LES HYPERBOLES DU « STIL NUOVO
ainsi la mort du Christ : « La terre trembla, le soleil s'obscurcit, le monde pleurait, les étoiles pleuraient, les pierres se fendirent, etc. », et dans une laude de Jacopone (^4/ nome d' Iddio santo) : « Voyant la lune et le soleil si noirs, les hommes croiront qu'ils pleurent de pitié et de douleur. »
Dante s'est, d'ailleurs, inspiré du récit de la mort du Christ (Matth., XXVII, 51 ; Luc, xxiii, 44), d'Isaïe (xiii, 10), de Joël (il, 10), de l'Apocalypse {vi, 12-14). Des prodiges analogues s'étaient produits à la mort de César {GéorgiqueSj I, 466; Métam.^ XV, 782), de Drusus (Dion Cassius, LV, 1), de Romulus (Tite-Live, XVI). Quand Roland rend l'âme, une grande tempête bouleverse les airs et un tremblement de terre renverse les maisons de toute la France, de Besançon à Wissant; le soleil s'éclipse. « Beaucoup de gens s'épouvantent et disent : c'est la fin du monde ! ils se trompent ; c'est la douleur pour la mort de Roland )>. {Chanson de Rolandy 1423 1).
N'est-il pas un peu excessif que le décès d'une obscure Florentine exige autour de lui ce deuil de la nature entière qui accompagne la mort des plus grands héros et celle du Dieu fait homme? Ne chicanons pas trop le poète. Dante nous dit qu'il a rêvé tout cela. Pour un cœur vraiment épris, la dame n'est-elle pas infiniment plus importante que les plus célèbres personnages? Et Béatrice n'a-t-elle pas été comparée au Christ, n'est-elle pas venue sur la terre pour notre salut (sonn. Di donne), n'a-t-elle pas eu un précurseur qui s'appelait Jeanne, parce que le précurseur du Christ s'appelait Jean? (F. N., § 24).
Et puis Dante n'a pas été le seul à nous conter ces extravagances.
Mare amoroso, Mon. CresL, II, 326 : « Si vous n'avez pas pitié de mon amour, rien ne me sauvera de la mort et ce sera une si cruelle félonie que le ciel devrait s'effondrer, les étoiles tomber, le soleil s'obscurcir, la tempête et la foudre bouleverser les airs, les vents tout briser et abattre, arracher les arbres et l'herbe, la mer se troubler, la terre trembler et le cœur de tout homme s'enflammer pour tirer vengeance de cette grande injure. »
1. Sur tout ceci, cf. Scherillo, Alcuni capiioli délia biografta di Dante, 358 et suiv. ; Proto, Giorn. danL, XIV, 60.