‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 131 sur 440 · Jœrgensen, op. cit · texte numérisé non relu

Jœrgensen, op. cit

l'amour franciscain 239

8ons suivaient sa barque et il prêchait aux oiseaux qui, perchés en immense multitude sur les arbres, descendaient l'écouter et restaient immobiles tandis que le saimt marchait au milieu d'eux. « Mes petits frères les oiseaux, vous avez toujours et partout le devoir de louer Dieu, à cause de la liberté qu'il vous a accordée de voler en tous lieux et à cause de votre plumage merveilleusement peint et orné ; et à cause de votre nourriture qui vous est fournie sans travail, et à cause du chant qui vous a été enseigné par le Créateur, et à cause de votre nombre multiplié par la bénédiction divine ; vous ne semez ni ne moissonnez et Dieu vous nourrit ; il vous a donné des rivières et des sources pour y boire, des collines et des rochers pour y trouver refuge, des arbres pour y construire vos nids et, bien que vous ne sachiez ni filer ni coudre, c'est Dieu qui vous fournit, aussi bien qu'à vos petits, les vêtements nécessaires ; ce qui vous montre que le Créateur, vous accordant tant de bienfaits, vous aime beaucoup. Et c'est pourquoi prenez garde, mes frères les petits oiseaux, de vous montrer ingrats et appliquez- vous à toujours louer Dieu ! )>

Les oiseaux étendirent leurs ailes, baissèrent dévotement la tête jusqu'à terre ; le saint louait en eux l'admirable Créateur et douce^ ment il les invitait eux-mêmes à le louer avec lui. Puis il fit sur eux le signe de la croix et leur donna licence de s'éloigner, en les exhortant encore instamment à la louange de Dieu.

Alors les oiseaux s'élevèrent dans les airs et, se formant en quatre groupes, s'éloignèrent vers les quatre coins de l'horizon, donnant à entendre que la prédication de la Croix allait être portée dans le monde entier par les Frères qui, pareils aux oiseaux, ne possèdent rien sur terre et s'en remettent à la seule Providence de Dieu.

Puis le saint convertit le loup très féroce de la campagne de Gubbio, qui dévorait hommes et femmes, même s'ils sortaient armés ; et on n'osait plus franchir les remparts de la ville. Mais saint François s'avança vers lui en faisant le signe de la croix, et il lui dit : a Viens à moi, mon frère loup. Tu as perpétré des crimes horribles en détruisant impitoyablement des créatures de Dieu ; mais je veux faire la paix entre toi et ceux de la ville ; aussi longtemps que tu vivras, il sera pourvu à ta nourriture ; et toi, tu ne feras désormais de mal à personne. » Le loup s'était prosterné aux pieds du saint et le suivit à Gubbio, où il vécut librement, sans causer de dommage ; il fut regret té lorsqu'il mourut, parce que sa présence rappelait continuellement aux habitants les vertus et les grâces merveilleuses de saint François.

Si touchante que fût la simplicité du saint, elle ne l'empêchait point de considérer les choses non seulement comme filles de Dieu,^

mais comme symboles de la religion, car il vivait au temps des allégories, et il les aimait aussi tendrement sous cet autre aspect. « Il aimait l'eau parce qu'elle ressemblait à la sainte pénitence, au moyen de laquelle l'homme se trouve purifié, et puis aussi parce qu'elle est l'instrument du baptême. Et de là lui venait pour l'eau une vénération si profonde que, lorsqu'il se lavait les mains, toujours il choisissait un endroit où les gouttes tombant de ses mains ne pussent pas être foulées aux pieds. Sur les pierres et les rochers, toujours il mettait le pied avec précaution parce qu'il pensait à cette pierre symbolique qu'on appelle la pierre d'angle ^. » Il n'aimait point qu'on coupât les arbres, en souvenir de la croix, faite d'un arbre.

§ 3. La joie franciscaine.

Il était né joyeux. Aux temps de sa bruyante jeunesse, il troublait les nuits des bourgeois par ses chansons bachiques ; après sa conversion, il continua de chanter,^. Il chantait en mendiant, il chantait dans ses voyages le long de la route, il chantait quand il se sentait malade, et alors les Frères chantaient autour de lui. Il est mort en chantant et à peine sa voix s'était-elle tue pour toujours, que les alouettes descendirent chanter sur le toit de sa cabane, comme pour continuer l'hymne infatigable de ce cœur embrasé de joie (Thomas de Celano, Vita sec, II, 162 ; Spec. perfect., CXIII).

« Il disait :« Que ceux-là seuls aillent la tête basse qui appartiennent « au diable; quant à nous, il convient que nous nous réjouissions dans «le Seigneur. » — « Lorsque l'âme est triste, seule et pleine de soucis, (( c'est alors qu'elle se tourne le plus facilement vers les consolations « extérieures et les vains plaisirs de ce monde. )> Aussi ne se fatiguait-il point de répéter sans cesse les mots de l'apôtre : « Vivez toujours « dans la joie ! » [Gaudetein Domino semper, Phil. iv, 4). Il ne voulait voir autour de lui ni mines sombres, ni visages aigres ; il entendait que ses frères ne fussent pas des rêveurs mélancoliques, mais bien les gais enfants de la lumière. Et à ceux qui lui demandaient comment cette joie continue était possible, il répondait : « Elle jaillit de la pureté « du cœur et de la constance dans la prière ^. »

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