‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 177 sur 440 · DOUCEUR DU « STIL NUOVO · texte numérisé non relu

DOUCEUR DU « STIL NUOVO

prendre « la douceur eL la subtilité d'Amour ». — « Je ne lui demande pas autre chose, dit Gino de sa dame, que de penser à elle et d'en tirer des rimes et de doux vers » (sonn. Ai^i^egnache crudel lancia). — Lapo Gianni (bail. Dolce è il pensier) : « Douce est la pensée dont mon cœur se repaît... ma dame n'a pas dédaigné mon suave langage. » — « Parmi les poètes modernes, affirme Dante {Vulg. Eloq., I, 10), donnant en exemple Gino et lui-même, ce sont les Italiens qui ont été les plus doux et les plus subtils. » L'honneur de la langue italienne, dit-il encore, c'est d'avoir produit « des œuvres suaves, pleines d'une très douce et très aimable beauté » {Vulg, Eloq., I, 10). Il loue la «suavité» du dialecte de Bologne {Vulg. Eloq., I, 13). Il distingue les vocables en « peignés » et « hirsutes ». Les mots peignés sont ceux dont l'harmonie coulante et flexible se compose de trois syllabes^ sans redoublement de consonnes, tels que amore^ disio, donare, « qui laissent comme une suavité dans la bouche qui les prononce ». Ce sont ceux qu'il préfère, quoiqu'il leur mélange parfois les autres de façon à obtenir une « belle harmonie », à laquelle contribue un savant entrelacement de rimes {Vulg. Eloq., II, 7, 13).

C'est une douceur systématique et voulue, un procédé de style, que Dante abandonne quand il le juge bon. « Je veux être aussi âpre dans mes vers que l'est dans ses façons cette belle Pierre » (ch. Cosi nel mio parlar). — « Il faut que j'abandonne les doux vers d'amour que cherchait d'ordinaire ma pensée... je mettrai bas le style suave que j'employais pour traiter d'amour et je dirai, en vers âpres et subtils, etc. » (ch. Le dolci rime d/amor).

C'est que, dit Dante {Com>., I, 1), à d'autres temps conviennent d'autres langages. C'est seulement à la jeunesse que la suavité et la douceur sont nécessaires {Con^., IV, 25). « Dans l'adolescence, non seulement l'âme doit être obéissante, mais aussi suave, c'est la seconde des qualités qui sont nécessaires pour bien entrer dans la jeunesse. Elle est nécessaire, car c'est à cet âge que l'homme commence à être gracieux ou le contraire, grâce qui s'acquiert par de douces manières, qui sont : parler doucement et courtoisement, servir et agir doucement et courtoisement. C'est pourquoi Salomon dit à son fds adolescent : « Dieu méprisera les orgueilleux et donnera sa grâce aux doux»... Ce qui démontre que cette suavité est nécessaire, ainsi que je l'ai dit. »

Dans la Vita nuova, le livre de la jeunesse, Dante a fidèlement

la condition d'Amour, ni de nous dire où il donne ses enseignements doux et subtils,» c'est-à-dire de nous parler de la cour d'Amour. On peut traduire aussi : • ... de \\ condition d'Amour et de recevoir à sa cour ses enseignements doux et subtils. »

exécuté ce pron^raniine, en unissant l'ineffable tendresse des sentiments à la douceur de l'expression, en dépit des tristesses et des amertumes du récit. Par le seul espoir du salut de Béatrice, il se sent réchaulTé d'une flamme de charité, il pardonne aux ennemis qui l'ont offensé. Ce salut est « très doux » et remplit Dante d'une telle « douceur » qu'il se retire « comme enivré » povir se livrer à un sommeil « suave )) (§ 3). Sa dame est si noble en ses façons « qu'on ne peut se la rappeler sans soupirer de douceur d'amour » (sonn. Vede perfettamente). — « Sa vue donne au cœur une douceur que ne peut comprendre celui qui ne l'éprouve pas. De son visage paraît émaner un esprit de suavité et d'amour qui vient dire à l'âme : Soupire » (sonn. Tanto gentile). — « Le nom d'Amour est si doux à entendre qu'il me semble impossible que dans la plupart des cas son action ne soit pas douce ^ » ( V. iV., § 13). — G. Gavalcanti (bail. Posso degU occhi) : « Amour soupire de douceur... Dans les yeux de madame resplendit une puissance d'amour si noble qu'elle contient en soi toutes les douceurs et toutes les beautés. »

Et le souci, voilant de sa tendresse mélancolique le doux rayonnement du stil nuovo^ lui prête cette grâce irrésistible qui, malgré ses défauts, l'impose à nos oœurs (ch. E m incresce) : « Les jeunes dames qui ont l'âme pensive et dominée par l'amour... » — « Le doux Seigneur qui me fait aller avec l'âme pensive (sonn. Al vosiro dir., Dino Frescobaldi). — « Cette dame, qui me fait aller pensif» (Cino, sonn. Questa donna). — «0 âme pensive, » dit le cœur de Dante (sonn. Gentil pensiero).

§ 5. Manque de sincérité du « stil nuovo ». (Cf. //, ch. viil, § 6 ; II, ch. xm,^l et III, ch. IV, §13.)

N'oublions pas que tout ceci n'est qu'un système littéraire. Cette douceur qui nous ravit existait plus dans l'imagination de Dante que dans son cœur, car il fut un homme violent, et la Comédie regorge de haine. Il ne faut pas prendre plus au sérieux cette pureté, car il fut très sensuel. Il ne faut pas nous laisser duper par ce respect, cette adoration à genoux de la femme, car Dante partageait à son égard l'opinion des théologiens et la tenait pour inférieure à l'homme» (Cf. Il, ch. XIII, § 1 ; II, ch. VIII, § 6 ; III, ch. iv, § 13.)

1. Ch. Donne ch'avele : Amor si dolce mi si fa seniire. Sonn. Negli occhi: ogni dolcezza, ogni pensiero itmile. Sonn. Tulli li miei pensicr : allro, sperando, m'apparia dolzore. Sonn, 0 voi che per la via : mi pose in vila si dolce e si suave. Sonn. Gentil pensiero : ragiona d'amor si dolcemenle. Stance Si lungiamenle, cf. III, ch. iv, § 12.

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