‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 196 sur 440 · Cf. II, ch. VI · texte numérisé non relu

Cf. II, ch. VI

2. Saint Thomas, commentant le Psalmiste (xxv, 10) i « Omnes viœ Domini misericordia el uerilas », dit : « Dans toutes les œuvres de Dieu on retrouve la miséricorde comme cause première de leur détermination... La miséricorde se montre même dans la damnation des réprouvés, non pas en leur faisant la remise entière de leur châtiment, mais en l'allégeant, en punissant le coupable moins qu'il ne le mérite =• (S. Th., I, qu. 21, 4).

Saint Thomas dit ailleurs (S. Th., I, qu. 20,2) i « Dieu aime les pécheurs par cela seul qu'ils existent et qu'ils existent par lui. Mais, en tant que pécheurs, ils n'existent pas ; ils sont privés de l'existence et, à cet égard, ils ne sont pas l'œuvre de Dieu ; c'est pourquoi Dieu les hait. »

3. Cf. Par., I, 74 et suiv. En ce passage, la roue que fait mouvoir son désir éternel pour Dieu, c'est le premier mobile et l'harmonie qui l'accompagne, c'est la musique que font les sphères en tournant.

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Car, de même qu'il fait louiner la matière avec le Premier Mobile, l'amour provoque le mouvement spirituel des anges. Leurs hiérarchies concentriques tournent autour de Dieu, point lumineux « d'où dépendent le ciel et toute la nature. Contemple ce cercle qui lui est le plus proche et sache que son mouvement est si rapide à cause de l'amour enllammé qui l'étreint » {Par., XXVIII, 43-45).

§ 4. Uamour est une force commune à toute la création, depuis les minéraux jusquaux anges; il est le mobile uni^>ersel.

Les philosophes donnent le nom d'amour à toute force qui pousse une chose vers une autre.

Saint Denis dit : « L'amour est une force qui unit et qui rassembk » [S. Th., I, qu. 20, art. 1). Et saint Augustin en dit autant (5. Th., 1* IF, qu. 28, 1).

s. Th., P II*, qu. 18, 6 : « Tout agent, quel qu'il &oit, quelque action qu'il fasse, n'agit qu'en vertu de quelque amour. »

Purg., XVII, 91 : « Ni le Créateur ni la créature ne furent jamais sans amour. »

« En toutes choses se trouve l'amour, » dit saint Denis, cité par saint Thomas (I** II", qu. 27, 2) \

S. Th., I, qu. 60, art. 1 : « Il y a une chose commune à toute la nature, c'est cette inclination qu'on appelle l'appétit naturel ou l'amour. Cette inclination diffère suivant la diversité de nature des êtres et elle existe dans chacun conformément à sa manière d'être. Ainsi, chez les êtres intelligents, cette inclination est libre et volontaire 2 ; elle est sensitive chez les animaux ; chez les êtres inanimés elle existe en tant qu'ordre de la nature ^. »

P II*, qu. 26, 1 : « On peut appeler amour la tendafice qu'ont

1. Toute vie est amour, qu'elle soit contemplative ou active. Nous verrons (III, ch. X, § 9) que la science est toujours accompagnée d'amour. Quant à la vie active, son symbole, Lia, apparaît à Dante en même temps que l'amour : nelVora che deWorienîe Prima raggiô Citerea, che di fuoco d'amor par sempre ardente. Quant à Mathilde, succédané de Lia, et qui figure probablement la vie innocente, elle chante a comme une femme amoureuse » ; elle est comparée à Vénus blessée par son fils Amour ; elle se chauffe aux rayons d'amour (Purg., XXVIII, 43, 65, etc.).

2. Pour saint Thomas, l'amour est un mouvement de fia volonté. Dante {Purg., XVII I, 70) reconnaît à l'âme le pouvoir d'étouffer l'amour qu'elle aurait conçu fatalement ; c'est le contraire de ce qu'il dit dans son sonnet lo sono slato.

3. Voici ce qu'entend saint Thomas par cet « ordre de la nature », c'est-à-dire par les lois naturelles : « Chaque être aime d'un amour naturel ce qui ne fait qu'un avec lui selon l'espèce, parce qu'il aime son espèce. C'est aussi ce que l'on voit dans les êtres dépourvus de connaissance. Ainsi le feu tend naturellement à communiquer à un autre être sa forme (c'^st-à-dire sa chaleur), c'est-à-dire ce qu'il a de bon en. lui, et il cherche de la même manière son bien propre, c'est-à-dire les régions élevées.

l'amour est le sentiment fondamental de l'ame 335

les corps, en vertu de leur granité, à se porter vers le centre dt; la terre. »

Id, : « L'amour naturel n'existe pas seulement dans toutes les facultés de l'âme végétative, mais encore dans toutes les puissances de Vâme, dans toutes les parties du corps^ et unii>ersellement en toutes choses. »

Conv.y III, 3 : « Chaque chose a son amour spécial. Les corps simples ont en eux, en vertu de leur nature, un amour pour le lieu qui leur est propre ; c'est ainsi que la terre descend toujours vers son centre (il s'agit ici de la force de gravité) ; le feu aime la sphère qui touche celle de la lune, c'est pourquoi il monte toujours vers elle... Les plantes préfèrent manifestement tel ou tel lieu, suivant que leur complexion le réclame ; on ne voit certaines plantes qu'au bord des eaux ; d'autres que sur le sommet des montagnes ; d'autres encore à leur pied ; et, si on les change d'endroit, elles meurent tout à fait ou végètent tristement, comme séparées de leur ami. Ce n'est pas seulement aux lieux que les animaux manifestent leur amour, mais il est visible qu'ils s'aiment entre eux. Quant à l'homme, l'amour qui lui est propre est celui de la perfection et de l'honnêteté. Mais, comme il possède en lui, grâce à son excellence, la nature de ces quatre ordres de choses (quoiqu'il ne soit en lui-même qu'une seule substance), il peut avoir ces quatre amours et il les a. Par la nature de corps simple, qui domine en lui, il aime à descendre ; c'est pourquoi, lorsqu'il force son corps à monter, il le fatigue... Par sa nature végétative, il aime certains aliments, ceux qui aident cette nature à remplir parfaitement ses fonctions ; c'est pourquoi nous voyons que telle nourriture rend l'homme fort et musculeux, coloré, et que telle autre fait le contraire. Par sa nature d'animal, c'est-à-dire par sa puissance sensitive, l'homme a un autre amour, €n vertu duquel il aime suivant les apparences sensibles, ainsi que les bêtes ; et, chez l'homme, cet amouï a besoin d'être contenu, à cause de l'excès de sa volupté, qui s'exerce par la vue et le toucher. Enfin, par sa dernière nature, celle qui est véritablement humaine ou, pour mieux dire, angélique, c'est-à-dire rationnelle, l'homme aime la vérité et la vertu. »

§ 5. Uamour est le sentiment fondamental dont dérivent toutes les impulsions de Vàme, même la haine.

L'amour est l'impulsion première, fondamentale, innée, de toute créature ; il est son instinct vital. « L'amour naturel existe toujours tant que la nature subsiste elle-même « [S. Th,y I, qu. 60, art. 5).

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5. Th., I* H'', qu. 29, art. 2: « Saint Augustin dit que toutes les affections sont causées par l'amour. Donc, puisque la haine est une affection de l'âme, elle est aussi produite par l'amour... Puisqu'on ne hait que ce qui est opposé au bien qu'on aimait auparavant, il s'ensuit nécessairement que toute haine vient de l'amour. » (Cf. I, qu. 20, art. 1.)

Purg.j XVIII, 103 : « L'amour est en vous la semence de toutes les vertus et de tous les actes qui méritent un châtiment. » Haïr le prochain, dit Dante, c'est simplement aimer le mal du prochain, l'orgueil, l'envie, la colère sont des formes de l'amour.

Et les suicides eux-mêmes ne se tuent que par amour pour leur propre personne (S. Th., PIF, qu. 29, art. 4) -, « L'apôtre a dit que jamais personne n'a haï sa propre chair. Il est impossible, à proprement parler, qu'un individu se haïsse lui-même (cf. Purg., XVII, 108). Personne ne se veut et ne se fait de mal qu'autant qu'il le considère comme un bien; ceux qui se tuent considèrent la mort comme un avantage, en ce sens qu'ils voient en elle le terme de leurs maux. »

§ 6. Toute âme aime Dieu et n'aime les choses qu^en Dieu. 1° L'instinct de V homme est d'aimer Dieu.

« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur reste inquiet jusqu'à ce qu'il repose en toi » (S. Augustin, Conf., I, 1).

S. Th. y P 2'"', qu. 29 : « Le bonheur est ce bien parfait dans lequel l'esprit trouve un plein repos... Rien ne peut apaiser la volonté de l'homme, sinon le bien universel qui ne se trouve en aucune chose créée, mais seulement en Dieu... seul Dieu satisfait pleinement la volonté humaine. »

Purg., XVII, 27 : « Chacun perçoit confusément un bien que désire l'âme et dans lequel elle se repose ; c'est pourquoi chacun s'efforce de l'atteindre. »

Coni^., III, 6 : « Toute chose désire par-dessus tout sa propre perfection. C'est en cette perfection que s'apaise son désir; nous ne désirons les choses qu'en vue d'atteindre à cette perfection. Et c'est ce désir qui nous fait paraître incomplet tout plaisir... Nul plaisir, ici-bas, n'est assez grand pour enlever à notre âme sa soif ; car le désir de la perfection reste toujours dans notre pensée. (Cette perfection, c'est l'union de l'âme avec Dieu, qui est sa cause et sa fin). »

« Toute créature, dit saint Thomas, aime naturellement Dieu plus qu'elle-même » {S. Th., I, qu. 60, art. 5 ; P IP, qu. 109, 3, etc.).

Par., VII, 142 : « La Suprême Bienveillance crée notre âme directement et Tenamoure d'elle, de façon à en être toujours désirée. »

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