SÉJOUR DES TROUBADOURS EN ITALIE
tous les ports du Languedoc. D' importais te s colonies italiennes s'étaient formées à Nîmes dès le xiii® siècle ^.
Les troubadours et les jongleurs, vagabonds de métier, rencontraient donc en Italie un milieu analogu-e à leur patrie. A \Tai dire, ils recherchaient plus les cours cpae les cités ; mais, entre deux stations chez les seigneurs, le séjour d'une ville marchande ne les offusquait pas. Vers 1200 descend en Italie le galant guerrier Ramhaut d« Vaqu-eiras, l'hôte et l'ami du marquis de Montferrat, son compagnon de croisade et l'adorateur de sa sœur Béatrice *^. Vers la même époque, l'écervelé Peire Vidal passe les monts ; puis viennent Aimeric de Pégulhan, Uc de Sajnt-Circ, Guilhem Figueira, Bertrand d'Alamanon, Gau<;elm Faidit, Eh'as Cairels. On rencontre des troubadours à la cour de FTédéric II, à celle du marquis de Montferrat, des comtes de Saint- Boni face, des marquis d'Esté. On les trouve aussi à Florence, en 1225 ; ils se battent dans une auberge : Sordel, Aimeric de Pégulhan, Guilhem Fiîmeira daubent sur cette rixe. La Romagne et la Lomhardie, peuplées de généreux barons, attirent ces frelons comme un pays de Cocagne. Un de ses anciens habitants pleure en se rappelant « les dames et les chevaliers, les chagrins et les bonheurs qu'Amour et Courtoisie nous faisaient désirer ^ ». — « Au pays que sillonnent l'Adige et le Pô, on trouvait jadis Valeur et Courtoisie, » dit un autre personnage dantesque (Purg., XVI, 115). On appelait la marche de Trévise la marche joyeuse ou la marche amoureuse. Nos poètes volaient de fête en fête et prenaient part aussi aux intrigues et aux guerres. Sur l'invitation de leurs hôtes, ils composaient, en langue d'oc, des sirvent«s belliqueux à propos d'événements italiens. En ces régions, la langue des troubadours était tellement familière aux hautes classes que les indigènes eux-mêmes, comme Nicolet de Turin, s'en servaient, au lieu d'employer la leur, dans les cas les plus grave?, pour la poésie politique. Les bibliothèques -du pays regorgent de manuscrits provençaux *. Beaucoup de ceux-là, beaucoup aussi de ceux qu'on rencontre à l'-étranger, ont été minutés par des scribes
1. Dom Vaissette {HisL Lang., III, 552) donne des détails intéressaitts sur les relations commerciales de Marseille, de Montpellier et de Narbonne avec Pise et Gènes et le texte d'un traité de commerce de 1166 entre Gènes et N^rbonne (t. III, preuves, n° 1) ; cf. le tome XI du Recueil des Ordonnances^ passini.
!>!. Sœur ou fille; Rambaut l'appelle filha dcl marques ; le biographe dit : seror del marques. Elle avait épousé Henri del Carretto ; cf. Meyer, ïtom., XIV, 614.