Jrinville, édit. de Wailly, LU et LXXVII
LA CHEVALERIE ET LA lŒLIGION 17
on l'étcnd ensuite sur une couche, pour lui rappeler qu'il doit se conquérir un lit au paradis. Toutes les pièces de l'habillement et de l'armure ont une vertu ; la robe blanche signifie qu'il doit se tenir net de toute souillure ; la robe rouge montre qu'il doit verser son sang pour l'Église ; la chaussure noire, c'est la terre, d'où il vient et où il retournera ; l'épée, c'est la droiture... Il doit protéger les pauvres et les faibles contre l'oppression, éviter les traîtres, respecter les dames et les défendre contre tous, jeûner, entendre la messe tous les jours et donnier à l'Eglise ^.
Les barons, dans la Chanson de Roland^ sont les « amis de Dieu ». Ils sont (v les chevaliers de Jésus, ceux qui servent le Seigneur de tout leur cœur loyal ^ >;. — « C'est pour Dieu, leur dit Vivien ^, que vous supportez tant de douleurs. Oui, vous êtes vraiment les hommes de Dieu et voire récompense est au paradis. » — (■. Suivez mes conseils et vous grandirez en renommée, )) dit l'oncle de Fromondin ; mais celui-ci répond : « Tout est en Dieu. » Avant la bataille, à défaut de prêtres et d'hosties, les chevaliers se donnent l'un à l'autre la communion avec des feuilles ou des brins d'herbe ^ « Hommes de Dieu, dit Turpin ^, aux Français qui vont se battre, soyez gaillards et fiers. Aujourd'hui la couronne sera placée sur votre tête, le saint paradis vous sera donné... Il est très certain que nous allons mourir ; mais il y a une chose que je vous garantis : le saint paradis s'ouvre pour vous ; vous y siégerez demain parmi les saints... Bons chevaliers, aujourd'hui vous recevrez grand honneur. Dieu vous donnera couronnes et fleurs au paradis, parmi les saints glorieux. Mais les couards ny entreront pas. » Pour l'archevêque Turpin, la bravoure est donc une vertu chrétienne.
Dans le gigantesque carnage de Roncevaux, on ne peut souhaiter de fm plus édifiante que celle de Roland et d'Olivier ^. « Roland regarde les monts et la lande, tant de Français y sont étendus morts ! en bon chevalier, il les pleure : « Seigneurs barons, « que Dieu ait pitié de vous ! qu'il octroie le paradis à toutes vos « âmes, qu'il les fasse reposer parmi les saintes fleurs î...» Olivier sent
1. Les mêmes préceptes sont formulés dans le Dit du Bachelier, de Baudouin de Condé, dans le Beaiidous de Robert de Blois et une foule d'ouvrages de la même époque, dont Paul Meyer donne l'enumération dans Rom., 1891, 579-580.