LES DOMINICAINS
mais que chacun ne pense qu'à prier ou à louer Dieu en lui abandonnant tout le soin de votre bien-être corporel, car lui-même se chargera de pourvoira votre entretien ! Or saint Dominique, quiétait là, s'étonna de cet ordre et pensa que saint François se conduisait d'une manière bien imprudente, en défendant à une foule si énorme de s'occuper des choses nécessaires à la vie du corps. Mais il plut au Seigneur Jésus-Christ de montrer une fois de plus qu'il aime ses pauvres d'une affection toute spéciale, car aussitôt l'inspiration vint aux gens de Pérouse, d'Assise et des villes d'alentour, d'apporter à cette sainte assemblée de quoi manger et boire, et voici qu'arrivèrent à la fois des hommes de toutes ces villes avec des ânes, des mulets, des chevaux qui étaient chargés de victuailles... Et plus chacun de ces hommes pouvait apporter aux, frères, plus son visage exprimait de bonheur ^. »
Avec une incroyable rapidité, ces âmes élues emplissaient les granges du Seigneur des moissons qu'elles avaient récoltées. Saint François était mort en 1226 ; en 1260, l'ordre était divisé en trentetrois provinces, formant cent quatre-vingt-deux custodies ; les sept ciistodies d'Angleterre comptaient à elles seules douze cent quarante-deux frères. Une bulle pontificale de 1258 énumère les nations qu'ils évangéhsent : Grecs, Sarrazins, Bulgares, Éthiopiens, Syriens, Russes, Géorgiens, Arméniens, Indiens, Tartares, Hongrois, etc. Les mineurs couvraient toute la terre.
§8. Les dominicains; parallèle tenté par Dante entre saint François
et saint Dominique.
Leurs idées s'imposaient partout autour d'eux. Saint Dominique professait la plus grande admiration pour le pauvre d'Assise ; il lui aurait même proposé de fondre leurs deux ordres. Saint François ayant préféré paître à part son troupeau, l'autre berger, marchant dans les pas de son émule, fit de la pauvreté une obligation ^ à ses ouailles. C'est encore à l'imitation de saint François que les divers ordres réunis par Alexandre IV sous le nom d'Ermites de saint Augustin se déclarèrent mendiants, et aussi les Carmélites, fondés en 1156, qui se transformèrent en 1245 ^ Les laïcs eux-mêmes, qui ne pouvaient ou n'osaient affronter les rigueurs de la règle stricte, s'enrôlaient en foule dans les tiers-ordres de saint François (fondé