‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 110 sur 440 · LES FETES DE MAI · texte numérisé non relu

LES FETES DE MAI

mais j'aimerai d'amour. Ne venez plus ici, envie de bien faire, on vous fermerait la porte ^. »

« Dieu I je ne puis dormir la nuit ! le mal d'amour m'éveille. » — a Je vins pucelle en ce bois et pucelle je m'en retourne ; malheur au forestier qui le garde I » — «Rossignol, va dire à mon ami que je suis gentille et parée et que, s'il a des cadeaux à me faire, il vienne me parler ; sinon, qu'il se garde de venir ! » — « Malheur à celle qui, pour obéir à sa mère, laissera son ami ^ ! »

Voilà ce que chantaient les jeunes filles en dansant les caroles de mai. Quant aux femmes, elles expriment le plus profond dégoût de leur mari, se consolent en pensant qu'il mourra bientôt et invoquent l'amant à grands cris : a Plût à Dieu que chacune de nous ait la peau de son mari jaloux ^ ! » — « Otez ce vilain, ôtez ! si le vilain me touche, même du bout du doigt, j'en mourrai * ! »

Fi, mari, de votre amour.

Car j'ai ami.

Il est beau et de noble atour, Il me sert et nuit et jour, C'est pourquoi je l'aime ainsi ; Fi, mari, de votre amour.

Car j'ai ami.

(Adam de la Halle, Hist. litt., XX, 658.)

Bartsch, Romanzen und Pastourellen, I, 51 : « Un peu de patience, mari, et, avec votre permission, je serai à vous demain et à mon ami cette nuit ; la nuit est courte, demain vous m'aurez de nouveau. Un peu de patience, mari, et ne bougez pas !

— (( Pourquoi me bat mon mari, hélas ! je n'ai rien dit ni fait de mal, sauf embrasser mon ami en cachette. Pourquoi me bat mon mari, hélas! je sais bien ce que je ferai et comment je m'en vengerai: avec mon ami je coucherai toute nue. Pourquoi me bat mon mari, hélas ! Pourquoi mon mari me blâme-t-il et me gronde-t-il? plus le méchant me tance et m'irrite, plus m'aura le beau, le blond, le joli ; l'envieux jaloux mourra de colère, et le doux'savoureux amoureux m'aura ^ ! »

1. Refrains cités par Jean-roy, Origines de la poésie lyrique en France^ 181, 3^5, 495, 496, et Eev. des langues romaneSy 1902, p. 200.

Page 1