Hisi. un., XXIII
3. G. Paris, Journal des Savants^ 1892, 422, note ; cf. les autres refrains cités au même endroit.
4. Jeanroy, Origines^ p. 178 ; cf. les autres refrains cités au même endroit.
5. En Italie, on retrouve le même genre de chansons i Di dolor mi conviens Mon. Crcsf., II, 285: « Il ne peut me voir sans me battre... Si le Dieu du ciel ne m'aide
200 l'amour et la femme en occitanie
Ballade A rentrada delterns clar, Bartsch, Chrest., 109 : « A l'arrivée du beau temps, eya ! pour recommencer la joie, eya I et pour irriter le jaloux (le mari), eya ! la reine veut montrer qu'elle est amoureuse. A la porte, à la porte le jaloux ! laissez-nous, laissez-nous danser entre nous !
(i Elle a fait partout mander, eya ! d'ici jusqu'à la mer, eya ! que toutes les pucelles et les bacheliers, eya ! viennent danser la danse joyeuse I
(( Le roi y vient de son côté, eya ! pour troubler la danse, eya I car il craint, eya ! qu'on ne lui enlève la reine d'avril.
« Mais c'est en vain, eya ! elle ne rêve pas à un vieillard, eya ! mais à un gentil bachelier, eya ! qui saura bien consoler la dame savoureuse.
« Ceux qui la voient danser, eya ! et amuser sa jolie personne, eya I pourront bien dire avec vérité, eya ! que la reine joyeuse n'a pas sa pareille au monde. A la porte, à la porte, jaloux; laissez-nous, laisseznous danser entre nous ^ ! »
Coindeta sui, Bartsch, Chrest., 243 : « Je suis gentille et pourtant mon mari me cause de lourds soucis, car je ne le veux ni ne le dés^'re. Et je vous dirai bien pourquoi je suis ainsi amoureuse ; je suis petite, jeunette et jouvencelle et il me faudrait un mari dont je fusse joyeuse, pour toujours jouer et rire avec lui.
« Que Dieu ne me sauve point, si jamais je deviens amoureuse de mon mari ! je n'ai pas du tout envie de l'aimer ; et, quand je le vois, il me fait tant de honte que je prie la mort de venir bien vite le tuer.
« Mais il y a une chose à quoi je consens bien... Ah ! si mon ami me reprenait son amour, à quel fol espoir me serais-je donnée ! Je me plains et je soupire, car je ne le vois plus.
«Etjevous dirai à quoi je consens bien ; mon ami m'a longuement aimée ; maintenant je lui accorde mon amour et le bel espoir que j'aime et désire tant.
« Sur cet air, j'ai fait cette gentille balladeet je vous prie tous delà chanter au loin, et que toute femme de bonnes manières la chante, cette ballade de mon ami que j'aime et désire tant ! »
pas, il va m'abîmer et me tuer. Dieu du ciel, toi qui le sais, secours-moi contre le pire qui fut jamais ! Ah ! s'il pouvait mourir dans la peine et les tourments, je serais sauvée ; je serais joyeuse toute ma vie ; je le pleurerais devant le monde et je me déchirerais de mes mains ; et à part moi je dirais : Comme je remercie Dieu ! »
Cf. aussi Parf 7*0 mi cavalchava ; Tapina, oi me; Mia nova danza; Mamma, lo lempo è venulo, etc., etc. — Monaci, Crcsl, II, 286, 288, 291.
1. Notez cette exclusion des profanes. Cf. le motet Lï/a/ous parf ouf, ci-dessous. — Renarl le Nouvel, vers 6904. a En notre compagnie que nul ne soit, s'il n'est amant. » Cette exclusion se retrouve dans le slil nuoi o.
LE tastonnement; les philtres 201
Rondet Li jalons partout sunt fustat (P. Meyer, Rom.^ 1872, 405) : « Les jaloux partout sont battus et portent des cornes sur le front. Partout ils doivent être hués. La reine l'a ordonné ; qu'on les frappe à coups de bâton et qu'on les chasse comme des voleurs ! qu'on les frappe à coups de pied, s'ils veulent entrer dans la danse I
(( Que tous ceux qui sont amoureux viennent danser, les autres non ; la reine l'a ordonné, tous ceux qui sont amoureux. Que les jaloux soient mis hors de la danse à coups de bâton ! Que tous ceux qui sont amoureux s'avancent, les autres non î »
Flamenca, calenda maya, vers 3236 et suiv. : « Bonheur à la dame qui ne fait pas languir son ami, qui, sans craindre le jaloux ni le blâme, va retrouver son chevalier au bois, au pré ou au verger, l'emmène dans sa chambre pour mieux se réjouir avec lui et laisse le jaloux sur le bord du lit, et s'il parle, lui répond : Pas un mot, allezvous-en ! mon ami repose entre mes bras, calenda maya !
§ 10. Le tastonnement ; les philtres.
Outre les repas de cérémonie et les grandes fêtes des tournois, d'aimables usages mettaient les deux sexes en contact intime. Quand un hôte arrivait au château, les filles du seigneurie servaient dans son bain ^, puis allaient dans sa chambre \etastonner,\e costoîr, c'est-à-dire le masser entre ses draps. Le comte de Saint-Gilles, nous apprend le roman VEscoufle (vers 7030 et suiv. ^), avait l'habitude, lorsqu'il n'y avait pas d'étrangers, d'aller manger des fruits cuits dans la chambre des filles, qui lui enlevaient sa chemise pour le tastonner, tandis qu'il reposait sa tête sur leurs genoux. Cette coutume paraît générale ; on en voit des exemples dans Aiol, vers 2158, Aliscans, Girart de Rossil- Ion, Sone de Nansai, etc. ^.
Si la vertu des chevaliers résistait à toutes ces tentations, il restait aux femmes la ressource' des philtres. Un commentateur anonyme à VArt d'aimer d'Ovide nous apprend qu' « elles font manger aux hommes des cervelles de chat, parce que chat est plus angoisseux dans sa luxure que nulle autre bête ». D'autres, pour glacer l'ardeur de ceux dont elles ont à se venger, « mettent des herbes trop froides et venimeuses ès-lessives quand elles lavent la tête aux hommes ». —
1. Une vignette d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale reproduit par Gay, Glossaire archéologique, p. 105, représente un jeune Iiomme dont le torse nu sort de la baignoire, tandis que des femmes le couronnent de fleurs et lui portent à boire, et qu'une servante, à genoux, souffle le feu placé sous la baignoire. Cf. aussi les Enfances Vivien, cité par Gautier, Chevalerie, p. 313, note.
2. Cité par Langlois, la Société française au XI H^ siècle d'après les romans.
3. P. Meyer, dans Rom., XXI, 620; /?om., IV, 394. Pour Sonc, cf. Langlois, op. cil.
<( Les femmes jalouses, dit Matfre Ermeiigau, ne pensent qu'au mal nuit et jour ; elles prennent conseil des vieilles sorcières et se font donner par elles quelque breuvage pour se faire aimer de leurs maris et qu'ils se dégoûtent des autres femmes, et il arrive ainsi quelquefois <jue, sans le vouloir, la femme donne au mari un breuvage qui le tue ou le rend fou. »
§ 11. Le partage entre le mari et V amant.
Ruses, tromperies, maléfices, rien ne leur coûtait en fait d'amour. Elles se partageaient sans répugnance entre le mari et l'amant. Ainsi vécurent Tristan et Iseut, les deux modèles de tendresse. Comme eux, la plupart des couples irréguliers goûtaient les facilités et les amertumes de cette combinaison ^. Les dames se soumettent sans trop de chagrin à cette nécessité ; à peine expriment-elles un léger regret. »( Ne craignez pas, bel ami, dit Clara d'Anduse [En greu ^smai, R. III, 335), que je vous trahisse jamais ; Amour veut que je vous garde mon cœur et, si je pouvais dérober mon corps, tel qui l'a ne l'aurait jamais. »
Les amants s'y résignent sans plus de difficultés. Tenson entre Gaucelm Faidit et Uc de la Baccalaria, R. IV, 16 : « J'aime sincèrement une dame qui a un amant qu'elle ne veut pas quitter. Elle ne m'aimera pas, à moins de lui permettre d'aimer cet ami et de lui appartenir aux yeux de tous et de me résigner à ne l'aimer qu'en cachette. A ces conditions, elle m'accorde son amour.
({ — Gaucelm, je vous conseille de prendre ce qu'on vous offre, et pliLS encore si vous pouvez.
(( — Uc, j'aime cent fois mieux rester sans amour et sans jouissance que de supporter qu'un autre amoureux soit le maître de celle que j'aime sincèrement. Je le supporte de son mari et c'est assez dur ; s'il y en avait un autre, voyez quelle peine pour mon cœur, j'en mourrais de jalousie et je ne crois pas qu'il y ait pire mort.
« — Gaucelm, il faudrait bien avoir envie de mourir quand on a en secret, tant qu'on veut, une dame belle, gentille et agréable. Cela vaut mille fois mieux, sans conteste, que de n'avoir rien du tout. Et si seulement je pouvais la voir souvent en cachette, je saurais lui plaire assez pour conquérir le reste... Je vous conseille de l'aimer comme elle vous aime, pour vous amuser, et d'avoir une autre amie, que vous chanterez loyalement. Vous serez ainsi à deux de jeu.
« — Uc, vous avez peut-être raison et que madame Marie de Ventadorn décide entre vous et moi. «
1. La protestation de Fénice semble être restée isolée. Cf. ch. m, § 1.
LE PARTAGE ENTRE LE MARI ET l'aMANT 203
Dans une curieuse tcnson de Chiaro Davanzati (Ant. Rime V^ sonnets 722-736), une dame et un chevalier débattent ces questions délicates. La dame, n\ariée, a permis à son amant de prendre épouse ; mais elle feint de ne pas vouloir le partager avec sa nouvelle femme et de ne plus accepter que les innocents manèges du pur amour. « Il faut, dit-elle (sonnet Vostra mercè), que l'amour soit sans partage... il y a des désirs qui ne sont pas à louer, que le monde blâme... notre joie a assez duré ; nous pouvons désormais y renoncer et faire comme si elle n'avait jamais été qu'un commerce de tendres regards et de belles façons ; car vous avez maintenant une femme et moi un mari. Il ne serait pas convenable de vouloir nous aimer de fol amour ; aimonsnous d'amour pur et courtois. Je ne veux pas que vous croyiez jamais avoir de moi quoi que ce fût qui tournât à mon déshonneur a (sonnet Messere, uomo ^uol).
Le chevalier offre de renoncer à se marier, plutôt que de perdre sa maîtresse ; celle-ci l'encourage à persister dans son projet d'union et renouvelle ses déclarations : « Oublions les vains désirs qui nous ont poussés à l'œuvre de chair, aimez toujours votre femme, j'aimerai mon mari et qu'il n'y ait entre nous deux que de tendres conversations » (sonn, E non mi piace).
« Vous savez pourtant, riposte le chevalier, qu'avant de me décider à prendre femme, je vous demandai si cela détournerait de moi votre amour et vous m'avez répondu: Il sera plus fort que jamais ; et je n'ai pas douté de votre parole.
« — Je vous ai aimé, messire, répond-elle, je veux vous aimer et sur ce point ma volonté n'a pas varié et je ne crois pas qu'elle varie à l'avenir et n'en ayez point souci ; il m'est plus agréable d'avoir de vous un mot que de ranger un autre sous mes lois. Et parce qu'il me plaît de renoncer à nos voluptés, ne croyez pas que je cherche è vous affliger ; que mes paroles ne vous désespèrent pas ; ne craignez pas que je me sépare définitivement de vous. Mais je veux que votre cœur s'accommode d'aimer la dame que vous avez prise » (sonn, 729).
« — Madame, dit le chevalier (sonn. 730), je l'aimerai sagement en tout ce qui convient à une femme et je la servirai très humblement dans les plaisirs qui maintiennent l'amour ; elle pourra me tenir pour son serviteur, comme une chose à elle appartenant. Mais mon cœur ni mon âme n'abandonneront mon amour pour vous ; cela me causerait trop de chagrin. Je veux faire d'elle mes semaines et mes mois, et de vous mes Pâques et mes jours de fcte, car vous êtes un bijou sans égal au monde.,.
204 l'amour et la femme en occitanie
a — Dans un royaume, il ne faut qu'un roi et s'il y en a davantage^ il est déshonoré... Donc, messire, si vous vous mariez, vous ne devez pas garder en votre possession une maîtresse ; il faut aimer votre femme, oublier ce que nous fîmes et raffermir entre nous une courtoise amitié. » (sonn. 733).
Mais la dame veut seulement se faire prier ; car, après avoir renouvelé ses honnêtes admonestations (sonn. 735), elle finit ainsi : « Il pourra se faire que quelquefois notre amour nous réunisse en secret. » Le chevalier prend acte de l'espoir qu'on lui donne et remercie.
§ 12. Tragiques vengeances des maris trompés.
Si les femmes s'accommodaient du partage, il n'en était pas toujours ainsi des maris. Ils toléraient et même favorisaient les badinages de l'amour occitanique, mais se fâchaient tout rouge lorsqu'ils voyaient « grainer la fleur », lorsque, las des jeux de prunelle, des agaceries et des sourires, les amants en venaient au jait. — « Faire l'amour, dit le Chapelain (I, vi, G), c'est gravement ofî'enser Dieu et s'exposer à beaucoup de dangers de mort. » — « Un chevalier, raconte Miraval [Aras no m puosc, cité par Andraud, le Troubadour R. de Miraval, p. 186), vint faire la cour à la dame du sire de Castelnau ; mais il fut assez mal accueilli et, pour être entré sans être invité, il a eu la tête coupée et fendue. »
Jame Arnaut, page du comte de Toulouse, fut mis à mort sur l'ordre de son maître, pour avoir été surpris échangeant avec la comtesse une conversation insignifiante dans un coin écarté (Franceso de Barberino, Thomas, Fr. de Barberino, p. 23). Un chevalier nommé Raimbaut ayant eu limprudence de laisser échapper un soupir en servant à table la comtesse de Flandre, le mari le fit supplicier (Thomas, op. cit.^ p. 116). Ceci se passait en 1175. Le comte de Boulogne, Philippe Hurepel (1224-1234), s'étant aperçu dans un tournoi de la passion que sa femme laissait percer pour le comte de Hollande, s'arrangea de manière à le surprendre et à le tuer (Hist. litL, XXIII, 219). D'après une nouvelle de Peire Vidal, que nous ne connnaissons que par Francesco de Barberino, comme le frère du duc de Bourgogne rentrait de voyage, la duchesse courut à lui et l'embrassa avec tant d'effusion que le duc en conçut du soupçon et peu de temps après les fit empoisonner tous les deux ; et Peire Vidal luimême, à en croire son biographe provençal, aurait eu la langue coupée, pour avoir donné à entendre qu'il était l'amant de la femme d'un chevalier de Saint-Gilles, qui se vengea ainsi. Rappelons d'un mot la célèbre tragédie de Rimini, Françoise et Paul Malatesta, surpris et
SATIRE DE l'amour 205
tués du même coup d'épée par le mari. De toutes ces aventures, la plus connue, après celle de Françoise, est la légende de Gabestaing, prototype de tous les contes symboliques^, où l'époux trompé fait manger à sa femme le cœur de l'amant. « Raimon de Castei- Rossillon lui coupa la tête {Hist. Lang., X, 310), la mit dans sa gibecière, avec le cœur qu'il lui arracha du corps. Il fit rôtir le cœur et le fit servir à table et le fit manger à sa femme sans qu'elle s'en doutât. Puis il lui dit que c'était le cœur de Guilhem, lui montra sa tête et lui demanda si le goût lui avait plu. Elle dit qu'il était si bon que jamais nul autre mets ne lui enlèverait le goût de celui-là. Raimon courut sur elle, l'épée nue. Elle s'enfuit et .'^e jeta d'un balcon et se rompit le cou. »
§ 13. Satire de V amour.
Arrachés à leurs théories, à leur morale de convention, placés en face des réalités brutales de l'amour, les troubadours changeaient de ton. Les uns renient ou brisent l'idole qu'ils adoraient ; d'autres, tels que Marcabru (Soudadier, R. V, 52), se vantent de n'avoir jamais aimé.
« La faim et la peste et la guerre
Ne font pas tant de mal sur terre
Qu'Amour qui trahit et qui serre ; Ecoutez !
Quand il vous verra dans la bière,
Ses yeux ne seront pas mouillés.
Bru Marc, le fils de Marthe brune,
Fut engendré sous telle lune
Qu'il sait comment l'amour s'effondre
Ecoutez !
C'est pourquoi il n'aima aucune Et d'aucune ne fut aimé.
Rambaut de Vaqueiras, Leii pot hom, dans Bre^. d'Ain. : « Amour ôte plus qu'il ne donne ; il donne cent maux contre un bien, mille chagrins pour un plaisir et jamais de joie sans souci... Je ne veux ni de ses ris ni de ses pleurs, je n'aurai ni joie ni douleur, je ne serai ni méchant ni bon ; je serai sans amour -. )>
Peire Cardinal, Ar mi puosc, Bartsch, Chrest., 172 : « Maintenant
1. Le lai Giiiron, Ignaurès, le Chasielain de Coiici, Reinmann von Brennenberg, etc. Cf. Gaston Paris, lionu, 1883, 359.
2. Cf. Gaubert de Puycibot, Una gratis amors corals {Parnasse occit., 218 ; Be s cujety R. III, 365 ; Folquet de Marseille, Sitôt me sui apercebulz, Bartsch, Chrest., etc.
206 l'amour et la femme en occitanie
je puis me louer d'Amour ; il ne m'enlève plus l'appétit ni le sommeil ; il ne me fait plus ressentir sa brûlure ni ses prlaces ; plus de soupirs, plus de courses enragées dans la nuit ; je ne suis plus vaincu ni abattu, ni triste ni douloureux ; je n'ai plus de messagers à payer^ je ne suis ni trahi ni trompé ; j'ai tiré mon épingle du jeu.
« J'ai e plaisir de ne plus trahir et ne plus faire trahir ; je ne crains plus les traîtresses, ni les traîtres, ni les féroces jaloux ; je ne subis plus d'esclavage; je ne suis ni frappé ni contrecarré, ni pris ni volé; je ne supporte plus de longues attentes, je ne dis plus qu'Amour m'éprouve et qu'on m'a arraché le cœur.
« Je ne dis plus que je meurs pour la plus belle, ni qu'elle me fait languir ; je ne la prie ni ne l'adore, ni ne l'implore, ni ne la désire ; je ne lui fais pas hommage, je ne me donne ni ne m'abandonne à elle,, je ne suis pas son serviteur, elle n'a pas mon cœur en gage, je ne suis ni pris ni lié ; je me suis échappé.
« En vérité, il vaut mieux être vainqueur que vaincu, car on couronne le vainqueur et on enterre le vaincu. Purger son cœur des mauvais désirs d'où viennent tous les excès, c'est une victoire plus honorable que la prise de cent villes. »
Id.j Be tenh per fol [Parn. occit., 306) : « Je tiens pour fou l'homme qui se lie à l'amour, car plus on s'y fie, plus on est malheureux. Tel croit s'y réchauffer qui s'y brûle ; les biens d'Amour viennent tard, les maux tous les jours. Les fous, les félons, les trompeurs, voilà sa compagnie ; c'est pourquoi je le quitte.
« Ma mie ne m'aura pas, si je ne l'ai pas ; elle ne jouira pas de moi, si je ne jouis pas d'elle. J'ai pris et arrêté ma résolution, je la traiterai comme elle me traite ; si elle me trompe, elle me trouvera infidèle ', et si elle va droit son chemin, je marcherai droit.
(( Jamais je n'ai tant gagné que le jour où je perdis ma mie, car en la perdant je me regagnai, moi qui m'étais perdu. Il n'y a rien à gagner à se perdre soi-même, mais perdre une cause de dommage, je crois que c'est gagner ; et celle à qui je m'étais donné dans la sincérité de mon cœur me faisait mourir, je ne sais pourquoi. Mon cœur et ma vie, j'avais tout remis entre ses mains... qui donne plus qu'il ne garde, qui aime autrui plus que soi-même, qui s'oublie soi-même se choisit un mauvais lot.
(( Je prends congé d'elle pour toujours ; je ne lui appartiendrai jamais ; jamais je n'ai trouvé de foi en elle, rien que mensonge et trahison. Ah ! douceur pleine de venin ! Comme l'amour aveugle l'homme et le jette hors de sa route lorsqu'il aime ce qu'il ne faut pas et abandonne ce qu'il faut aimer (Dieu) ! ))
SATIRE DE l'amour 207
Albertet de Sisteron {En amor trob, Canz. A, dans St. di filoL romanzay fasc. 7, 160-161) : « Je trouve en Amour de si méchantes façons, une si longue attente et de si tristes usages que je veux devenir sauvage avec les dames. Qu'elles ne pensent pas que je vais encore les chanter, parce que jadis j'ai été leur homme. J'ai célébré leur mérite et leur valeur, mais je n'ai trouvé en elles que mal et dommage. Pensez si maintenant je veux chanter d'amour.
« Je ne chante pas d'amour, je ne veux pas d'amante, pour belle et courtoise qu'elle soit ; je n'ai trouvé chez les femmes que déception^ tromperie et faux semblants, mensonge et trahison. Plus je les croie miennes, plus je les trouve rebelles et méchantes. Bien fou qui se fie en elles et moi-même j'ai eu ma part de cette folie. Gardez- vous bien d'un amour si funeste...
« Ce n'est pas par jactance ni par folie que j'ai dit que mon cœur ne se souciait plus des femmes. Il faudrait être bien malheureux pour courir après elles. Je ne désire même pas que la fantaisie prenne à aucune de coucher avec moi sous la même couverture. »
a L'an^our, dit un manuscrit de Cambridge publié par P. Meyer (Rom., 1875, 383), est un égarement de l'esprit qui conduit l'homme par les mauvais chemins. Il a soif de délices et ne boit que de la tristesse, mêlant à ses joies de continuelles douleurs. »
Les deux grands théoriciens de l'amour, André le Chapelain et Matfre Ermengau, le condamnent au nom de Dieu et des hommes.
A. le Chapelain, III : « Si parfait que l'on soit, il est impossible de plaire à Dieu si on obéit à Amour. Dieu hait ceux qui, en dehors du mariage, s'astreignent aux obligations de Vénus et à quelque genre que ce soit de volupté ; dans les deux Testaments, il a ordonné leur punition. Que peut-on trouver de bien dans ces actes qui sont contraires à la volonté divine? — Malheureux et insensé et pire qu'une bête, celui qui, pour les passagers plaisirs de la chair, renonce à la joie éternelle et s'acquiert pour toujours les flammes de l'enfer ! ^)
Id. , p. 324 : « Si haute que scit la dame qui t'aura accordé ses faveurs, ta renommée aura à en souffrir dans toutes les cours. Pourquoi donc chercher à aimer, si Dieu et les hommes doivent te considérer comme un réprouvé et un blasphémateur? »
P. 326 : « Tous les maux viennent de l'amour ; il n'en vient aucun bien. Les plaisirs de la chair qu'on recherche avec tant d'avidité ne sont pas d'une bonne nature, c'est un crime damnable ; ils ne sont même pas innocents entre époux et constituent en ce cas un péché véniel. »
P. 335 : « Il y a encore autre chose à reprocher aux amants ?
208 l'amour et la femme en occitaisie
ramour et les œuvres de Véaus débililent le corps et diminuent sa valeur à la guerre. » (Cf. Malfre Ermengau, Bres'. d'Am.^ 27540 et suiv.)
Même son de cloche en Ilalie :
Guittone, 0 tu di iiotnc Aniorj A fit. Rime II : ^( O toi, pire que la guerre, Amour, les hommes te louent parce que tu les as trompés au point de te faire prendre pour un dieu saint et puissant... et on croit que tu rends le lâche preux, l'ignorant disert, Tavare généreux, le truand loyal... mais le sage voit clairement que c'est juste le contraire.
(( Grâce à toi, l'homme perd le jugement et l'usage de la raison, qui le distingue des animaux ; il méconnaît Dieu et il croit et appelle seulement Dieu la dame qu'il aime... 0 véritable destructeur, guerre mortelle, fils de celui d'où viennent tous les maux ! (le diable) ^. »
1. Cf. du même, ^li Deo, chc doloroso: Ch. Davanzali, K imprima disse Amor^ Anî. Rime III ; Id., Molli iiomini, Ant. Rime I\'; SerPace, Amor discende, yann. 1; Federigo dell'Ambra, Considerando ben, Nann. I ; Jacopo di Lentino, Guardando il basilico, Nann. I ; Guido délie Colonne, Amor lie lungamenle. Mon. Cresl., II ; la chanson d'Auliver, Mon. Cresl., I I;Giovanui dellOrlo, dans Rivisladi/ilol. romanza, 1873, I, 74-75 ; etc., etc.