6 AUTOUR DE « BOUVARD ET PÉCUCHET »

physiologie. On est en été (« à l'ardeur du soleil », p. 79). A propos de la génération, où Pécuchet se révèle très ignorant, nous apprenons incidemment son âge. Comme il a 47 ans au début du roman, en 1838,11 devrait, d'après mon calcul, en avoir à présent 57.// en aurait beaucoup moins dans LA RÉ ALITÉ IMAGINÉE par Flaubert. Le texte dit en effet « A cinquante -deux ans, et malgré le séjour de la capitale, il possédait encore sa "virginité » (p. 80). Ceci paraît bien une nouvelle invraisemblance et constituer une défaillance sensible du Réalisme de Flaubert.

Après des expériences nombreuses de physiologie (p. 80-84) qui ne peuvent pas durer moins de 3 mois encore (ce qui nous amène facilement en août-septembre 1848), « un mois se passa dans le désœuvrement; puis ils songèrent à leur jardin « (p. 84). Ils y font quelques travaux (équarrissage d'un arbre : » Bouvard avait, très souvent, besoin de faire arranger ses outils chez le forgeron». C'est donc au minimum en octobre-novembre 1848 qu'ils abandonnent la physiologie pour l'hygiène. Transition artificielle : la rencontre par Bouvard d'un colporteur qui lui vend le Manuel de santé de Raspail (p. 85). Ils se mettent à soigner les malades du pays, notamment Mme Bordin, qu'ils guérissent en un mois (p. 86). Aucune indication précise ne permet d'évaluer avec certitude le temps que dure cet essai de thérapeutique, appelé par Vaucorbeil « exercice illégal de la médecine »; mais il paraît évident, d'après le récit, qu'il se prolonge longtemps. Enfin ils reconnaissent que l'hygiène « n'est pas une science » et y renoncent (p. 93).

A la page suivante, nous lisons : « Ils allèrent prendre le café sur le vigneau. La moisson venait de finir, et des meules, au milieu des champs, dressaient leurs masses noires sur la couleur de la nuit bleuâtre et douce » (p. 94). C'est bien là un décor d'été. Ils admirent des étoiles filantes (p. 96). Comme il ne peut, d'après nos calculs précédents, être question de la moisso?i de 1848, force est de conclure que nous sommes alors en juillet-août 1849.

A propos des étoiles filantes, ils lisent Buffon (p. 97), font encore d'autres lectures (Bernardin de Saint-Pierre, Depping, etc., p. 97-98), reviennent à Buffon et s'intéressent à l'histoire naturelle. Ils essaient quelques expériences de tératologie, de morphologie, qui, vraisemblablement , demandent un certain temps. Après quoi ils passent à la géologie (p. 100-119), expérience à l'étude de laquelle j'ai consacré plus loin tout un chapitre de ce travail, où on la trouvera analysée en détail. Il paraît impossible qu'ils aient commencé, avant le mois de novembre 1849, à s'initier à cette science; leur tentative, avec les lectures, les voyages, les recherches qu'elle entraîne, n'a pu durer moins de 6 ou 8 mois. Nous serions ainsi APPROXIMATIVEMENT en juillet 1850, lorsque les copistes abandonnent la géologie : o mieux vaudrait nous occuper d'autre chose » (p. 119).

L'incident qui sert à Flaubert de transition entre la géologie et l'archéologie a de nouveau pour cadre un paysage d'été : <<■ Une lisière de mousse

bordait un chemin creux, ombragé par des frênes, dont les cimes légères tremblaient; des angéliques, des menthes, des lavandes exhalaient des senteurs chaudes, épicées; l'atmosphère était lourde » (p. 119). Les deux copistes ont soif et entrent chez Gorju pour boire : ils remarquent chez le paysan un bahut Renaissance, découverte qui les transforme tout d'un coup en archéologues. Le point de départ de cette expérience nouvelle serait ainsi l'été de 1850.

Ils auraient mis deux ans et demi à étudier successivement et à pratiquer la chimie, la médecine, l'histoire naturelle, la géologie. Ce n'est évidemment pas beaucoup, et nous ne serons pas étonnés s'ils ne sont arrivés à rien de sérieux dans aucune de ces sciences, — sinon à s'en dégoûter. Or, dans les pages qui précèdent, j'ai comme partout évalué la durée « au minimum »; l'écart réel n'en sera que plus apparent tout à l'heure, quand le roman nous fournira de nouveau une date certaine, inconciliable même avec ce minimum de vraisemblance.

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