Sonn. Tre cose solamenle {Mon. Cresl
Cette façon de railler, même chez un ivrogne, paraît assez déplaisante ; et le malheureux insiste :
« Si j'étais le feu, je brûlerais le monde ; si j'étais le vent, je le bouleverserais ; si j'étais l'eau, je le submergerais ; si j'étais Dieu^ je l'anéantirais !
« Si j'étais le pape, je serais bien heureux, car je tourmenterais tous les chrétiens ; si j'étais l'empereur, je leur ferais couper à tous la tête. Si j'étais la mort, j'irais trouver mon père ; si j'étais la vie, je le quitterais et je traiterais de même ma mère.
« Si j'étais Cecco, comme je le fus et le suis, je garderais pour moi les jeunes et jolies femmes et je laisserais aux autres les vieilles et les laides ^. »
« La terrible et cruelle haine que je porte à mon père le fera vivre plus que Mathusalem, et il y a beau temps que je m'en suis aperçu... Je lui ai demandé un flacon de vin, à lui qui en a bien cent... Il a voulu me cracher à la face ! et puis on me dit qu'il ne faut pas le haïr I mais, si on connaissait bien son âme, on me dirait : tu devrais le manger tout vif ^ I »
Ce sont des plaisanteries? Soit. Continuons : « L'autre jour, je fus si malade que j'avais perdu la parole. Ma mère, pour améliorer mon état, m'apporta un poison si bien dosé qu'il aurait intoxiqué non seulement moi, mais toute la mer ! « Bois, dit-elle, n'hésite pas. » Et je fis par signes : «Je n'en ai pas envie » ; j'étais, en mon cœur, résolu à ne pas boire. « Tu boiras tout de même, me dit-elle, et je « n'en aurai pas le démenti. » Alors la peur me guérit et je me mis à dire : « Je n'ai aucune maladie », et je ne bus ni ne boirai de sa main ; et je ne boirais pas, quand même elle ferait devant moi sur elle l'épreuve du breuvage ^. »
Et lorsque meurt enfin le père avare, Cecco pousse des cris de joie :
« Que les damnés ne désespèrent plus, puisque enfin est sorti de l'enfer quelqu'un qui y était bien cloué, qui croyait bien y être pour toujours, le nommé Cecco ! Le vent a tourné de telle sorte que je vivrai désormais dans la gloire, car messire Angioleri mon père est crevé, lui qui me faisait souffrir été comme hiver ! »
§ 22. Jacopone ; violence de Dante ; la paix. Notez que ce quasi-parricide est un auteur gai, un franc luron,