‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 158 sur 440 · Cf. II, ch. X · texte numérisé non relu

Cf. II, ch. X

5. Invidia, c'est le tenue m^me employé par G. Cavalcanti dans le sonnet Una figura: Per invidia che non è lor uicina.

^^^'^ l'amour et la femme e.n toscane

De beaux semblants, honnête et pieuse, elle est le refuge et le port des pécheurs. Plus on souffre, plus on obtient de consolation, si l'on s'humilie avec dévotion devant elle. Elle giiérit les malades, chasse les démons et rend la vue aux aveugles ; elle guérit sur la place publique de grandes infirmités. Les gens s'incHnent devant elle avec révérence et la parent de luminaires ; sa renommée va par les chemins lointains.

« Mais les frères mineurs disent que c'est de l'idolâtrie, par envie de ce qu'elle n'est point leur voisine. ))

Les termes qu'emploie Cavalcanti à l'égard de la Madone n'ont rien de choquant ; mais il fallait qu'on lui connût à son égard des opinions fort suspectes, car Guido Orlandi, dans la réponse acer}>e qu'il lit à ce sonnet, prend la défense de la Vierge avant celle des frères mineurs ; et il éprouve le besoin d'affirmer sa certitude qu'elle guérit et sauve ceux qui ont recours à elle. Il avait su démêler l'ironie cachée dans les vers de son confrère.

§ 19. L'exaltation du « stil iiuoi^o » ?ie provient pas uniquement

du mijsticisme.

Il était indispensable de signaler l'incrédulité de Guido, car, pour beaucoup de critiques, le principal caractère du stil nuovo est sa tendance religieuse. Non, puisqu'un de ses poètes les plus originaux traite les sujets sacrés sans aigreur ni mépris, avec la souriante indulgence du parfût scepticisme. Or ce même Cavalcanti témoigna, en amour profane, d'un cœur brûlant et douloureux. L'exaspération de sa sensibilité n'avait donc pas une origine mystique. Et il en est de même pour Dante, si éloigné de saint François ; sa foi raisonnait suivant la sèche et dure méthode de saint Thomas. Ce n'est point à la religion que l'un et l'autre de ces amants durent leur exaltation éperdue. Non. L'exaltation, l'exagération, la frénésie étaient l'état normal de l'humanité en ces temps-là. Sur des points tout à fait étrangers à la religion, nous allons retrouver divers indices de cette outrance des âmes italiennes du xiii^ siècle.

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