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MÉTAPHORES FÉODALES

Gautier ^. Pour montrer combien Dante fut savant, un auteur du XIV® siècle, Pieraccio Tedaldi, dit qu'il en sait plus long que « Gaton (les Distiques)^ Donat ou Gualtieri ». — « J'étudie dans le livre de Gautier, dit Cino (sonn. Perche voi state), pour y puiser un véridique et précieux enseignement. » — Gianni Alfani (sonn. Guido, quel Gianni) demande à G. Cavalcanti de se servir du Gautier pour tromper les parents de sa belle, et Cavalcanti répond qu'il est tout prêt ; il saisit d'une main l'arc de Cupidon et de l'autre le livre du Chapelain. (Cf. II, chap. X, § 2.)

Les jeux de mots sur la vie et la mort, dont le stil nuoç'O a tant abusé, lui viennent des troubadours.

C'est aussi aux troubadours que le stil nuowo a emprunté cette Madonna, dont on a voulu, bien à tort, faire une caractéristique de l'école sicilienne. La forme Madonna, contraction de mia dompnay se rencontre assez fréquemment en langue d'oc, notamment chez Peire Vidal [Parn. occit., Pus tornat suiy p. 195 ; Si col paubre, p. 197) et dans les Biographies {Hist. Lang., X, 248, 249, 250, etc.).

Les métaphores féodales de l'Occitanie revivent encore chez Cino (sonn. Anzi che Amore) qui sert Amour comme le vassal sert son seigneur, par fidélité et non par métier [arte). Sa dame l'a vaincu dans la joute et lui fait don de la vie (sonn. Se l vostro cor) ; la dame de G. Orlandi s'arme pour jouter contre nous (G. Cavalcanti, sonn. la heïla donna). Cino envoie à un seigneur 2, à un chef militaire, comme l'eussent fait Miraval ou Bernard de Ventadorn, une chanson d'amour où il donne la clef des jeux de mots auxquels il se livre d'ordinaire sur le nom de sa dame Selvaggia. Et c'est bien à tort que le juriste de Pistoie réprouve comme trop usées les comparaisons occitaniques des bêtes féroces et du navire (sonn. Amor che vien) ; il emploie lui-même deux fois au moins cette dernière image [Cori gentili ; Non è bontà). On peut glaner dans son œuvre bien des pièces d'inspiration toute provençale (ch. Mille ^olte ne chiamo ; sonn. la Fine Amor cortese ; sonn. Tutte le pêne cKio sento ; sonn. la i>ostra disdegnosa gentilezza ; bail, la dolce innamoranza ^).

1. C'est Guallerius que l'appelle Albertano de Brescia dans son traité De dilectione Dei écrit en 1238. Nicole de Margival appelle le Gautier la traduction en langue d'oïl du traité du Chapelain, faite en 1290 par Drouart de ia Vache ; le traducteur italien, à son tour, dit : Cominciasi il libro fallo per Andréa Capellano, lo quale si chiama lo Gualtieri.

2. Ch. Lo gran disio. Ce chef est Tommaso de Pietramala, capitaine du peuple à Pistoie en 1303. De même Dante adresse aux ire men rei di nostra terra la chanson lo senti si d'Amor, bien que ce soit une chanson d'amour.

3. La première manière de G. Guinicelli, une bonne partie de l'œuvre de Lapo Gianni (par exemple la bail. Gentil donna cortese) sont occitaniques d'inspiration.

^30 l'amour et la femme en toscane

La manie d'imitation qui semble la forme normale de l'activité poétique des premiers Italiens les avait poussés à copier, eux, des hommes, les chansons écrites par les troubadours-femmes ; et, ce faisant, ils s'étaient rigoureusement enfermés dans les formules et les sentiments consacrés à ce genre spécial ; eh bien, comme Renaud d'Aquin, comme Odo délie Colonne, comme Rustico di Filippo, comme Cliiaro Davanzati, le stilnuoviste Cino a écrit des chansons de femme, en se conformant scrupuleusement à ses modèles de Provence ^.

Et c'est toujours l'écho de la Provence qui résonne en ses vers, lorsqu'il préfère sa dame à Dieu et au paradis. Quoi de plus contraire aux théories du stil nuow>, où la dame est un ange descendu des cieux pour <?onduire notre âme au salut? Chez les troubadours, il ne faut considérer ces hyperboles irréligieuses que comme une façon un peu légère d'exprimer l'amour ; chez les stilnuovistes, elles seraient à la fois un blasphème et une absurdité, si on pouvait y voir autre chose que l'aveugle imitation de leurs prédécesseurs.

« Sa beauté que j'adore et vénère plus que Dieu... » dit Cino (sonn. Amor, la dolce ç^ista) ; et il répète (sonn. Tutte le pêne) : « La seule beauté de son visage apporte à mon cœur tant de joie que je ne crois pas qu'il y en ait davantage en paradis. » Aussi n'est-ce pas au ciel -que le poète voudrait aller après sa mort ; il préfère retourner auprès de sa dame ; ch. La dolce vista : « Puisque en mourant on acquiert la vie (éternelle), il m'est doux de mourir. Amour, tu sais où doit aller mon âme après ma mort et tu sais aussi qu'on aura pitié de nous. Mon chagrin et mon désir t'invitent à te montrer homicide par pitié. Donne-moi la joie de mourir, pour que mon âme au moins (sinon moi, qui ne puis y rentrer, car j'en suis banni par les factions) ptdsse retourner à Pistoie (vivre auprès de ma dame). »

Et lorsqu'il meurt, il prie Dieu, non de le faire mourir en état de grâce, mais de le faire mourir en état d'amour; ch. SHo smagato ^ono : « Je supplie ceux qui voient ma douleur de prier Dieu qu'il la fasse finir ;car mourir dans l'état où je suis, ce serait, d'après ni.oi, grandement à ma louange, parce que je ne mourrais que pour servir Amour. »

Dans cette voie peu édifiante, le volage Cino est dépassé par Taustère amant de la Théologie. Au jugement dernier, en ce jour épouvantable où l'humanité tout entière viendra s'accuser de ses fautes au seul tribunal qui soit à jamais sans appel, à quoi songe

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