Volgibile cor, sonn. de Dante Degno ui fa
6. Pourtant, Cino avait jadis traité Onesto de pourceau (^onn. Io son colui).
7. Après la mort de Dante, la Comédie fut attaquée aussi par Cecco d'Ascoli {Acerba, IV, 13) : « Ici on ne chante pas à la façon des grenouilles, ici on ne chante pas à la manière du poète qui imagine de vaines fictions... ici, on ne songe pas dans la forêt obscure... ici je ne vois pas qu'on fasse à Dieu la figue ; je laisse les sornettes et retourne à la vérité ; je fus toujours ennemi des fables. » Cecco se moque de Bcalrice [Acerba, I, 2) : « Ce corps, dit-il, n'a pas pu être divin, pas plus que le blanc
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devons pourtant les attribuer à ce mauvais ami. Dans le sonnet In i^erità questo libel, il traite la Comédie de centon {scisma cU poeti) et de plagiat {tira le cose altrui nelle sue reti) ; les jugements qu'elle porte sur les contemporains ne sont que caprice et iniquité. Et l'autre sonnet [masser Bozzon) affuble Dante de ce chapeau d'excréments humains dont il avait lui-même couvert les flatteurs en enfer ^.
§ 6. Les Fidèles sont éternellement les serviteurs d'Amour; ils ne s'occupent que d'amour et point de politique; leur insincérité.
Inconstant partout et toujours, Cino fut pourtant un Fidèle, car il ne cessa, au moins dans ses vers, de servir Amour ; il le servirait encore au delà du tombeau : « Je suis son sujet et son Fidèle, et la mort ne me séparera pas de lui » (sonn. Anzi che Amore). Les Fidèles , dès leur plus bas âge, sont, pour toujours, attachés au service de leur maître, comme le serf à la glèbe ^. « O mes soupirs, s'écrie Cavalcanti, sonn. Deh spiriti, dites à mon âme triste, qui parle dans la douleur, qu'elle fut et qu'elle sera toujours une âme d'amour !» — « Amour ne m'ôte point du cœur son épine, dit Dante (ch. loson venuto), parce que je suis décidé à l'y garder tant que ma vie durera, même si elle ne devait jamais finir. »
Sonnet du Vatican, Como cKAmor mi meni : « De quelque façon qu'Amour me traite parfois, je suis né dans sa troupe et je reste dans sa troupe et nulle autre vie ne me plaît, bien qu'il m'ait enlevé l'espérance ; les fidèles ne changent pas volontiers, ils souffrent et ils continuent, et c'est ce que je fais, hélas ! »
En effet, ils ne sont nés que pour s'occuper d'amour. Tel est leur caractère et l'inclination naturelle de leur âme. Comme Musset, ils ont « fait serment de vivre et de mourir d'amour ». Lorsque les déceptions ou la maturité le détourneront de la femme, c'est sur la philosophie, sur la théologie que Dante reportera l'ardeur qui le dévore et l'hyperbolique effusion de sa poésie ; mais cette philosophie et cette théologie deviendront des femmes, et cette ardeur restera de l'amour. La voie dans laquelle Dieu appela ces génies est unique,
ne peut être noir. » Il accuse Dante de peu de foi, le croit incapable de sortir de l'enfer et le soupçonne d'hérésie paur avoir dit dans son sonnet /• sono sîaîo que le son des cloches ne dissipe point la tempête. Le reproche, si Dante eût été encore vivant, eût été des plus périlleux ; Gecco d'Ascoli lui-même fut brûlé pour hérésie en 1327.
1. Les flatteries que Cino reproche à Dante sont sans doute l'hyperbolique élog^e de? Malaspina et de Gangrande, qui furent ses hôtes et ses protecteurs [Purg., VIII, 121 et suiv. ; Par., XVII, 70 et suiv.).
2. « J'ai appartenu à Amour dès mon jeune âge, » dit Gino (ch. S'io smagalo sono)% Dante, d'après la Viia nuova, commença son servage à neuf ans.
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rigide et inflexible ; ils sont, nous le verrons, des élus et des prédestinés ; ils sont « les nobles cœurs », ceux qui ont le privilège exclusif et l'obligation de Tamour.
Guido Guinicelli, ch. Donna Vamor mi forza : « Ah, Seigneur Jésus-Christ I ne suis- je né que pour être amoureux? »
Cino, ch. Deo poi rnïmi degnato : « Ah, Dieu ! ne suis-je donc né que pour souffrir et pour servir Amour? )>
Monte, sonn. Già non poria [Ajit. Rime, \) : « Ma bouche est incapable de dire à quel point j'appartiens à Amour, corps, cœur et âme, et combien je mets de fermeté à le suivre, de tout mon pouvoir et de tout mon courage. »
Pacino di ser Filippo Angioleri, sonn. Poi cliio son[Ant. Rime, V): « Je me suis consacré tout entier au service d'Amour, corps, cœur, esprit et science. »
Dante, ch. lo sento si d'Amor : « J'éprouve à un tel point le grand pouvoir d'Amour que je ne pourrai pas longtemps résister à mes souffrances ; c'est pourquoi je me lamente, car sa force augmente sans cesse et je sens la mienne défaillir ; elle diminue de jour en jour. Et pourtant Amour n'en fait pas autant que je le voudrais ; s'il régnait en moi autant que mon désir le demande, la force que m'a donnée la nature ne pourrait le supporter, car elle n'est pas infinie ; et voilà bien ce qui cause ma douleur : ma force n'égale pas mon désir. »
Et voici la marque la plus significative des Fidèles : ils ne s'occupent pas de politi(îue. En ces temps de luttes fratricides et de haines inexpiables, où, entre deux factions, il fallait bien en choisir une, pour ne pas être écrasé tour à tour par les deux ; alors que les biens et la vie de chacun étaient à la merci des événements de la rue ; quand, au coin de chaque borne, on risquait un coup de poignard et, sous chaque fenêtre, une pierre ou une flèche, ces étonnants Fidèles s'enfermaient dans leur tour d'ivoire, à l'abri des calamités publiques comme des accidents personnels, pour y soigner les blessures reçues au service de leur dieu et célébrer dignement ses louanges, loin des profanes. C'est au moins ce qu'ils nous disent.
Pacino di ser Filippo, sonn. Lo mio riposo (Ant. Rime, V) : « Sachez qu'Amour a tellement fait de moi son esclave que j'ai oublié tout ce qui n'est pas lui. Je ne m'occupe pas de politique, car Amour qui m'a nourri à son école ne le veut pas. »
En réalité, les plus purs de ces Fidèles furent des hommes de parti, versés dans les misérables intrigues de leurs municipes, briguant les fonctions publiques et en butte à l'âpreté d'un sort ennemi.
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Cavalcanti, Dante, Gino, Gianni Alfani et probablement Guido Guinicelli ^ furent exilés. Après avoir rempli de grandes charges à Florence, Dante, condamné à mort pour péculat, joue son rôle dans les expéditions militaires des bannis contre leur ville natale. Sa Comédie regorge de haines politiques qui embrasent les saints euxmêmes et font trembler le paradis {Par., XVII, 20). Eh bien, dans cet exil qui le sépare de sa famille ^, qui le réduit à manger « le pain amer de l'aumône », à monter en solliciteur les escaliers des grands, que regrette le plus cet irréductible partisan, ce théoricien du De Monarchia, cet homme si imbu de passion politique que, s'étant brouillé avec tous les partis, il fait « un parti à lui tout seul » {Par., XVII, 69) ? Il regrette d'être éloigné de sa dame I
Ch. Tre donne : « L'exil qui m'est infligé, je m'en fais un honneur... car il faut louer ceux qui tombent avec les bons. Et si l'éloignement ne me privait de voir la beauté qui est le but de mes regards et qui m'a mis en feu, je tiendrais pour léger le poids de mes malheurs. »
A vrai dire, il a commis une faute et il se la reproche : une faute contre la dame. Ce n'est point d'une imprudence, d'une légèreté, d'une maladresse politique que ce politicien s'accuse ; c'est d'une faute d'amour.
« Si l'éloignement ne me privait de voir la beauté qui est le but de mes regards et qui m'a mis en feu, je tiendrais pour léger le poids de mes malheurs. Mais ce feu a déjà consumé ma chair et mes os, et la mort met le pied sur ma poitrine ^ ; c'est pourquoi {onde), si j'ai commis une faute, bien des jours ^ sont passés depuis qu'elle est effacée, si une faute s'efface par le repentir ^. »
En vain allègue-t-on que le poète s'accuse ici d'une faute contre Florence. C'est méconnaître son orgueil. Il dit au contraire que son exil fut injuste, que les auteurs de sa condamnation sont coupables devant lui ^, qu'ils l'ont accusé aussi faussement qu'Hippolyte le fut par Phèdre et que c'est une trahison ourdie par ceux qui vendent
1. Si le poète est le môme personnage que Guido Guinicelli dei Principi.