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LES PREMIERS POETES ITALIENS

fait suivre l'opinion en vogue, trop favorable à la langue d'oc ; il les compare à ces moutons que plus tard Panurge illustra et aussi aux Romains à qui Ciccron reproche de ne parler que le grec. La dernière, c'est leur pusillanimité, qui leur fait mépriser leurs propres biens et admirer ceux des autres ; « et tous ceux-là, ce sont les abominables et méchants hommes d'Italie qui tiennent pour vile leur précieuse langue ; si elle est vile, elle l'est eh ceci seulement qu'elle résonne dans leur bouche adultère ».

Il était tard quand Dante traçait ces lignes courroucées ; le stil nuoço avait déjà fleuri et la littérature italienne ne parvenait pas à prendre conscience de sa force. L'Occitanie l'opprimait sous le poids de sa gloire. En dépit de cet accès d'humeur, le grand Florentin, avec tout son génie, lui a payé tribut en imitant Arnaut Daniel dans ses sixtines et en écrivant lui-même en provençal les vers qu'il place dans la bouche de ce troubadour au chant XXVI du Purgatoire, 139 et suiv.

Tan rrî'ahelis vostre cortes deman, etc.

§ 3. Les premiers poètes italiens chantent en langue (Toc et les premiers vers italiens sont écrits par un poète cVOccitanie ; V école sicilienne ; persistance de la tradition occitanique en dépit du « stil nuo90 ».

Le prestige de la langue d'oc était tel que les plus anciens poètes de la péninsule l'ont employée exclusivement^ au mépris de la leur. t]'est par des vers provençaux que débuta le lyrisme d'outre-monts Le marquis Albert Malaspina en Lunigiane ; Maestro Ferrari o Ferrare ; Lanfranc Cicala et Bonifaci Calvo à Gênes, Bartholomé Zorzi à Venise, Nicolet de Turin et Peire de la Caravane en Piémont, Sordel à Mantoue, Ramberto Buvalelli à Bologne, ont chanté en langue d'oc les thèmes habituels de l'Occitanie. Ils furent purement et simplement des troubadours.

Et non seulement l'Occitanie a fourni à l'Italie les idées, les sentiments et la langue de ses premiers poètes ; mais encore les premiers vers qui aient été écrits en italien, vers 1202, sont dus à un Provençal, Rambaut de Vaqueiras ^.

Puis, à la cour de Frédéric II, se forma une école de poètes qu'on ne peut appeler nationaux, bien qu'ils aient employé leur propre langue, car ils se bornèrent à imiter, au besoin à traduire leurs

1. Il a composé un Délai d'amour où une Génoise s'exprime dans son dialecte, et un Descors, R. II, 225, dont une strophe contient des formes italianisées.

226 l'amour et la femme en toscane

prédécesseurs d'Occitanie ^. Le nom do Siciliens leur a été attribué non qu'ils aient tous habité la Sicile, mais parce qu'ils vivaient autour du roi de Sicile, l'empereur, qui résidait la plupart du temps hors de .son île. Ce monarque avait eu la fantaisie, commune en ces temps, de joindre à la couronne féodale les lauriers du poète ; c'était une mode. Son fils, le roi Enzo, son chancelier, Pier délia Vigna, tombèrent à sa suite dans ce travers. Aux chevaliers qui rimaient par ostentation se mêlèrent les écrivaillcurs de métier, qui comptaient bien tirer pied ou aile de la largesse de leur maître. Par une fâcheuse rencontre, ils se trouvaient, comme lui, dépourvus de style, d'idées et dimaginalion. Il ne leur restait plus qu'à piller les troubadours et les trouvères ^.

Ils avaient beau user de leur idiome propre, les Siciliens étaient encore moins originaux que les Lombards, les Génois, les Vénitiens,

1. La thèse contraire a été soutenue sans succès par Cesareo, la Pocsia siciliana sollo gli Svevi. Cf. Jeanroy, dans Rom., 1895, 4G5 et suiv. ; Jeanroy, Origines de la poésie lyrique en France.

2. Il y a quelques exceptions. Jacopo da Lentino a écrit quelques sonnets assez gracieux. Quant aux pièces siciliennes soi-disant populaires, telles que le Dolce mco drudo de Frédéric II, le Giammai non mi conforlo de Renaud d'Aquin, VOi lassa innamorala d'Odo délie Colonne, etc., je partage absolument la manière de voir de Jeanroy [Origines de la poésie lyrique en France). Ces pièces sont imitées do modèle?, aujourd'hui perdus, de langue d'oïl ou d'oc. En voici, entre autres, un» preu^ e. Dans la chanson Oi lassa innamorala se trouve une bien singulière exprès-» sion :

lo sono, senza peccata D'assai pêne guernita.

Qu'on étudie bien le contexte, on verra que ce senza peccala^ sans péché, est inexplicable.

C'est que ces mots sont la traduction, à contre-sens, de la cheville occitanique si usitée, senz falhida. Falhida signifie, en langue d'oc, faute, manquement, péché, et aussi mensonge ; chez les troubadours, senz falhida ne signifie pas sans péché, mais sans menlir, assurément, cerlainemenl. Odo délie Colonne a traduit, mot à mot, un texte occitanique ; il a rendu senz falhida par : senza peccata j son texte devient fort clair si on donne à senza peccata le sens de certainement.

Le srnz falhida se trouve traduit en dautres pièces, d'une manière moins maladroite, par senza falligione, senza falglia, for fallanza.

Sonnet dti Vatican (sonnets publiés par Salvador!, la Vita giovanile di Guido Cavalcanli), Isi mi posso:

E'I mio buon Sire ista'nver me spietato La'nde peccato face al mio parère Poi tante l'amor senza falligione.

Compagnetto da Prato, Mon. Cresl., I, 94. Per lui moro for fallanza.

Anonyme, Vallfier fui in parlamento [Mon. Crest., I, 97) :

Mandami in altra parte

Che m'é in piacere, ganza falglia.

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