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LES CATHARES

de l'Esprit. Arnaud de Villeneuve, ce médecin des rois et des pipes, un des esprits les plus téméraires de l'époque, n'arrêtait point de prédire la fin du monde. Lrcs années passaient, emportant les vaines espérances, et le terme reculait toujours. Les eaux vives de la grâce restaient scellées, et les hommes s'acharnaient dans leur rêve. Après 1300, on trouve encore un écho de Joachim dans le Veltro et le DXV de Dante, qui doivent ouvrir à l'humanité des temps meilleurs et aussi dans la croyance du grand Florentin à la fin prochaine de l'univers. Au paradis, presque tous les sièges des bienheureux sont déjà occupés (Par., XXX, 131). — « Nous sommes au dernier âge du monde, » dit-il encore dans le Convwia^ nelVultima etade del secolo (II, 15), et ce sont les termes mêmes qu'emploie Guillaume de Saint -Amour, qui fut pourtant un ennemi acharné du joachimisme : nos sumus in ultima œtate hujus mundi.

§ 12. Les Cathares, Vaudois, Guillelmites, Frères apostoliques, Franciscains spirituels, FraticeUes^ etc.

L'anxieuse incertitude des âmes condamnait les temps présents. A ce sentiment général s'alliait la sombre hérésie des Cathares, qu'on appela en France Albigeois et qui avait poussé en Italie, d'où nous la reçûmes ^, les plus profondes racines. Les Cathares condamnaient le monde et la chair, créés par l'esprit du mal. Es étaient tellement nombreux dans l'Italie du Nord qu'ils s'y divisèrent en sectes rivales qui se combattaient. Leur existence était tolérée, reconnue parfois dans les documents officiels ^ ; on en trouve même à Rome, en 1231. Dans les Etats de l'Eglise, à Orvieto et à Viterbe (1205) ils furent par moments les maîtres ; à d'autres époques (1260, 1265), il fallut envoyer des troupes contre eux ^. En 1203, Assise avait choisi pour podestat un Cathare. A Florence, ils n'existaient pas encore en 1115, quoi qu'en dise Villani [Cr. IV, 29), ou du moins n'y menaient qu'une existence fort cachée ^ ; mais, en 1244, ils étaient nombreux dans les plus puissantes familles ; on trouve parmi eux un Uguccione Cavalcanti. Condamnés par les inquisiteurs,

1. D'après Raoul Glaber, la France eut l'antériorité dans la répression de l'hérésie, car, dès 1022, le roi Robert fit brûler à Orléans dix chanoines manichéens. Le premier Cathare supphcié en Itahe fut brûlé à Milan par le peuple en 1034. C'est contre les Cathares que Frédéric II, pourtant ennemi de l'Église et probablement athée, a promulgué ces lois féroces qni enlevaient aux accusés les garanties de la piocédurc ordinaire et frappaient les hérétiques jusque dans leur postérité.

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