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Bail. Amor che ha messo in gioia; balï. Genîil mio Sire

INFLUENCE DE l'oCCITANIE SUR DANTE 231

Dante? à profiter de cette réunion, où les corps comme les âmes seront dépouillés de tout voile, pour voir s'il a jamais existé an inonde une dame aussi belle que celle qu'il aime (sixtine Amor tu vedi hen).

§ 6. Influence de VOccitanie sur Dante.

Quand il écrivit ces vers étonnants, Dante n'était plus jeune. Les premières poésies de la Vita nuova, la chanson la dis pietata mente, portent des traces irrécusables d'occitanisme ; depuis, il avait épuré ^a manière et, sans renier la Provence ^, il s'était affranchi de ses liens. Le voilà qui, dans la pleine maturité du génie, retombe sous son joug ; le voilà qui imite un médiocre troubadour, recherché, obscur, licencieux, un Arnaut Daniel. Il semble fasciné par ce poète de troisième ordre. A peine l'auteur de la Comédie a-t-il salué en •Guido Guinicelli son père spirituel [Pur g., XXVI, 98), que G. Guini- €clli, à son tour, s'incline devant la supériorité d'Arnaut Daniel (ibid., 117)2. Dante préfère ce dernier à tous ses émules ; il le donne tiomme mod'èle des poètes d'amour (Vulg. Eloq., II, 2); par une touchante adulation, lorsqu'il le fait parler (Parg., XXVI, in fine), il n'ose imposer à ce maître la langue du disciple, et il s'astreint à écrire en provençal les mots qu'il lui prête : Tan m'abelis vostre cortes deman, etc. Ces vers paraissent imités d'une chanson de Folquet de Marseille : Tan m'abelis Vamoros pessamen^ que Dante a citée [Vulg. Eloq., Il, 6). La renommée de ce Folquet, prédit Cunizza {Par., IX, 40), durera plus de six mille cinq cents ans. C'est à un autre troubadour, Sordel, que Dante a confié un des rôles les plus nobles de son Purgatoire. Dans son traité De Vulgari Eloquentia, il met sur le même plan Provençaux et stilnuovistes, plaçant Arnaut Daniel à côté de Cino, Guiraut de Borneil à côté de lui-même, et ne trouvant en Italie personne à égaler à Bertrand de Born. Il a respecté et admiré ses ancêtres littéraires et il a subi leur influence.

Si original qu'on le croie, il est rare qu'un génie puisse secouer le poids du passé. Les chants de l'Occitanie voltigeaient sur toutes les lèvres ; ils versèrent sur l'adolescence de Dante l'enchantement plein d'artifice de leur mièvre poésie. Ses labeurs scolastiques, son

1. Le passage du Conu. (I, 10) que nous avons cité plus haut ne s'applique qu'à la langue et non à la littérature occitanique-

2. Le vers de Dante est amphibologique : fu miglior fabbro del parlar malerno peut signifier : dans sa langue maternelle il fuî un meilleur ouvrier que moi dans la mienne, ou bien i il fui, dans sa langue maternelle, le meilleur ouvrier. Dans l'un et l'autre cas, l'éloge est peu mérité.

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propre effort de créateur n'affranchirent pas complètement son âme de cette séduction.

Il avait longuement étudié les troubadours et cependant, quand il composa la Vita nuoi^a, il ne les connaissait encore qu'imparfaitement. Il ne leur accorde que cent cinquante ans d'existence avant le moment où il écrit (V. N., § 25) ^. C'est les rajeunir au moins d'un demi-siècle. Et comment se risque-t-il à dire que le premier qui écrivit en vulgaire le fit pour exprimer son amour aux femmes qui ne comprenaient pas le latin et que, par conséquent, il n'est permis de rimer en vulgaire que sur des sujets d'amour? Le plus ancien des poèmes provençaux, le Boècis 2, est précisément un poème morale une adaptation du De Consolatione Philosophiœ. Que Dante n'en ait pas eu connaissance, passe encore. Mais comment croire qu'il n'ait eu entre les mains ni les sirventes guerriers de Bertrand de Born, ni les sirventes moraux de Peire Cardinal, ni les sirventes politiques de Guilhem Figueira et de tant d'autres, ni les ensenliamen tels que celui d'Amanieu de Sescas, ni les chansons de croisade, ni les chansons pieuses, ni les chansons théologiques? A l'époque où il rédige le Convivio, Dante croit encore que le vrai sinon le seul domaine de la poésie vulgaire, c'est l'amour, car il déguise en femme la Philosophie, en amour de cœur son amour de l'étude ; « parce que la dame dont j'étais amoureux (la Philosophie), il n'était pas convenable que j'en parlasse en vers vulgaires)) {Conv., II, 13) ; mais il admettait déjà des atténuations à cette règle, puisque, dans le Convivio même, il a commenté une chanson exclusivement morale, et, dans le De Vulgari Eloquentia, à côté de la chanson d'amour et de la chanson morale, il a admis la chanson de guerre. On a le droit de penser qu'il ne négligea jamais l'étude de ses prédécesseurs occitaniques et qu'il parvint à les bien connaître, quoique encore, dans le De Vulgari Eloque?itia, il les affuble bizarrement du nom d'Espagnols^. Par ailleurs, cet ouvrage témoigne qu'il les lisait beaucoup *.

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