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C'est la règle générale, mais il y a des exceptions

LE COUP DE FOUDRE ET LA BATAILLE d'aMOUR 387

but, il tua mon cœur. Mon cœur mourut en ce moment, Dame, et vous ne vous en aperçûtes pas ; vous ne connaissez pas votre puissance. Mais ma pitoyable apparence vous l'a fait comprendre ; vous vous écartez avec orgueil et ne voulez pas m'accorder merci. »

Cino, sonn. Se questa gentil donna: « Si cette noble dame vous salue, ne regardez pas dans ses yeux, car il en est si mal advenu à mon cœur que mon âme ne se soucie plus de rester avec lui.

« Mon cœur dit bien qu'il a vu la mort ; mais pourtant il ne veut voir qu'elle (la noble dame) ; il refuse pour elle la vie et le bonheur et je m'en irai bientôt de parmi vous.

a Alors, de mon corps vous tirerez le cœur et vous y lirez ce qui me fait dire que vous ne devez pas regarder dans les yeux de ma dame ; car vous y trouverez écrit : Amour, avec le nom qu'il (Amour) prononça quand il vint me frapper, armé de sa beauté (de la beauté de la dame). »

Cino, sonn. Madonna la beltà : « Madame, votre charme a rendu mes yeux si fous qu'ils ont mené mon cœur à la bataille où l'a tué Amour, qui de votre beauté sortit tout armé, de telle sorte que, du premier coup, il l'a abattu et est resté maître... et il s'est emparé de mon âme qui fuyait, pleurant de douleur...'»

Amour peut même frapper hors de la présence de la dame, sans qu'elle ait jamais été vue, le propre jour de sa naissance (Dante, ch. E m*incresce ; cf. III, chapitre vu, section deuxième). Car Amour est un guerrier, moins valeureux que Mars, mais plus impitoyable. Sa lance et ses flèches ne sont pas des armes de parade ; il est né pour frapper et tuer. En Toscane comme en Occitanie, les rencontres d'Amour sont des batailles. L'imagination vigoureuse de Guido Guinicelli et de ses émules a développé en tableaux saisissants ces images un peu usées.

Cino, sonn. Bella e gentile : « Amour m'écoute, puis il s'irrite et pousse contre moi son cri de guerre. »

G. Guinicelli, sonn. Dolente lasso : « Hélas ! je souffre et ne puis me rassurer ; tu m'attaques. Amour, et me combats ; sous ton choc, je chancelle et tu me jettes à terre immédiatement, comme le tonnerre frappe le mur et comme les grands coups de vent abattent les arbres. *

Id., sonn. Lo vostro belsaluto : « Le beau salut, le noble regard que vous me jetez lorsque je vous rencontre me tuent. Amour m'attaque et peu lui importe de me faire du mal ou du bien. Il m'a lancé au milieu du cœur un dard qui l'a traversé et fendu ; je reste sans voix, la souffrance me consume comme ceux qui se voient mourir. Amour

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passe par les yeux, comme le tonnerre entre par la fenêtre de la tour et frappe, fend et met en pièces ce qui se trouve dedans. Je reste comme une statue d'airain où ne subsiste ni vie, ni intelllîrence et qui n'a de l'homme que la forme. »

V. N., sonn. ColValtre donne : « Quand Amour me rencontre près de vous, il prend tant d'orgueil et d'assurance qu'il frappe parmi mes esprits épouvantés, tue l'un, chasse l'autre, etc. »

§ 3. Uamour insidieux.

Ce sanguinaire guerrier sait, au besoin, se masquer de douceur et prendre les apparences de l'ange pour mieux tromper ses victimes. Comme les coquettes, il donne des espérances jusqu'au jour où il s'est rendu maître de l'homme qu'il veut asservir. Au lieu de le foudroyer, il prend plaisir à lui faire goûter l'hypocrite douceur des premiers émois qui, arrachant l'âme aux tracas de l'existence courante, lui promettent la consolation, la joie et la paix pour la plonger ensuite dans un abîme de maux.

Cino, sonn. Novellamente Amor : « Je sais comment Amour dément ses promesses, dès qu'il voit son dard fixé dans le cœur. »

Cino, ch. Cori gentili : « Amour fait l'aimable jusqu'au moment où il se voit bien maître ; et, dès qu'il est maître, il martyrise et il tue ; il n'y a pas longtemps que je connais sa fraude et c'est trop tard ^. »

Lapo Gianni, ch. Amor noi^a ed antica : « Amour, à ta première apparition tu te montres sous les traits d'un ange, ton vol apporte le plaisir et la joie. Hélas ! quelle est la sottise de ceux qui mettent leur espoir en ta bonne foi ! »

Dino Frescobaldi, ch. Un sol pensier^ se dit à lui-même : « Comme dans sa beauté (la beauté de la dame) tu avais désiré tout le bonheur, il faut que tout le malheur s'appesantisse sur toi ; car ce charme, dont la douceur t'ou\Tit d'abord le cœur si suavement, y entra doux et modeste et maintenant, dédaigneux, il s'est éloigné. »

§ 4. La douleur.

L'amour n'est pas moins redoutable sous cette seconde face. Les Fidèles eux-mêmes, ceux dont le devoir est d'aimer, ne parlent du dieu qu'avec crainte. Leur cri de douleur domine de sa note aiguë tous les chants du stil nuoço.

G. Guinicelli, sonn. Se sono angoscioso : « Je suis si plein d'angoisse et de douleur, et de soupirs et de regrets, que je ne sais ce qui pourrait

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