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LA DOULEUR

me sauver, ni quel pourra désormais être mon sort; j'ai changé de nature, comme la feuille tombée de la branche. »

Id., sonn. Ch^eocoreai^esse : « Avant que je fusse amoureux de vous, je pouvais me louer d'avoir un cœur ; mais maintenant nous nous connaissons depuis trop longtemps et il est devenu terrible et méchant.

«Car souvent il me fait passer de la glace au feu et de l'ardeur à la jalousie et il m'enfonce si profondément dans mes pensées que je semble en vie, alors que la mort se cache en moi.

« Je porte en moi la mort cachée et j'ai une telle inimitié pour mon cœur qu'il me menace toujours de bataille.

« Et celui qui veut s'en assurer, qu'il regarde, s'il sait lire l'amour: je porte la mort écrite sur ma figure. »

G. Calvalcanti, sonnet Ciascuna fresca : « Mon cœur, brûlant dans mon corps consumé, fait de moi une torche. »

Id,, sonn. A me stesso di me : « Ma vie est pire que toute angoisse. »

Id.y sonn. Perche non foro : « Pourquoi mes yeux ne se sont-ils pas éteints, pourquoi ne me les a-t-on pas arrachés? tu ne serais pas venue dans ma mémoire me dire, grâce à eux : Ecoute, me sens-tu dans ton cœur ?

« Une peur d'étranges tourments m'assaillit alors, si cruelle et si aiguë que mon âme cria : Dame, au secours, ne nous laisse pas dans la douleur, les yeux et moi.

« Tu as entouré mes yeux d'un tel bandeau qu'Amour plein de pitié vint pleurer sur eux et on entend une voix profonde qui dit : Que les plus malheureux regardent cet homme et ils verront la mort saisir dans sa main son cœur coupé en quatre. »

Id., sonn. S'io prego questa : « Mon âme douloureuse pleure parmi les soupirs qu'elle trouve en mon cœur, de sorte qu'ils s'échappent baignés de larmes.

« Alors apparaît dans ma mémoire la figure d'une dame pensive qui vient voir mourir mon cœur ^ »

1. G. Cavalcanti, sonn. Noi siam le Irisle. La douleur d'amour s'étend jusqu'aux objets matériels : « Nous sommes les tristes plumes déconcertées, les ciseaux et le canif douloureux qui avons douloureusement écrit les vers que vous avez entendus. »

Id., bail. / prcgo voi : « Si vous entendiez comme mon cœur gémit, vous trembleriez dans votre cœur I il me dit des paroles si douces qu'en soupirant vous diriez i Pitié ! Et vous ne pourriez qu'entendre, car nul autre cœur (que le mien) ne pourrait penser ni dire quelle est la douleur qu'il me faut souffrir ! »

Id., bail. Vedele c/i'/o son : « Voyez que je vais pleurant, exemple des sentences d'Amour, et je ne trouve personne d'assez compatissant pour que son cœur soupire une seule fois à ma vue.

« Une nouvelle douleur (un nouvel amour) est venue dans mon cœur, elle méfait pleurer et gémir ; et souvent, la mort pleine d'angoisses me salue de si près que les

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Id,, bail. La forte e nuc^a mia^ : « Ma terrible et nouvelle disgiâce a détruit dans mon cœur tous mes doux pensers d'amour.

« Elle a tant dévasté ma vie que ma noble et charmante dame a quitté mon âme anéantie et que je ne vois plus où elle est. Il n'est pas resté à mon esprit assez de force pour qu'il puisse, en rien, comprendre sa valeur.

« Une pensée aiguë vient me tuer, qui me dit que je ne la verrai jamais. C'est un tourment sauvage et désespéré qui détruit, déchire, brûle et remplit d'amertume...

« 0 mes vers, abattus et peureux, allez où il vous plaît d'aller et, toujours craintifs, invoquez le nom de ma dame en soupirant 1 Moi je reste dans mon malheur et ceux qui me regardent voient la mort sur ma face. »

Gino, sonn. Si doloroso : « Je n'ai d'autre envie que la mort. »

Id., sonn. Signor io son colui : « Amour m'a blessé si fort que je n'en réchapperai pas. C'est pourquoi je m'en vais pensif, en tenant ma main sur mon cœur ; car j'y sens une telle souffrance que je dis souvent : Je vais mourir ; et mes gestes et mon aspect sont ceux d'un homme qui meurt. Je meurs en vérité. Amour me tue ; il m'attaque avec tant de soupirs que mon âme s'échappe et fuit... »

Id., sonn. 0 giorno di tristizia: « 0 jour de tristesse et de dommage, heure et moment mauvais où je naquis, uniquement pour donner au monde l'exemple de l'amour, de la peine et du chagrin I

« Si on réunissait dans un corps tous les supplices que les âmes supportent en enfer, et si on le ramenait sur la terre, on ne verrait pas en lui autant de souiTrances qu'en moi.

gens s'en aperçoivent et disent entre eux: Celui-ci souffre et, s'il faut en juger par son visage, son âme doit endurer d'étranges martyres. »

Jd., Gli occhidi quella: « Quand mon âme me parle d'elle (de ma dame), j'entends 1« frémissement de mes soupirs ; et je vois accourir de tous le côtés des supplices qui consument de douleur mon corps ; toutes mes facultés m'abandonnent et je ne sais plus où je suis ; il me semble être aux mains de la mort. »

l.Cino.sonn. Senza lormenlo : «Depuis que mes yeux se sont fixés sur la beauté de ma dame, jen'aipas vécu une heure sans soupirs, sans tourments, sans voir la mort.

« Je ne croyais pas, Amour, que tu blessasses les hommes quand tu les flattes et moi qui ne faisais que regarder et admirer, comment m'as-tu fendu le cœur d'un mortel coup de lance?

« Je pensais, au contraire, que, venant de si beaux yeux, tu apportais de douces heures; je ne croyais pas que tu fusses un maître âpre et dur, traître au point de te réjouir de mon chagrin et de t'amuser à voir les larmes couler de mon cœur. »

Cf. Cino, sonn. Nelle man vostre et Giusto dolore.

Parmi les Italiens qui ont écrit tantôt dans l'ancienne manière, tantôt dans la nouvelle, il faut citer, comme exemples de douleur, Monte, dont une suite de sonnets «st très caractéristique {Anl. Rime, IV, sonnets 527-544) et Rustico di Filippo {Anî. Rime, V, sonn. Tant è lo cor meo ; Dovunque io vo ; Amor, pot chè U mio mal).

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