JACOPONE ; VIOLENCE DE DANTE ; LA PAIX
à peu près dépourvu de malice. Que faut-il donc penser des autres? Rappellerons-nous ici l'atroce bordée d'injures que se jetèrent à la tête Dante et Forese, lutte où le tendre amant de la théologie l'emporta de beaucoup en violence? Répéterons-nous les cris haletants avec lesquels Jacopone râle son amour aux pieds du Christ? Raconterons-nous comment ce frénétique, frappé soudain de la grâce devant le cadavre de sa femme, se promenait nu à quatre pattes, avec un bât sur le dos et un mors dans la bouche, pour faire l'âne? Il lui fallait la risée et les insultes de la populace ; il voulait, comme saint François, être « merveilleusement méprisé ». Il lui arrivait aussi de s'enduire le corps de goudron, de se rouler dans la plume et de se rendre en cette tenue aux plus graves cérémonies. Et ce fut seulement après dix ans de ces austérités qu'il se jugea digne d'entrer dans l'ordre des Mineurs.
Et Dante ! « Si la moindre femme, le plus petit enfant, parlant devant lui de politique, donnait tort aux Gibelins, il en perdait la raison au point qu'il leur eût jeté des pierres ^. » En matière de morale ou de littérature, il ne se montrait pas moins forcené. Après avoir traité de fous, d'ânes, d'idiots les gens qui ne partagent pas ses opinions sur la noblesse, il déclare froidement : « A de telles sottises, il ne faudrait pas répondre par des mots, mais par le couteau ^. » A la fin de la chanson Doglia mi reca, il menace de mort {cotai donna pera) les dames qui aiment avec leurs sens plus qu'avec leur raison. Combien en eût-il laissé en vie?
Même en enfer, sous la surveillance du sage Virgile, la violence de son caractère ne manque pas d'éclater. Il empoigne de toute sa force la chevelure d'un damné qui prétendait lui cacher son nom (/m/., XXXII, 91) et l'arrache par touffes, tandis que sa victime hurle de douleur.
Aussi le vrai besoin de ces âmes, impitoyablement secouées par leur agitation de possédés, c'est la paix. « Voyant devant les murs de notre couvent un inconnu qui s'était arrêté à les regarder, dit le moine de Sainte-Croix du Corbeau, je lui demandai ce qu'il cherchait ; absorbé dans sa contemplation, il ne répondit pas et je lui demandai de nouveau ce qu'il cherchait. Alors, après avoir tourné