Cf. II, ch. XIII
3. Le sonnet amor e cor genlil ne distingue pas, en matière d'amour, entre le rôle
360 l'amour et la femme en toscane
umilj les troubadours avaient donné comme partenaire l'amant umil ; le stil nuoi^o oppose à la Dame-ange un Homme-ange, aussi irréel qu'elle est impossible. Et ce fantôme, Dante croit l'avoir gonflé de sa propre substance; il a été l'Homme-ange, ou à peu près ; c'est ce que dit de lui Béatrice :
Purg.y XXX, 109 et suiv. : « Non seulement par l'influence des sphères célestes et la coopération des étoiles, qui dirigent chaque cause vers chaque fin ; mais aussi par l'abondance des grâces divines^ dont l'effusion provient d'une source si sublime que nos regards ne peuvent s'y élever, — celui-ci fut tel en sa jeunesse que toutes les vertus auraient eu en lui un merveilleux épanouissement ^. »
Comme la noblesse héraldique, la noblesse de l'âme est une noblesse de naissance ; elle est innée ; elle ne provient pas de l'exercice des vertus ; au contraire, c'est elle qui en est la source 2. Elle est une grâce spéciale de Dieu, conférée à quelques prédestinés. L'âme reçoit d'en haut cette benedetta e dii'ina infusione comme la « perle reçoit l'influence des astres » (Corn'., IV, 21).
Dès la génération ^, avant la naissance, se produit cette « divine infusion '^ », qui d'après le chapitre XXI du traité IV du Convwlo est la noblesse, et quiest l'amour, d'après le chapitre XXIIdu même traité ; car, nous le répétons, l'amour et la noblesse sont la même chose et cette chose est la bonté. « La noblesse est la bonté humaine ; elle est en nous le principe de tout bien » [Conv.^ IV, 21 ^).
joué par la femme et le rôle joué par l'homme. La dame a pour mission d'éveiller en l'homme l'amour, c'est-à-dire l'aspiration vers le bien Cternel. « Et l'homme, ajoute Dante, produit le même effet sur la dame. »
1. Conv., I, 16, Dante parle ainsi de lui-même: « Les âmes égales à la mienne, ce sont les âmes affranchies des misères et des plaisirs vils et des mœurs vulgaires, douées d'esprit et de mémoire. »
2. La noblesse provient si peu de l'exercice des vertus que les vertus ne sont que le reflet atténué de la noblesse.
Ch. Le dolci rime : » Ily a noblesse partout où il y a vertu, mais non vertu partout où il y a noblesse... Donc, toutes les vertus proviennent de la noblesse, comme du noir vient le pers. » Et Dante explique [Conv., IV, 20) : «Toutes les vertus proviennent de la noblesse. Je donne en exemple les couleurs, en disant comme du noir vient le pers. Le pers est une couleur mélangée de pourpre et de noir dans laquelle le noir domine ; c'est de lui qu'elle reçoit son nom. De même la vertu est une chose mêlée de noblesse et de disposition défectueuse [passione ; ce mot très élastique signifie ici disposition passive, souffrante, etc.) ; mais comme en elle la noblesse domine; c'est de la noblesse que la vertu reçoit son nom, et on l'appelle bonté. »
3. Dante expose en cet endroit {Conv., IV, 21) la théorie de la génération uniquement pour faire comprendre que la noblesse est en nous le principe de tout bien.
4. Conv. y IV, 22 : Délia divina bonlà in noi seminata ed infusa, nasce un rampollo, etc.
5. Conv., IV, 20 : « C'est de la noblesse que la vertu reçoit son nom et on l'appelle bonté.