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Du Gange, Gloss., au moi joculator

5. Du Méril, Poésies latines du moyen âge, 318, 319 ; id., FonnaUon de !a langue française, 96, n*^ 3 ; cf. Bartoli, op. cit., p. 9'2.

LANGUES ET LITTÉRATURES d'oC ET d'oIL 221

« ciel, pour la grant douceur et biaultée d'icelle... ». Les lois continuent à être formulées en latin ou en français jusqu'à la fin du xv« siècle... c'est au xviii^ seulement que l'emploi exclusif de l'anglais devint obligatoire devant les tribunaux, en 1731 ^. »

Il était nécessaire de signaler l'universelle force d'expansion de notre littérature pour expliquer comment elle domina et peut-être créa la littérature de l'Italie. Nos chansons de geste étaient tellement populaires en ce pays qu'en 1288, à Bologne, on dut interdire aux jongleurs de les chanter sur les places publiques. C'était dans nos poèmes que les Italiens allaient chercher les noms dont ils baptisaient leurs enfants '-. Le portail de la cathédrale de Modène représente, sculptés en bas-relief, les héros du cycle bretor», Arthur, Gauvain, Kai, etc. ; à la cathédrale de Vérone (xii® siècle), figurent les statues de Roland et d'Olivier. Saint François d'Assise, d'après Thomas de Celano, chantait en français. '

Et les Italiens se mettent à écrire en langue d'oïl. « Le plus ancien ouvrage français dû à un Italien et daté qui nous soit parvenu, dit Paul Meyer ^, semble être la traduction de deux traités de fauconnerie faite par un certain Daniel de Crémone pour le roi Enzo (1238-1249).)) Ensuite parut, vers le milieu du xiii^ siècle, le traité médical composé en langue d'oïl par un certain Aldebrand ou Hallebrand, citoyen de Florence ou de Sienne. C'est aussi en langue d'oïl que le maître de Dante, Brunetto Latini, qui, à la vérité, résidait alors en France, rédige son Lwre clou Trésor^ « parce que la parleure (française) est plus délitable (délectable) et plus commune à toutes gens * ». Mais c'est à Venise, et pour des Vénitiens, que Martino da Canale écrit en français, vers 1275, la chronique de Venise, « parce que la langue franco se cort (court) parmi le monde et est plus délitable à lire et à oïr que nule autre ». Ce fait est extrêmement significatif, remarque Paul Meyer.

En 1298, dans les prisons de Gênes, un autre Vénitien, Marco Polo, dicta la relation de ses voyages à Rusticien de Pise, qui les rédigea en français ; le même écrivain nous a laissé des adaptations françaises de quelques chansons de geste. La langue d'oïl, de 1230 à 1350, fut la langue littéraire de l'Italie septentrionale ^ et elle présida à la

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