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L AMOUR DE LA DOULEUR

« C'est toi seul, Amour, qui m'as mis dans un tel état, qui as fait de moi une source de supplices, un lieu de maie aventure et de tristesse ; tu me fais habiter la glace et la flamme, et c'est de pleurs, d'angoisse et de soupirs que tu nourris mon cœur douloureux et désespéré. »

Id., ch. Comin quegli occhi : « Je suis l'image visible de la mort. Mon ombre devrait épouvanter les hommes ; ce serait une charité de me tuer... En ce monde je n'aurai jamais que le malheur, je ne connaîtrai pas la joie ; il eût été meilleur qu'un tel homme ne naquît jamais ! »

Id.j ch. lo non posso celar ; ch. Da poiche la natura : « Chanson, je t'ai composée de larmes et écrite dans la tristesse de mon cœur.., Pleine de chagrins et de soupirs, née des larmes et de la douleur, pars, ma chanson, pleure et va désolée... »

Id., ch. 5' 10 sono sinagato : « Mon corps souffre tant qu'il appelle la mort sans délai, de toutes ses forces... Au nom de la pitié, je prie quiconque verra ma peine et mon tourment de prier Dieu de me faire mourir. »

Id., sonn. Se inerce non maita. Ce sonnet est fort banal, mais dans ses onze premiers vers on trouve une fois muore, une fois sospiri, cinq fois la douleur (dolorosi, dogliosi, dolore, doglia, dolorosi), une fois l'angoisse, une fois la tristesse.

Dino Frescobaldi, ch. Poscia che dir : « 11 me semble entendre une voix qui implore, une voix qui parle avec pitié, vaincue et tremblante, €t qui vient à vous pour obtenir la paix à celui qui attend la mort comme le terme de son supplice. »

§ 5. U amour de la douleur j V apitoiement des stilnuovistes sur eux-mêmes; V avilissement par la souffrance; les Fidèles de la douleur.

Que ce fastueux étalage de douleurs ne nous émeuve pas trop; les stilnuovistes s'y complaisent, y goûtent la plus irritante des voluptés. « Je regarde dans les prés, dit Cino, toutes les fleurs blanches, en souvenir de celle (Selvaggia, du parti Blanc) qui m'a rendu si avide de soupirs que j'en réclame encore » (bail. lo guardo). Les compagnes de Béatrice ne veulent pas être consolées : « Laisse-nous pleurer et aller tristement, ce serait un péché de nous consoler» {V. N., sonn. Se* tu colui).

Les poètes du stil nuovo saisissent volontiers le prétexte de pleurer et de s'apitoyer sur eux-même^s.

G. Cavalcanti, sonn. A me stesso di me m lime prend pitié de moi-

même, à cause de la douloureuse angoisi^rc où je me vois... Dans l'excès de ma faiblesse, je vois mon âme se vêtir de peine... Je me consume tout entier, parce que je sens bien que ma vie est pire que toute angoisse. »

Dino Frescobaldi, sonn. Per tanto pianger : « Mes yeux pleurent tant qu'ils forceront tout le monde à s'apercevoir de la peine amère de mon cœur, blessé de coups méchants.

« Car mes esprits douloureux, qui vont demandant pitié et n'en trouvent pas, ont quitté, vaincus, ma face pâle et déconcertée, et ils ne savent plus y revenir.

« Tels sont les pleurs qui attristent mes yeux et rendent mon âme peureuse et lâche, par la pitié quelle prend d'elle-même.

« Ah ! flèche aiguë et subtile, qui, à travers le flanc, m'as fendu le cœur, comme il est bien mort celui que vise ton coup ! »

V.N., sonn. Spesse fiate : «Souvent me revient à la mémoire la triste condition où me réduit Amour et je m'apitoie au point de dire : Hélas ! cela est-il jamais arrivé à personne? »

Dante, ch. E m'incresce : « Je m'apitoie si malheureusement sur moi-même que cette pitié m'apporte autant de douleur que le martyre que j'endure. »

Cino, sonn. Non vaccorgete : « Je m'en vais déconcerté, pâle comme un mort ; et je porte tant de peine dans mes yeux que je n'ai plus la force de les lever. Et quand quelqu'un me regarde avec compassion, mon cœur se fond dans les pleurs et mon âme se lamente tant que je pousse des cris I »

C'est ainsi que Dante, cingle par l'ironie de Béatrice (Piirgf., XXX, 55-58, 73-76), reste immobile et muet, mais éclate en sanglots lorsqu'il entend les anges intercéder pour lui (XXX, 85-100). « Les malheureux, dit-il [V. N., ^ 35), se mettent plus vite à pleurer, quand ils s'aperçoivent qu'on compatit à leurs souffrances. »

Aussi cherchent-ils chez autrui cette compassion qui soulage, en le faisant éclater, leur cœur gonflé de trop d'amertume ^ :

« Les gens les plus joyeux du monde, dit Cavalcanti (sonn. L'anima mia ç^ilmente), pleureraient sur moi de pitié, s'ils voyaient s'enfuir mes esprits. » Et il se désole de ne pas rencontrer sur sa route ces

1. Cino, // dolur grande : « Mes yeux qui pleurent, font pleurer ceux qui s'aperçoivent de mes larmes. »

V. .Y., sonn., L'amaro la grimar : « Les larmes amères que vous avez si longtemps versées, ô mes yeux, faisaient pleurer les autres personnes. »

V. N., eh. Gli occlii dolenti : «Quand je me trouve seul, mon cœur se fond en gémissements de douleur, en pleurs d'angoisse, de manière à inspirer du regret à ceux qui pourraient me voir. »

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