‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 102 sur 440 · Cf. chap. V · texte numérisé non relu

Cf. chap. V

LES CONFRÈRES d'aMOUR 183

Aimeric de Pégulhan, Selh que s'irais^ R. Lex. I, 430 : « Je ne dis pas qu'en amour il n'y ait point de peines ; mais ces peines sont meilleures que leur guérison, car celui qui aime d'amour ne veut pas guérir du mal d'amour, tant la souffrance en est douce. »

Tenson entre Albert Malaspina et Gaucelm Faidit, R. IV, 12, Gaucelm Faidit, ieu ç^os deman : « En amour, le bien est deux fois plus grand que le mal pour ceux qui savent servir, aimer, celer et patienter... En amour tout doit être bien et profit; un amoureux doit toujours accueillir avec reconnaissance tout ce qui peut lui advenir. »

Pon-s de Capdeuil, Per joi d'amor, R. III, 181 : « Si ma dame est courtisée par d'autres galants, je ne m'en plains pas ni n'en montre d'humeur ; au contraire, mon bonheur s'accroît des craintes que j'éprouve... Il n'y a rien au monde qui puisse me donner grande joie, sauf vous ; car je vous aime et vous me faites subir de durs chagrins. ))

Peire de Cols, dans Breç. d'Am., 29337 :« Le feu qui me brûle est d'une telle nature que, plus il me dévore, plus je le désire, de même que la salamandre baigne doucement dans le feu et la flamme et en fait sa nourriture. »

Breç. d'Am., 29347 et 29325 : « Il n'y a pas de si grand plaisir sur terre que de souffrir les maux d'amour. »

Peirol, dans Brei^. d'Am. 29351 : « Je veux bien qu'Amour m'assaille nuit et jour ; dans sa bataille je ne veux pas avoir de repos. Tel est celui qui me possède et qui déchire mon cœur qu'il n'y a pas en ce monde un plaisir qui vaille ma souffrance. »

Giraut le Roux, R. Lex. I, 324, Be m ten : « Je veux que le désir, à force de désirer, me tue. »

Bernard de Ventadorn, Non es meravilhxi, R. III, 44 : « Je meurs cent fois par jour de douleur, et je revis de joie cent autres fois. Mon mal est si doux qu'il vaut mieux que tous les biens ; puisque ce mal est si doux, comme sera doux le bonheur qui le sui\Ta ! »

Citons enfin une chanson de Peire Ramon [Atressi cum la candela, Bartsch, Chrest., SS-S6) où l'auteur se dépeint en vrai Fidèle d'Amour:

« Comme la chandelle qui se détruit elle-même pour nous éclairer, de même je chante pour faire plaisir aux autres, alors que je souffre un dur martyre. Et je n'ignore pas que c'est une folie d'amuser les gens en s'abreuvant soi-même d'amertume ; je ne puis donc m'en plaindre, si mal m'en prend.

« Car je sais bien par expérience qu'en amour c'est la folie qui règne et non la raison. Et puisque j'aime et désire tant la plus belle

i84 l'amour et la femme en occitanie

qu'il y ait du monde, je n'étoxilTerai pas mon amour, quels que soient les maux que j'en attends ; plus le désir me tue, plus je dois lui être reconnaissant de ma mort, si je veux me conformer aux lois d'Amour : sa cour n'admet pas qu'on plaide autrement.

« Donc, puisque Amour ^ me fait la guerre, je vois bien que je dois le remercier ; je dois l'honorer et souffrir, je serai son homme et son serviteur et, s'il veut me garder à ce titre, je ferai toutes ses volontés, franc, loyal, sans artifice ; et si, grâce à cette duperie, je peux rester en sa cour, il n'y a pas de sagesse au monde pour laquelle je changerais ma folie.

« Le jour où Amour voulut bien me montrer sa courtoisie, j'ai failli mourir du plaisir qui m'avait saisi le cœur ; il m'a mis au cœur le désir qui me tue ; et moi, comme un fou qui déraisonne, il fut facile de me faire perdre la tête ; car j'eus la folie d'espérer ce qui, je le pense bien moi-même, ne doit pas arriver.

ft S'il existait une autre dame plus capable d'élever mon cœur, j'aurais bien le courage de quitter celle-ci ; mais j'ai beau réfléchir, dans le monde entier, en aucune race, je n'en trouve une aussi pleine de mérite, et c'est pourquoi je reste vaincu, sous sa domination, puisque je ne puis améliorer mon sort par la force ni par la soumission.

« Chanson, va-t'en au port d'allégresse, où habitent Renommée et Valeur ; va-t'en dire en Aragon, au roi qui sait et qui comprend, que je n'ai jamais été joyeux d'amour comme je le suis maintenant. Et comme les secrets qu'on ne cache pas fuient comme les voiles dans le vent, je ne fais pas de bruit et je ne veux pas qu'on sache de qui je parle et je dirai seulement que c'est une étoile... »

S'il fallait prendre au sérieux les biographies des troubadours, écrites par des troubadours, les Confrères se seraient prêté une aide mutuelle dans les vicissitudes de leurs amours. La dame de Tonnai, s'ofîensant d'une infidélité de Rigaut (//i5^ Lang., X, 252), ne voulut lui pardonner qu'à condition que cent chevaliers et cent dames, s'aimant d'amour, vinssent, au nom du coupable, lui demander pardon à genoux et mains jointes : <ie qui fut fait. — Pons de Capdeuil fait demander merci à Azalaïs par Marie de Ventadorn, la comtesse de Montferrand et la vicomtesse d'Aubusson. — Lorsque Raimon de Castel-Rossillon eut tué Guilhem de Cabestaing, eut fait manger son cœur à sa femme et l'eut forcée à se jeter du haut d'une fenêtre, « les barons du pays se liguèrent avec les parents de Guilhem et de

1. Littéralement : elle. En langue d'oc, Amour est des deux genres, masculin et féminin.

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