Jœrgensen
242 l'amour et la femme en toscane
§ 4. Le renoncement franciscain.
Cette joie ne provenait pas seulement des profondeurs de l'instinct de sainteté ; elle venait de la paix et de la liberté de l'âme, conquises chaque jour au moyen du renoncement absolu aux biens de la terre et à toute volonté personnelle. Il faut se soumettre non seulement à Dieu, mais aux hommes ;non seulement aux hommes, à leur injustice, à leur violence, mais à l'aveugle hostilité des choses. L'abnégation totale est la vraie source de la joie. « La sainte obéissance, dit saint François, détruit toute volonté charnelle et fait qu'un corps se meurt à soi-même pour être prêt à obéir à l'esprit comme au prochain et elle rend l'homme soumis, dans ce monde, non seulement à tous les autres hommes, mais encore à toutes les bêtes sauvages ou domestiques, afin que celles-ci puissent le traiter suivant que pouvoir leur en a été donné par le Seigneur. » On a vu saint François se refuser à éteindre ses vêtements qui brûlaient pour ne pas enlever « à son frère le feu » une chair que celui-ci désirait «■ manger » ^.
La joie de cette soumission aux circonstances, à la douleur et aux outrages, la volupté d'être « merveilleusement méprisé ^ » s'expriment en termes saisissants dans un Fioretto célèbre ^ :
Saint François revenait de Pérouse, en compagnie du frère Léon ; la neige couATait la campagne et ils souffraient beaucoup du froid. — «Frère Léon, dit le saint, même si nous donnions au monde ungrand exemple de sainteté et d'édification, écoute bien et rappelle-toi ce que je te dis, ce n'est pas en cela que consisterait la joie parfaite. »
Ils continuèrent à marcher et le saint, de nouveau, appelant son compagnon, lui dit : « O mon frère Léon, quand bien même un frère mineur connaîtrait les langues de toutes les nations, toutes les sciences et toutes les Écritures ; quand bien même il saurait prophétiser et révéler non seulement l'avenir, mais encore les secrets des consciences et des âmes, écoute-moi bien, ce n'est pas là qu'est la joie parfaite. » Ils marchaient toujours, et le saint dit : « 0 mon frère Léon, petite brebis du bon Dieu, quand bien même le frère mineur parlerait la langue des anges et connaîtrait le cours des astres et les vertus des herbes et des pierres, tous les trésors de la terre, toutes les particularités des bêtes, des oiseaux et des hommes, remarque bien ce que jeté dis, frère Léon, la joie parfaite n'est pas encore dans tout cela. »