‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 199 sur 440 · Cino, sonn. Amor che vien · texte numérisé non relu

Cino, sonn. Amor che vien

Amor che vien armalo a doppio dardo Dal più levalo monte che sla mal mondo.

3. t Nelle man voslre, dolce donna mia, raccommando lo spirito che muore». Ps. xxx i Pater, in manus îuas commendo spiriîum meum.

4. Dixil auîem Maria: Ecce ancilla Domini ; fiai mihi secundum verbum luum (S. Luc, I, 38). — Dante, ch. Voi che inlendendo : Amor, signor verace, ecco VanceUa iua, facheti place.

Même chez l'irréligieux Cavalcanli, on relève le mot de rendula, t entrée en religion », appliqué aux dames qui se consacrent au service d'Amour (sonn. Se vedi Amore).

LES FIDÈLES d'aMOUR 341

Voici une oraison jaculatoire à Amour :

Cino, ch. Quando potrô io dir : a Aie pitié, Seigneur que j'adore toujours, Seigneur que j'implore, mon seul Seigneur, je te prie de m'exaucer I Aie pitié, vois que je meurs ! Vois combien j'aime, grâce à toi et grâce à toi combien je répands de pleurs ! Hélas, mon Seigneur, ne permets pas que mon âme douloureuse me quitte à force d'amour, elle qui fut si joyeuse de te sentir en elle, etc. », et la chanson continue à invoquer Amour comme on invoque Dieu, Dolce mio Dio, Signor i^erace, Signor possente che Valto ciel distrigni, Signor cui sempre adoro...

§ 2. Les Fidèles dWmour.

Ainsi prient ceux qui ont la foi d'amour, les Fidèles d'Amour. Ils sont fils de ces Confrères d^ Amour qui, en Occitanie, se considéraient comme une élite, avec d'autres lois, d'autres devoirs et d'autres inclinations que le reste de l'humanité. (Cf. I, ch. ix, § 4.)

Les Fidèles d'Amour sont les « nobles cœurs », les « cœurs amoureux » ^. Ils s'appellent aussi les « serfs d'amour » 2, car le culte de leur maître est un art, une science (Cino, sonn. Se mai leggesti) et aussi un terrible servage.

Ils ne forment pas un couvent, un cénacle, pas même une réunion mondaine, un hôtel de Rambouillet, une foire de littérature et d'élégance analogue aux Pays du pays d'Oc. Ils discutent entre eux des questions d'amour, mais par correspondance, et quelquefois sans se connaître autrement que de nom. Et ceux qui se lièrent d'amitié, Dante, Cino, adressent leurs meilleurs vers, non pas à leurs confrères, mais à ces vagues personnalités « qui passent par la voie d'Amour » ^, les nobles cœurs, les « dames », qu'ils n'ont jamais vues, qu'ils ne verront jamais, qui n'existent peut-être pas. Mais il leur plaît d'en rêver l'existence, car ils voient en eux des frères

Un Espagnol du xiv« siècle, l'archiprêtre de Hita, Jean Ruiz, a parodié, pour célébrer le triomphe du dieu Amour, le Te Deiim et le Benediclus qui venît {Hisl. /*«., XXIV, 541).

1. Dante dit {V. N., § 3) qu'il a envoyé son premier sonnet « à tous les Fidèles d'Amour ». Or le sonnet s'adresse « à toute âme éprise, à tout noble cœur ». Voilà donc la définition des Fidèles : les amoureux, les nobles cœurs. Elle est confirmée par le § 32 de la Vita nuova, où Dante dit que le sonnet Venite ad intender est adressé, lui aussi, aux Fidèles d'Amour. Or, il débute ainsi : « Venez entendre mes soupirs, ô nobles cœurs !» Et ce sont les mêmes personnages qu'invoque Cino dans sa chanson Cori genlili i « Nobles cœurs, serviteurs d'Amour. »

2. Le terme de « serfs d'amour » vient de chez nous ; on le rencontre dans le Breviari d'Amor et le Roman de la Rose.

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