‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 104 sur 440 · Lib. I, cap. VI, sect. B, G, E, F, G · texte numérisé non relu

Lib. I, cap. VI, sect. B, G, E, F, G

2. Thibaut de Champagne et un inconnu débattent ce même point [Hisi.lH.y XXIII, 797).

Lancelot, par fidélité à Guenièvre, se montra plus vertueux. Au cours de ses exploits, il rencontre une demoiselle « très belle et très gracieuse » qui lui offre l'hospitaUté à condition qu'il partage sa couche. Il accepte et ne touche point à la demoiselle, qui, chose imprévue, admire sa conduite et le proclame le meilleur des chevaliers [Conle de la Charrelky 1282-1285).

190 l'amour et la femme en occitanie

«( Rofin, demande la dame H (tenson entre Rofin et la dame H, Rofin digatz, R. V, 437), dites-moi qui fit le mieux. Une dame noble et pleine de mérite a deux amants ; elle fait jurer à chacun d'eux avant de lui permettre de coucher avec elle qu'il ne fera que l'étreindre et l'embrasser. L'un d'eux va droit au but, en dépit de son serment : l'autre n'ose pas. Des deux, quel est celui qui aime le mieux? »

Au cas où les dames eussent répugné à cette petite hypocrisie, le Chapelain leur fournit un autre moyen de se faire amener à composition. Ayant étudié l'amour pur, il passe à l'amour des sens, qu'il appelle l'amour mixte. Cet amour, dit-il, offense Dieu et le prochain et expose aux périls les plus redoutables ; mais il est pourtant un véritable amour, il est louable et on croit qu'il est la source de tous les biens. Et il finit par reconnaître que ces deux amours ont la même nature (p. 264), « ils ont la même essence, ils ne difîèrent que par la modalité ». Il avait, d'ailleurs, déjà concédé (p. 240) que les plaisirs de la chair sont nécessaires en amour, à condition qu'il n'y ait point d'excès. Et c'est pourquoi, lorsque deux amants s'aiment d'amour pur, si l'un d'eux veut passer à l'amour mixte, l'autre est tenu de lui céder ^. Admirable maxime, contre laquelle on n'a pas dû élever beaucoup d'objections.

Veut-on voir aux prises un sournois chevalier et une dame hypocrite, qui feint d'hésiter entre ses devoirs et les tentations d'un amour dont elle a déjà expérimenté les mensonges?

Sonnet du Vatican ^, Partitei>i, Messer : « Cessez, messire, de me demander cette chose à laquelle renonce mon cœur ; que votre désir ne sollicite plus de moi un pareil amour, car je vous dis qu'il me déplaît de toutes façons ; ah I s'il en eût toujours été -ainsi ! Mais la jeunesse fait faire des folies à beaucoup de ceux qu'elle tient en son pouvoir. Et moi si, dans mon jeune temps, j'ai aimé de vain amour et fait de sottes choses, je vous dis que je m'en suis fortement repentie. Et maintenant je demeure dans ma vie saine, car mes yeux se sont ouverts et je me suis éloignée de toute vanité.

« — Noble madame, le dessein que vous voulez sui^TC me plaît

1. A moins que les amants, au début de leur liaison, n'aient fait le pacte de ne passer à l'amour mixte que du consentement de chacun d'eux. Et cependant, malgré ce pacte, si lamant, dit l'auteur, persiste dans sa volonté charnelle, la femme aura tort de ne pas lui obéir ; car, en fait d'amour, les amants sont tenus d'obéir réciproquement à- leurs volontés.

2. Je désigne sous le nom de sonnets du Valican; une série de sonnets découverts dans un manuscrit du Vatican et attribués sans raison suffisante à Guido Cavalcanti. Ils ont été publiés par Salvadori, la Viîa giovanile di Guido CavakanU.

l'amour occitanique, masque de l'amour charnel 191

et m'est doux, car le but de mes efforts est de faire tout ce qui peut être utile à votre honneur. Mais dire que j'aurai jamais la force de ne plus vous aimer, vous que j'aime tant, je crois être certain de ne pouvoir le faire. Et plus j'y pense, plus mes pensées se pressent et plus fructifie en moi l'amour qui, à ce que vous dites, s'amortit en vous. C'est pourquoi j'espère encore, dame souveraine, trouver en vous pleine merci, car vous êtes bonne, simple et douce.

« — Messire, le prêtre me défend impitoyablement cette bonté dont vous me parlez et ce que vous appelez courtoisie, et il m'en fait faire pénitence pour le salut de mon âme. Vous me donnez de mauvais conseils en me disant de retourner à cette triste voie de vanité qu'il me dépeint si dure et si coupable. Et celle qu'il prêche est dure aussi et m'a terriblement épouvantée ; mais, pourtant, je ne crois pas retomber. Je ne sais pas bien où j'en suis ; l'un me promet de la joie, l'autre des tourments ; des deux partis, si je ne choisis pas le seul bon, je serai très malheureuse.

« — Madame, ce que vous me dites détourne mon cœur de tout vain penser et le raffermit dans la douce espérance de ce qu'il désire ; car je ne veux avoir votre amitié qu'en tout honneur et si vous me l'accordez ; de cette façon tous mes souhaits sont comblés. Car, madame, je n'ai jamais rien aimé autant que j'aime, ai aimé et aimerai votre honneur. Aucun autre désir ne plaît à mon cœur. Vous devez aimer là où votre honneur est chéri et respecté. »

Ici finit le dialogue. Qu'arrivera-t-ilE la dame feindra de croire aux chastes protestations du galant et puis, à la première occasion, tombera dans ses bras.

Dans un contrasto de Ch. Davanzati, Donna, lunamoranza, Ant, Rime III, l'amant, fatigué des simulacres et des longueurs de la courtoisie amoureuse, veut aller jusqu'au bout ; et la dame, plus franche que celle que nous venons d'entendre, déclare qu'il y a bien longtemps qu'elle le désire, que c'est elle qui a commencé à aimer, qu'elle a accordé tout de suite ce qu'on lui demandait. Elle se plaint que, depuis qu'elle s'est donnée en amour pur, on ne lui ait pas réclamé autre chose que de menus suffrages ^, qui lui ont été bien doux ; elle attribue cette réserve du chevalier au refroidissement de ses sentiments et se déclare prête à céder.

Dans une autre tenson {Ant. Rime V, sonnets 742-757), le même

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