‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 169 sur 440 · PARTICULARITÉS CARACTÉHIS: IQL ES DU « STIL NUOVO · texte numérisé non relu

PARTICULARITÉS CARACTÉHIS: IQL ES DU « STIL NUOVO

car les sept poètes du stil nuo^o se sont astreints à reproduire les mêmes idées et les mêmes sentiments avec les mêmes images et parfois les mêmes mots. De propos délibéré, ils se sont enfermés dans une manière ; prisonniers de leur formule, ils s'obstinent à tourner dans le même cercle. On peut en dire autant de bien des troubadours, mais on en compte quatre cents, et il semble que les sept stilnuovistes auraient pu varier davantage leur matière ou s'en échapper plus souvent, car, lorsqu'ils osent se soustraire à son oppression, ils écrivent des œuvres charmantes ^. Cino se plaint d'avoir été accusé de plagiat par Guido Cavalcanti ; il aurait pu l'être, avec autant de justesse, par Dante, qui, lui-même, a emprunté à G. Guinicelli et à G. Cavalcanti ; et c'est de ce dernier que s'inspire directement Dino Frescobaldi. Sans doute, pour qui sait lire, G. Guinicelli est plus simple, sa poésie, claire et imagée, est plus fraîche ; Cavalcanti est plus âpre, plus pédant, plus violent ; c'est surtout la Dame-bête féroce qui occupe son cœur, tandis que la Dame-ange joue le principal rôle dans les vers de Dante, très épris de religion. Flottant entre ces deux modèles, Cino se distingue par une grande prolixité. Lapo Gianni et Gianni Alfani n'ont laissé que quelques vers. Que dire d'eux, sinon qu'ils furent pareils aux autres? On trouverait des différences bien plus marquées entre Guillaume IX, Marcabru, Jaufré Rudel, Bernard de Ventadorn, Bertrand de Born, Peire Cardinal, Guilhem Figueira, Rambaut d'Orange, Rambaut de Vaqaeiras, Sordel, Montanhagol, Guiraut Riquier. Tous les stilnuovistes se ressemblent, par l'absence de sens commun, la déroute de la sensibilité et les ridicules contrastes de leurs poèmes où Amour danse sur la corde raide, tenant en main, comme balancier, d'un côté la scolastique, de l'autre le mysticisme. Il lui est bien difficile de garder l'équihbre. Il tombe tantôt à droite, tantôt à gauche ; du haut des nues, il nous ramène à la rue du Fouarre.

Le stil nuovo s'est cantonné dans un cercle d'idées et de sentiments plus étroit que la poésie occitanique. Condamnés à des redites perpétuelles, masquant vainement sous l'entortillement de l'expression la banalité de la pensée, ces sept Italiens seraient illisibles, sans l'exubérance de leur lyrisme et ces larmes qu'ils versent sur leur cœur. Us nous rappellent invinciblement Musset et la génération de 1830. Nous goûtons moins les troubadours, plus près de Racine ; la mesure répugne aux imaginations modernes. A la faveur de quelques cris de passion à peu près sincères, de quelques images heureuses, de

1. Par exemple la ballade In un boschetlo de Guido Cavalcanti.

quelques grâces fugitives où la naïveté de la jeunesse se mêle savoureusement aux plus artificieuses roueries, nous pardonnons beaucoup au stil nuoi'O.

Il eut le mérite de ne pas durer. Orgie du cœur et de l'esprit, son effort s'épuisa vite, en une cinquantaine d'années ; il s'était dévoré lui-même. Pétrarque remonta aux troubadours, si démodés qu'ils fussent, pour s'en inspirer directement. Car en poussant tout à l'extrême, subtilité, pédanterie, larmes, douceur, violence, la nouvelle manière avait gaspillé l'amour et tari les sources. Cette école fut comme un spasme spirituel.

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