‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 197 sur 440 · IL EST IMPOSSIBLE DE HAÏR DIEU · texte numérisé non relu

IL EST IMPOSSIBLE DE HAÏR DIEU

Par., 1, 109. Il y a un ordre dans l'univers. Chaque être est soumis à un instinct qui le mène à sa fin propre. Cet instinct qui n'existe pas seulement chez les animaux, mais chez les créatures intelligentes, porte l'homme droit vers le ciel où resplendit la tranquille lumière de Dieu et, lorsque son cœur est délivré de ses erreurs, il y monte aussi naturellement qu'un ruisseau tombe le long d'une pente,

Purg., XVIII, 35-39: « Combien se trompent ceux qui soutiennent que tout amour est louable en soi ! sa matière semble toujours être bonne ; mais toutes les empreintes ne sont pas bonnes, si bonne que soit la cire. » L'amour, tant qu'il reste en puissance, est un instinct {Purg., XVIII, 57) ; l'amour des premiers biens qu'on désire {dei primi appetibili Vafjetto) est comparé au zèle des abeilles à faire le miel, et il ne peut se tromper ; l'instinct ou amour naturel fut toujours Infaillible^ (/ù sempre senza errore, Purg., XVII, 94). « L'amour naturel est toujours droit, puisqu'il n'est pas autre chose que l'inclination qu'un être a reçue de la nature )) [S. Th., I, qu. 60, art. 1). Cet amour est donc en soi une excellente chose, laudabil cosa. Mais il est comme une cire molle, sur laquelle viennent s'imprimer les objets extérieurs ; si ces objets sont mauvais, l'empreinte est mauvaise; l'amour passé à Vacte est mauvais, bien que la cire [V amour en puissance) soit bonne.

Cet instinct, chez l'homme juste, doué d'un cœur pur, mène droit à Dieu ; car il n'est que l'instinct de notre âme à rejoindre sa fin, le Bien éternel (Par., I, 114 et 124-125).

2° // est impossible de haïr Dieu, et toute créature Vaime

plus qu elle-même.

L'amour est l'unique sentiment qui nous anime, et « comme cet amour ne peut perdre de vue le salut du sujet qui l'éprouve, les choses ne peuvent se haïr elles-mêmes. Or, nul être ne peut se comprendre comme existant par lui-même et indépendant de l'Être Suprême ; il s'ensuit que celui-ci ne peut être l'objet d'aucune haine » {Purg., XVII, 103).

1. Dante {Purg., XVII, 93 et suiv.) distingue l'amour en deux classes : amore naîurale, amore d'animo. Le premier, étant un instinct, est infaillible; mais l'autre peut errer, soit par excès, soit par faiblesse, soit en se trompant d'objet {malo obieîîo). Cet amore d'animo n'est pas, comme le mot le laisserait supposer, un amour adventice et volontaire ; il est naturel, comme l'instinct proprement dit ; seulement, à l'inverse de ce dernier, il est libre et soumis au jeu de la volonté. Il peut donc se tromper, mais il n'en est pas moins naturel (8. Th., I, qu. 60, 1) : « Tout homme veut naturellement le bonheur et de cette volonté naturelle résultent toutes les autres volontés, puisque ce que l'homme veut, il le veut en vue de cette fin. Par conséquent, l'amour du bien que l'homme veut naturellement comme sa fin est un amour naturel. «

338 l'amour r.T LA FEMME EN TOSCANE

6\ 77t., I, qu. GO, art. 5 : « Tout individu aime ualurellement plu? Iti bien de son espèce que son bien particulier. Or Dieu n'est pa& seulement k bien d'une espèce, mais le bien universel. De là vient que chaque être aime naturellenient Dieu plus que lui-même... Ceux qui ne voient pas Dieu dans son essence le connaissent par des effets particuliers qui sont parfois contraires à leur volonté : c'est en ce sens qu'on dit qu'ils haïssent Dieu, bien que tous les êtres l'aiment plu& qu'eux-mêmes, quand on le considère comme le bien universel de tout ce qui existe. »

3° U objet de tout amour est Dieu ; nous n aimons les choses quen Dieu,

Par., XXVI, 28 : « Le bien, en tant que bien, éveille l'amour et l'enflamme d'autant plus qu'il comprend en lui-même plus de bonté. C'est pourquoi l'âme dirige son amour vers cette Essence dont la nature est telle que tous les biens qui existent en dehors d'elle ne sont qu'un rayon de sa lumière. »

Par.f V, 7 : « Seule, la vue de la lumière éternelle allume toujours l'amour ; et si quelque autre objet séduit votre amour, c'est parce qu'il en recèle quelque vestige que vous discernez mal. »

« C'est l'amour du bien qui fait faire à tous les êtres ce qu'ils font, » dit saint Denis, cité S. Th., 1*11'', qu. 28, art. 6u

S. Th., l'IF, qu. 27, 1 : « Saint Augustin dit : On n'aime certainement que le bien seul... l'objet propre de l'amour, c'est le bien.., il est la cause propre de l'amour... On n'aime jamais le mal qu'en raison du bien, c'est-à-dire parce qu'il a en lui quelque chose de bon^ ou parce qu'on le prend pour le bien absolu... »

Coni^.j III, 2 : « L'âme humaine, qui est la plus noble des formes engendrées sous le ciel, a obtenu plus qu'aucune autre de participer à la nature divine. Et comme il est très naturel à Dieu de vouloir être (car l'être est la première chose et, avant lui, rien n'est), l'âme humaine, de toute sa force, veut être. Or, comme son être dépend de Dieu et ne se conserve que par lui, l'âme humaine désire naturellement et veut être unie à Dieu pour fortifier son propre être. Et comme dans les bontés d'une âme humaine se montre le principe de la bonté divine, il s ensuit qu'une autre âme s'unira n.aturellement avec les bontés de cette première âme par voie spirituelle, d'autant plus -s ite et plus fort qu'elles lui paraîtront plus parfaites... Et c'est cette union que nous appelons amour. »

Autrement dit : nous n'aimons une personne que parce que nous voyons en elle un reflet de Dieu ; car c'est Dieu seul que nous aimons, c'est vers lui que tend notre âme, en vertu de sa nature propre.

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