Hisl. Long., X, 222, biogr. de Guiraut de Borneil
3. Cette expression, fizel amador, revient dans un passage caractéristique, 29325 et suiv., cité plus bas.
4. Cette expression, coven, se retrouve dans un Detio d'amore anonyme {Mon. CresL, II, 314), d'inspiration toutàfait occitanique. « Je te condamne, dit l'amoureux ^ la raison, dep uis que j'appartiens au cénacle d'amour (conivnîo d'amore). «
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Tceiir sentez les maux d'amour ; mais que celui qui ne les éprouve pas n'ait pas la hardiesse de se présenter ici ; fuyez, retirez-vous, n'approchez pas, si vous n'aimez. »
Guiraut de Calanson, A leis cui am, R. III, 301 : (( Dans le palais d'Amour n'entrent ni les vilains, ni les malappris ; ils restent en dehors, dans le faubourg et ceux qui sont là sont beaucoup plus que la moitié du monde. » Cette exclusion se répète dans le débat de Florence et de Blanchefleur (Méon, IV, 453 et suiv.) et dans le Fahlel -du dieu d'Amour (édit. Jubinal). Amour dit à Guillaume de Lorris, en recevant son hommage : <( Tu me baiseras sur la bouche, nul vilain n'y touche, je n'y laisse toucher ni vilain ni porcher » ; et Guillaume estime que Loisir et Richesse sont nécessaires aux amoureux. Le 'Chapelain pense comme le Romande la Rose; la femme noble (I, vi, B), sollicitée par le marchand, lui répond que, lorsqu'on a employé six jours de la semaine à gagner de l'argent, il est assez ridicule, le septième, de faire l'amoureux. Et, d'après l'auteur, la pauvreté, à cause de son continuel souci, est incompatible avec l'amour ^ Quant aux laboureurs, ils ne peuvent s'aimer que comme des bêtes (p. 235) ; autrement, ils ne penseraient plus à labourer et le monde, privé de blé et de pain, n'aurait plus qu'à périr.
Les Confrères d'Amour se piquaient, d'ailleurs, de constituer une aristocratie de sentiments autant que de naissance ; et l'ancienne théorie qui attribuait à l'amour le pouvoir d'améliorer l'homme, ils la restreignaient en disant que cette passion ne peut naître que dans les cœurs naturellement bons.
Peire Vidal, Lai on cobra, R. Lex. I, 416 :« Nul ne peut être frappé des dards d'Amour, s'il n'est loyal, sans aucun artifice. »
Peire Cardinal, Aquesta gens, R. Lex. I, 451 : « Le véritable amour vient de grande loyauté et d'un franc cœur, noble {gentil) et bien appris. »
Arnaut de Marveil, Aissi cum mos cors, R, Lex. I, 354 : « Amour, qui viens aux nobles cœurs, si le nom d'amour est ^Tai, je crie grâce vers toi, à la façon de l'homme vaincu qui a besoin de défenseurs ! »
Cicala, Quant en bon luec, M, G., 715 : « Il y eut un temps où je croyais qu'on pouvait se défendre contre l'amour par la sagesse ;
1. « Une femme pauvre doit prendre un amant riche, et réciproquement, de manière à s'entr'aider ; si les deux amants sont pauvres, leur passion sera vite éteinte. La pauvreté couvre de honte les hommes preux, tourmente leur esprit d'une foule d'angoisses et ne leur laisse pas de repos même dans le sommeil ; tout cela fait fuir l'amour ;> (p. 275).
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mais maintenant, au contraire, je sais que c'est dans les cœurs sages qu'Amour prend naissance. »
Roman de la Rose, 4835: Bonne amour doit de fin cuer naître. Id.f 9781 : Amors ne peut durer ni vivre Se n'est en cuer fin et délivre.
Colart leBouteillier, Hist. litt., XXIII, 545 :« Pourquoi valait tant ce siècle de nos ancêtres qui sont morts? Par Amour, où ils demeuraient. Est-il donc mort avec eux? Non ; il repose aux nobles cœurs ; mais il y en a peu ici-bas. »
Notez que les qualités morales sont plus importantes que la noblesse ou le rang, au dire même de Guiraut de Galanson, qui exclut les vilains et les malappris : « Amour, assure-t-il, ne se soucie ni de noblesse ni de dignité » [A leis cui am, R. III, 191). — « Nous sommes égaux devant l'amour, dit Perdigon (Ann. du Midi, 1909, 161, Ben aio l mal), et même l'homme pauvre, pourvu qvi'il ait du sens, s'y conduit mieux que les grands de la terre, car il est d'autant plus reconnaissant à celle qui l'honore en se laissant aimer, qu'il se sent moins important. Car Amour n'ordonne pas de choisir comte ou roi, duc ou empereur, mais un ami loyal au cœur ferme et sincère, qui se garde de faillir ; et celui qui ne garde pas ces qualités souille sa noblesse et se déprécie lui-même, car il ne vaut plus rien pour l'amour ; en fait de noblesse, je ne sais quune chose : en a le plus qui se conduit le mieux. »
Amanieu de Sescas, En aquel mes, R. II, 267 : « S'il vous prend fantaisie d'avoir un soupirant, ne le choisissez pas pour sa noblesse ni pour son rang, car plus un homme est noble, moins il vaut, s'il est dénué de mérite. »
Les Confrères d'Amour n'allaient pas tous aussi loin dans leur ambition de moralité et, en général, ils préféraient joindre à l'aristocratie du cœur celle du sang. « Si c'était la seule probité des mœurs qui rendait l'homme digne des récompenses de l'amour, dit au marchand la femme noble (A. le Chapelain,!, vi, B), il eût été bien inutile de créer un ordre de noblesse et de le distinguer par tant de privilèges ; il eût été plus simple de déclarer noble tout homme de bonnes mœurs... Il vaut mieux monter un cheval maigre qu'un âne gras. J'affirme que personne ne doit franchir les bornes de sa caste, mais que, dans ces limites, tout homme preux peut rechercher l'amour de toute femme sage. La probité des mœurs n'anoblit pas le plébéien. Seul, le prince peut anoblir... »
Nobles ou non, les Confrères, à les en croire, font profession exclu-
LES CONFRÈRES d'aMOUR 181
sive d'amour. « Tous mes pensers sont d'amour, » déclarent-ils fermement (Miraval, D'amor son totz, R. III, 362 ; Gaucelm Faidit, M. W., II, 105 ; Folquet de Marseille, Peire Vidal, Raimon Jordan, Uc Brunet, Ramberto Buvalelli, cités par Scarano, Fonti provenzali délia lirica petrarchesca, dans St. di filol. ronianza, VI H).
B. de Ventadorn, Non es maraçilha, R. III, 44 : « Ce n'est pas merveille si je chante mieux que les autres ; car mon cœur obéit plus à Amour et je suis mieux fait à ses commandements ; mon cœur, mon corps, mon savoir et mon intelligence, j'ai tout mis en lui ; je suis tellement entraîné vers l'amour que rien au monde ne m'intéresse plus... Il est bien mort, celui qui ne sent pas en son cœur quelque douceur d'amour. Et que vaut vivre sans amour, seulement pour nuire aux gens? Que Dieu ne me laisse pas vivre une heure, si on peut me reprocher de haïr et de ne pas chercher à aimer ! »
Miraval, D'amor son totz : « Tous mes pensers sont d'amour et je ne pense qu'à l'amour ; les mauvaises langues diront qu'un chevalier doit avoir d'autres soucis... Mais c'est d'amour que vient ce qu'il y a de plus grand, soit en folie, soit en sagesse et tout ce qu'on fait par amour est bien... »
Giraut d'Espagne, Pus era suys : « Tout le temps que je serai en vie, mes jours seront consacrés à servir Amour et je m'engage à ne jamais le trahir. »
Guilhem de la Tor, Plus que las, R. V, 212 : « Sous des arbres, Alexandre rencontra, dit-on, des dames dont la complexion était telle qu'elles ne pouvaient, sans mourir, quitter l'ombre de leur forêt. De même, je ne pourrais, sans mourir, m'éloigner d'Amour qui m'a toujours nourri ; et puisque ainsi il tient ma vie et ma mort en son pouvoir, il est juste que je serve ses volontés. »
Les Confrères affectaient de ne pas concevoir la vie sans amour : Arnaut de Marveil, A guisa de fin amador : « A la manière du véritable amant, avec un cœur franc, humble et sincère, je ne vis que d'amour, dans la joie ou la lourde peine de mon cœur. »
Id., Si cum li peis, R. III, 207 : « Les poissons ne peuvent vivre que dans l'eau, et moi je n'ai de vie et n'en aurai jamais que dans la joie d'amour. »
Li Confrère d'amour, Rom., 1907, 30 : « Doux Dieu, comment pourra vivre le cœur qui n'aura pas d'amour? »
Gautier de Dargis (cité par Jeanroy, Origines de la poésie lyrique, 291, note) : « Dieu, que fera celui qui n'aime pas? il devrait entrer en religion, il n'a rien à faire en ce monde. »
Les Confrères, par conséquent, lorsque leur cœur se trouvait
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inoccupé, devaient lui chercher un nouvel aliment et Guittone^ sévère moraliste, le leur reproche [0 tu di nome Anior, Ant. Rime lly 1G2) : « Celui qui est dominé par la folie de l'amour peut quelquefois être excusé ; mais il est sans excuse, celui à qui on ne fait pas la guerre et qui cherche la bataille. »
Les petites intrigues, les légers chagrins de la vie sentimentale^ les soins continuels à rendre à l'idole, l'inquiétude et l'exaltation à fleur de peau, cet ensemble de menus devoirs qu'ils appelaient le serçfice d'amour accaparait les instants des Confrères, et ils en avaient pris le goût au point de ne pouvoir s'en passer ; il leur était, nécessaire de servir,
Daudes de Prades, dans Brei>. d'Am.^ 28518 : « Je remercie Amourde m'avoir fait choisir celle qui ne veut pas de moi et ne daigne pas m'accueillir, car, si elle me désirait comme je la désire^ je ri aurais plus à servir. Prières, larmes, égards et craintes, chants et galanteries^ soupirs, désirs et pleurs seraient inutiles, si j'étais aimé comm& j*aime. »
Brev.dWm.^ 29325 : « Si Amour leur cause du mal, ce n'est pas du mal à proprement parler, car, dans ces maux, les fidèles amants. [fizel amador) trouvent une grande douceur et ne veulent pas être. guéris ^. ))
Giraut d'Espagne, Pus era suys, R. V, 169 : « Je chanterai le maî d'amour qui a si douce saveur et je ne veux pas guérir du mal d'amour j^ mais plus j'en souffre, plus il me plaît.
« Elle est si agréable, la douleur du doux mal d'amour ! mon cœur s'est attaché au service d'une dame gracieuse. Je n'en ai jamais eu de joie, et ses duretés ne m'ont jamais rebuté ; et je ne veux pas guérir du mal d'amour ; mais plus j'en souffre, etc.
a Tout homme qui, d'un vrai cœur loyal, aime et courtise une amie^ aime mieux souffrir du doux mal d'amour que d'en guérir, tant c'est une agréable maladie... ; et je ne veux pas guérir du mal d'amour», mais plus j'en souffre, etc. »
Uc Brunet, Pus lo dous tems, R. IV, 430 : « En amour, ce qui vaut le mieux, c'est ce cp'on espère. Si la dame cède trop tôt, elle a tort ; car les mavix d'amour sont bons et ses chagrins agréables, et ses soupirs sont doux et douces ses duretés. »
Id., Cortezamen, R. III, 315 : « Amour veut que sa douleur soit unfe joie et qu'on lui rende grâce de ses torts et qu'on se soumette à se& duretés. »