‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 11 sur 440 · Chronique de Villehardouin · texte numérisé non relu

Chronique de Villehardouin

2. Les premières versions de la Chanson de Roland,\d plus ancienne de nos chansons de geste, ne contiennent pas un mot d'amour ; la belle Aude est une invention de remanieurs.

3. La chanson de Girarl de Rossillon est écrite dans un dialecte intermédiaire

14 l'amour et la femme en OCCITAME

amoureuse. Y eut-il, entre les chevaliers du Nord et du Midi, une telle difîérence que les uns aient adoré la femme, alors que les autres s'écartaient d'elle avec une méprisante hostilité? Nul ne le croira. La littérature du moyen âge s'enferme volontiers dans la rigidité des formules et observe scrupuleusement la distinction des genres. Fidèle expression, l'une et l'autre, des mœurs de la chevalerie, la chanson de geste célébrait la prouesse et la chanson des troubadours se réservait à l'amour ; il faut les allier pour tracer un tableau exact de l'époque.

§ 7. Caractère spécial de V amour chevaleresque ; ses lois.

Dans les divers genres de son activité, le chevalier, en vertu de la tradition, était astreint à des lois auxquelles échappait le simple mortel. Il n'était pas brave comme un autre homme ; sa vaillance était soumise aux règles de l'honneur. Il ne pouvait pas non plus aimer comme tout le monde : ses passions durent obéir à des principes inconnus aux temps anciens, découlant de l'essence même de la chevalerie. Le chevalier est, par définiti-^n, le soldat, le combattant ; la première de ses qualités est le courage. Rien n'est plus contraire à cette vertu que l'abus ou même l'usage des plaisirs. Par conséquent, son amour devra rester chaste, à peu près ; il se bornera à désirer sans obtenir, ou en n'obtenant que le plus tard possible. La dame doit s'ciïrir comme récompense aux preux ; elle se fait gagner à coups d'exploits, mais ne cède qu'à la dernière extrémité ; car l'amour, disent les troubadours, meurt lorsqu'il est arrivé à son but. La possession éteint le désir, et c'est le désir seul qui maintient l'âme dans cet état d'exaltation où toutes ses facultés, tendues à leur plus haute puissance, transforment l'homme en héros. On ne permet l'amour au chevalier que pour exciter 'sa valeur ; et pour que ce stimulant garde son efficacité, il lui est enjoint de ne soupirer que pour les dames de haut rang, de conquête longue, difficile et flatteuse pour son amour-propre ; il faut que la femme à qui il adresse ses hommages soit placée au-dessus de lui dans la hiérarchie féodale ; il faut qu'il puisse, sans ridicule, l'appeler mi dons, mon seigneur. De là le ton respectueux et humble des troubadours. Ils n'estiment guère les femmes, à part celle qu'ils aiment ^ ; mais à celle-là, douée de toutes les supériorités sociales, de toutes les perfections, de toutes les vertus, ils se livrent pieds et poings liés, à la façon du serf qu'on

entre les langues d'oc et d'oïl ; la chanson de la guerre des Albigeois n'est guère qu'une chronique en vers.

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