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CHAPITRE IX LA DOULEUR ET LA MORT

§ 1. Caractère essentiellement douloureux de l'amour (3&3). — § 2. Le coup de loudre et la bataille d'amour (386). — § 3. L'amour insidieux (388). — § 4. La douleur (388). — § 5. L'amour de la douleur ; l'apitoiement des stilnuovistes sur eux-mêmes ; l'avilissement par la souffrance ; les Fidèles de la douleur (391). — § C. Les liens de l'amour et de la mort ; l'appel à la mort ; le suicide (394). — § 7. Les trois espèces de mort du siil nuovo (398). — § 8. L'amour est parfois considéré comme un sentiment doux et consolant (400).

§ 1. Caractère essentiellement douloureux de V amour.

L'essence de l'amour, son caractère intime et nécessaire, c'est la douleur : tel est le principe fondamental du stil nuovo.

« Amour est ce grand maître qui tue ceux qui le regardent ; Amour est ce maître qui m'a tenu longtemps sous la menace de la mort a {Gino, ch. Uuom che conosce ; sonn. Graziosa giovanna).

« Amour est la mort du cœur et la douleur de l'âme, et une fois qu'il a atteint le but, tout secours est inutile » (Gino, sonn. Ben è si forte cosa).

« Amour est un esprit qui tue ; il naît de la beauté, provient du regard et, comme un dard, il blesse le cœur et domine et détruit le corps, car il lui arrache la force et la vie, sans la moindre pitié, comme me le disent mon imagination enflammée et mon âme, égarée dès qu'elle a vu ce maître.

« Ah ! comment mes yeux ont-ils eu Faudace de regarder une dame que j'ai rencontrée et qui m'a blessé le cœur de tous côtés I

« Ah ! fusse- je mort quand je la vis ! Je n'ai eu depuis que pleurs et douleurs et je sais bien qu'il n'en sera jamais autrement ! » (Gino, sonn. Amor è uno spirito).

« Messire, écrit Gino à Onesto, le mal qui siège dans la mémoire et qui tient le cœur sous ses pieds, rien n'en procède plue, à jamais, que de la douleur, dès qu'au moyen des yeux il a rais en œuvre sa puissance.

384 l'amour et la femme en toscane

a Et tel est le fruit que j'en retire et que j'en ai retiré, depuis que, pour mon malheur, j'ai éprouvé la force de sa tyrannie, quime donne envie de mourir en servant sa loi.

« Ce n'est pas un bienfaiteur, il ne fait que tuer ; et si vous, messire, vous avez pu échapper à sa puissance, vous en êtes redevable à la Fortune, qui seule peut lui résister » (sonn. Messer lo mal ; cf. sonn. Amor che ^ien).

Sonnet du Vatican, Uomo non fù : « Nul ici-bas n'a jamais aimé loyalement sans souffrir, nul amant n'a passé une heure dans la jcie, n'est resté une heure sans douleur ^. »

C'est qu'indépendamment du long cortège de malheurs, de trahisons, de remords, de ruines, de crimes, de suicides qu'il traîne après lui ^, l'amour est terrible à ses serviteurs, même lorsqu'il use, pour les prendre au piège, de la plus douce des femmes, ou du masque de la sainteté. Amor vulnus^ disent les mystiques. Même partagé, l'amour déçoit l'éternelle illusion des cœurs sensibles ; la promesse de bonheurs chimériques, l'exaltation passagère de sentiments qui ne peuvent se maintenir au diapason dessèchent l'âme, retombée inévitablement dans les médiocrités journalières. L'image de l'adorée, sa continuelle obsession éteint tout dans l'homme et le dévore. « Mon esprit naturel (c'est-à-dire mes forces vitales), dit Dante, commença à être gêné dans ses fonctions parce que mon âme s'absorbait tout entière dans la pensée de cette très noble dame. C'est pourquoi je devins en peu de temps si faible et si débile que ma vue était pénible à beaucoup de mes amis. »

Mais l'impitoyable dieu n'a pas besoin de l'aide du temps, ni de la complicité de la dame ; il lui suffit de la montrer une fois à son Fidèle, de lui faire afî-ronter le feu de ses regards : il est perdu. Amour frappe par coup de foudre, dès la première rencontre et sans même que la dame s'en soit aperçue. « La lumière de ses yeux, gémit Guido Caval-

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