INCRÉDULITÉ DE GUIDO CAVALCANTI
Jacques-de-Compostelle, « mais saint Jacques s'indigna quand il l'apprit ^ », car il prenait pour une offense la visite de ce mécréant; et Guido ne dépassa pas Toulouse, où je dois reconnaître qu'il entra dans une église 2, mais pour s'y amouracher de Mandetta. Il n'avait fait ce pèlerinage que comme une partie de plaisir.
Les vers de Guido ne témoignent d'aucun esprit religieux. Dans toutes ses œuvres on ne trouve qu'une seule allusion à la Providence ^ et nous verrons que sa Dame-ange est tout juste une Dame-ange. Un de ses sonnets, adressé à Gianni Alfani^, me paraît, si je le comprends bien, assez irrespectueux pour l'Église. Dans un autre, le sonnet Una figura délia donna mia^ il se moque des frères mineurs et peut-être aussi de la Vierge.
« En cette année, dit Villani [Cr. VII, 154), de grands et signalés miracles commencèrent à s'opérer dans la ville de Florence, à cause d'une image de la Vierge Marie, peinte sur un pilastre de la loggia d'Orto San Michèle où est le marché des grains. Elle guérissait les malades, redressait les boiteux et, manifestement, délivrait une grande quantité de possédés. Mais les frères mineurs^ par envie^ ou pour une autre raison^ ny croyaient pas, ce qui les fit honnir par les Florentins. En cet endroit d'Orto San Michèle était autrefois l'église de San Michèle inOrto, qui relevait de l'abbaye de Nonantola en Lombardie et fut détruite pour faire une place. Par habitude et dévotion, quelques laïcs chantaient des cantiques devant ladite image de la Vierge. La renommée des miracles accomplis par les mérites de Notre-Dame s'accrut tellement qu'on y venait en pèlerinage de toute la Toscane, comme l'on fait aujourd'hui pour toutes les fêtes de la Vierge, et on apportait, en remerciement de chaque miracle, des figures de cire qui remplirent une grande partie de la loggia et il y en avait tout autour du pilastre où était l'image. Et cette compagnie, dont était la meilleure part des ]:)raves gens de Florence, devint si importante qu'elle délivrait aux pauvres en aumônes et en legs plus de six mille livres par an et cela continue de nos jours. »
Tout cela amusait fort Guido Cavalcanti, qui écrivit à Guido Orlandi (sonn. Una figura) :
« Guido, on adore à San Michèle in Orto une figure de la Madone.