Pératé, op. cil., p
3. « Secundus et Proj'ecta, vivalis in Christo. » La cassette est un cadeau de noces. L'inscription n'a d'autre but que de rappeler l'union spirituelle de Secundus et de Projecta ; elle ne se rapporte point aux figures de Vénus, des Amours, qui n'ont ici rien de symbolique. L'orfèvre, sans y entendre malice, a copié pour ces chrétiens le travail qu'il exécutait habituellement pour ses clients païens. — Je ne sais si Secundus et Projecta ont vécu selon le Christ ; s'ils se sont souvent servi de. leur petite cassette, ils ont plutôt pensé à Vénus. — La cassette se trouve aujourd'hui au British Muséum. (Pératé, p. 363.)
4. Magnus ab intégra sœclorum nascilur ordo ; Jam redit et Virgo, redeunt Saturnia régna ; Jam nova progenies cœlo dimtttitur alto.
5. Par exemple à Saint -Etienne d'Auxerre. Plus tard, on les rencontre à Saint-
328 l'amour et la femme en toscane
Sibylles sont associées aux Proplièles et aux Apôtres dans la décoration des cathédrales, et au xvii^ siècle on représentait encore dans les églises, la nuit de Noël, des mystères où parlaient les Sibylles avec les Prophètes et les Pasteurs (Concile de Narbonne, 1609, canon 39). — A cette autorité de Virgile en matière théologique, des auteurs profanes ont joint parfois celle d'Ovide, dans les Métamorphoses duquel le moine chrétien Legonais a retrouvé le mystère de l'Incarnation. (Cf. I, ch. viii, § 3.)
§ 3. Le langage des sens appliqué à Vamour spirituel.
Si choquant que paraisse le procédé, il faut pardonner aux poètes du stil nuoço de prêter au Saint-Esprit les traits de Cupidon, car, de tout temps, les mystiques ont usé du langage des sens pour exprimer les plus pures effusions de l'âme ; on en trouve l'exemple dans l'Écriture.
« Dieu, mon Dieu ! dès l'aube je m'éveille vers toi, s'écrie le Psalmiste (Ps. lxii, 1 et 2); mon âme a soif de toi, autant que ma chair 1... »
« Mon âme défaille sur les parvis du Seigneur ; mon âme et ma chair bondissent de joie dans le Dieu vivant! » (Ps. lxxxiii, 1 et 2).
Les Prophètes considèrent comme un mariage l'union d'Israël avec Dieu et ses infidélités comme un adultère :
Jérémie, ii, 19-20 :« Sachez et comprenez quel mal c'est et combien il vous est amer d'avoir abandonné le Seigneur votre Dieu et de n'avoir plus ma crainte devant les yeux, dit le Seigneur, le Dieu des armées.
« Vous avez brisé mon joug depuis longtemps, vous avez dit : Je ne servirai point ; vous vous êtes prostituée comme une femme impudique sur toutes les collines élevées et sous tous les arbres chargés de feuillage. »
Ibid., III, 1 : «Si une femme, après avoir été répudiée par son mari et l'avoir quitté, en épouse un autre, son mari la reprendra-t-il? et cette femme n'est-elle pas impure et souillée? Et vous, vous vous êtes corrompue avec beaucoup d'amants, et pourtant revenez à moi, dit le Seigneur et je vous recevrai. »
Ibid., V, 7 : « Vos enfants m'ont abandonné et ils jurent par ceux
Ouen de Rouen, à Amiens, à Beauvais, à Auch, à Saint-Bertrand de Comminges, à Autun, à Sens, à Clamecy, à Aix et aussi en Allemagne et en Italie. A Amiens, la Sibylle de Cumes tient à la main un livre sur lequel se lit la prophétie de Virgile s Jam redit el Virgo, etc.
Toutes les sibylles passent pour avoir annoncé le Christ. A la cathédrale d'Amiens, on trouve huit sibylles, avec des inscriptions indiquant les prophéties qu'elles ont faites de la naissance du Christ.
LE LANGAGE DES SENS APPLIQUÉ A l'aMOUR SPIRITUEL 329
qui ne sont pas des dieux. Je les ai rassasiés et ils sont devenus des adultères; ils ont été satisfaire leurs passions honteuses dans la maison d'une prostituée. »
Dans le Nouveau Testament ^, le Christ et l'Ëglise sont Époux. « Venez et je vous montrerai l'Ëpouse qui a l'Agneau pour Époux.... Heureux ceux qui sont appelés au banquet des noces de l'Agneau I... J'ai vu la cité sainte, la Jérusalem nouvelle ornée par Dieu comme l'épouse par son époux... )){Apoc. xxi, 9 ; xx, 9 ; xxi, 2 ; xxii, 17).
« L'Église est appelée l'Épouse parce qu'elle est accouplée à l'Époux par un amour spirituel. On l'appelle aussi Épouse parce que, fécondée par lui, elle a procréé beaucoup de fils spirituels » (Albert le Grand, De laudihus Mariae, VI, vi).
« Soutenez-moi avec des fleurs, fortifiez-moi avec des fruits, car je languis d'amour... Mon âme s'est fondue quand mon bien-aimé m'a parlé... qu'il me baise d'un baiser de sa bouche !... entraînezmoi après vous, nous courrons à l'odeur de vos parfums... Mon bienaimé est pour moi comme un bouquet de myrrhe entre mes seins... Mon bien-aimé passa sa main par l'ouverture de la porte et mes entrailles furent émues au bruit qu'il fit. Je me levai alors pour ouvrir à mon bien-aimé... J'ouvris la porte à mon bien-aimé et j'en tirai le verrou ; mais il s'en était déjà allé... Je vous conjure, ô filles de Jérusalem, si vous trouvez mon bien-aimé, de lui dire que je languis d'amour » {Cant., ii, 5 ; v, 6 ; i, 1 ; i, 3 ; i, 13 ; v, 4-8).
Ces brûlants appels sont ceux de l'Église, ou de l'âme éprise du Christ 2, et les Pères les ont commentés avec la même ardeur de langage, les mêmes accents de volupté. (Cf. II, ch. xiii, § 12.)
Saint Ambroise,Z)e Isaac et anima, lib. I, cap. v : « L'âme, s'élevant de la région des sens et méprisant les soins de la terre, aspire à l'infusion du Verbe divin. Et elle se plaint qu'il tarde à venir ; comme blessée d'amour, elle ne veut pas de retard, et elle dit avec impatience :
1. S. Matth., IX, 15 et xxv, 1-5 ; S. Marc, ii, 9 ; S. Luc, v, 34 ; xiii, 19 ; S. Jean, m, 29 ; Éphés., v, 25.
Dante emploie fréquemment le terme d'époux pour désigner le Christ et l'Église 5 Mon., II, 11 et III, 3 ; Par., X, 139 : « Lorsque l'Épouse de Dieu se lève au matin et réveille l'Époux pour qu'il l'aime » ; Par., XI, 31 ; XXVIII, 40 ; XXXII, 128.
Il appelle le pape mari de l'Église {Inf., XIX, 111, et Purg., XXIV, 22).
2. « Toute âme est spirituellement l'épouse de Dieu. » (Albert le Grand, De laudibus Mariœ, lib. VI, cap. vu ).
Saint Bernard, in Canl. serm. LXXXIII, 3 : « Une telle conformité marie l'àme au Verbe ; elle lui est semblable par sa nature et elle se montre semblable à lui par la volonté, aimant comme elle est aimée. Donc, si elle a aimé parfaitement, elle a épousé... c'est vraiment un lien de mariage, spirituel et sacré. »
La même interprétation est appliquée au psaume xnv» 10.
Oh ! que je sois baisée d'un baiser de sa bouche ! et elle ne demande pas un baiser, mais beaucoup, pour apaiser tout son désir... Le baiser du Verbe signifie qu'elle est illuminée par la connaissance de Dieu. Et lorsqu'elle reçoit ce gage de l'amour nuptial, elle s'écrie dans sa joie : J'ai ouvert ma bouche et j'ai aspiré son souffle !... L'âme adhère au Verbe par ce baiser, par lequel s'infuse en elle le souffle de celui qui la baise ; de niêm?, ceux qui se baisent ne se satisfont pas du contact de leurs lèvres, mais semblent faire passer leur souffle de l'un dans l'autre. »
Saint Bernard, Serm. De diversis. VIII, 9 : « Une âme complètement épurée ne demande rien à Dieu que lui-même... elle ne demande ni félicité ni gloire ; elle est toute en Dieu, elle n'a qu'un unique et parfait désir, celui d'être introduite par le Roi dans sa chambre pour s'unir à lui, pour jouir de lui. Il lui révèle sa face, en une certaine mesure, et, contemplant la gloire de l'Ëpoux céleste, de clarté en clarté, l'âme se transforme en cette même image, sous l'influence du souffle divin. Et elle ose dire : Mon bien-aimé est à moi et moi à lui. Et dans cet entretien de bonheur et de joie, glorieuse, elle se délecte en compagnie de l'Ëpoux. »
Saint Bernard, De gradibus humilitatis, VII, 21 : « L'âme couronnée de fleurs et de fruits, c'est-à-dire de bonnes mœurs et de saintes vertus, est enfin admise dans la chambre du Roi pour lequel elle languit d'amour. Là, elle dort quelques moments, peut-être une demiheure, reposant suavement dans les embrassements qu'elle a désirés, mais son cœur veille et voit les choses invisibles, entend les choses ineffables dont il n'est pas permis aux hommes de parler ^. »
Par ces métaphores et ces comparaisons charnelles, on arrive parfois à de singulières conclusions. Saint Jérôme, lettre à sa sœur Eustochia (citée par Proto, Giorn. dant., XIV, 79 et suiv.): « Proposetoi l'exemple de la Vierge Marie qu})> par sa pureté, sa suprême humilité et sa perfection, mérita d'être la mère de Dieu... et je te dis que toi aussi tu peux être la mère de Dieu, sinon matériellement, au moins en esprit, en concevant son amour et son esprit et en l'enfantant par de bonnes œuvres. Et alors tu pourras dire dans ton cœur comme le Prophète : Dans ta crainte. Seigneur, nous avons conçu et enfanté en esprit. Et alors ce fils que tu auras ainsi conçu et enfanté répondra en toi, disant : Ecce mater mea... et l'amour croissant en