Omne animal irisle posl coïlum
2. Ils restent deux ou trois ans enfouis sous terre pour palpiter quelques jours au soleil, aimer et mourir, sans même voir naître leur descendance.
3. Giacomino Pugliese, ch. Morle perche m'hai. Mon. Cresl. ; deux anonymes, •Mon. Cresl. : Dis pielala morte; Morle fera; Guittone, ^/li morfe yii/ana; sonnet anonyme Un di si venne, dans Fraticelli, Canzûniere di Danle, etc.
LES LIENS DE l'aMOUR ET DE LA MORT 395
poichedelmio mal, Nann., I) : « O mort, celui qui t'appelle dure mort ne ressent pas ce que je souffre; si tu me tues, tu me secourras, il n'est pas de tournent égal à ma vie. 0 mort, pourquoi n'emportes-tu pas mon âme, ne l'emportes-tu pas hors du monde? »
Enfin, les stilnuovistes. Lapo Gianni, dans une chanson puérile, O morte délie cita, invective la mort, mais d'autres trouvent en leur cœur des accents sincères :
Guido Gavalcanti, sonn. Morte gentil: « Noble mort, guérison des malheureux, grâce, je te demande grâce à mains jointes I viens me voir et prends-moi. Amour me fait supporter des douleurs pires que les tiennes... C'est toi seule, mort, qui peux m'arracher des mains d'un tel ennemi... »
Dino Frescobaldi, ch. Morte a^i^ersara: «Viens à moi, ô mort ennemie, puisque je suis content de ton approche ; ne me dédaigne pas parce que je te prie et ne me tiens pas pour lâche parce que je soufîre. Tu vois bien que je ne cesse pas de pleurer, et tu m'as marqué de ton noir et funeste signe, depuis que tu sais que, pour moi, vivre est un mal. Je craignais jadis de te regarder en face, cruelle, mais je suis rassuré et si ta pensée vient m'embrasser, je la baise sur la bouche. »
Cino, ch. Deo poi m'hai : « Maudits soient le jour, l'année et le temps où je naquis! Ah! mort qui me dédaignes, que ne m'emportestu, puisque finalement tu dois le faire I je voudrais bien que tu écoutasses mes prières. Mort, au nom de Dieu, tue-moi ; ne sois pas si méchante pour moi, je sais que tu connais mon désir ; viens, oui, viens et arrache-moi à l'amour ; il est juste que mon cœur périsse, puisqu'il est devenu si fou ! »
Cino, bail. Poi che di doglia : « ... et je dis que mes esprits sont morts, et aussi mon cœur, qui subit tant d'assauts et n'a que peu de vie ; et, si mourir n'était pas pour moi un plaisir, mes malheurs feraient pleurer de pitié Amour. »
Cino ou Rinuccino, Questa leggiadra donna : « Je m'en vais, content de mourir ; dans l'excès de ma douleur, j'appelle la mort comme si elle était loin, et elle me répond dans le cœur. Quand je l'entends si près, je recommande mon esprit à mon Seigneur, puis je lui dis : Tu me parais douce et simple. »
Dante, après avoir lancé contre la Mort, à l'instar de Lapo Gianni, une philippique un peu enfantine (sonn. Morte villana), s'abandonne au charme funèbre de la douleur et, sur la tombe de Béatrice, devient le doux amant de la déité inexorable qui, pour avoir porté la main sur la dame, s'est à jamais ennoblie à son contact, y a gagné jeunesse, grâce et beauté.
396 l'amour et la femme en toscane
Ch. Donna pietosa: « Mort, je le tiens pour très douce ; tu dois désormais être une noble chose, puisque tu as été dans ma dame ; tu dois être pitoyable et non irritée. Vois, je viens à toi, si désireux d'être des tiens que je te ressemble véritablement. Viens, mon cœur t'appelle ^ ! »
Gh. Gli occhi dolenti : « Souvent, quand je pense à la mort, il m'en vient un désir si suave que je pâlis. »
Ch. Quantunque ^oltc : « Toutes les fois, hélas ! que je me rappelle que je ne dois jamais revoir la dame, je suis si affligé et mes douloureux souvenirs assemblent tant de peine autour de mon cœur que je dis : Mon âme, que ne t'en vas-tu? Car les tourments que tu auras à supporter dans ce monde qui est déjà si dur pour toi remplissent ma pensée d'épouvante. Et j'appelle la mort, comme mon doux et suave repos. Je lui dis : Viens à moi, avec tant d'amour que j'envie quiconque meurt. Dans mes soupirs se forme une voix de pitié qui va appelant toujours la mort. C'est vers elle que se tournèrent tous mes désirs, lorsque ma dame fut atteinte par sa cruauté... »
Avec plus de paix et de sérénité, parce qu'aux larges ondes d'amour qu'il répandait sur le monde ne se mêlait aucune source trouble, et parce que son cœur adorait avec tant de confiance la volonté divine qu'elle lui paraissait toujours bienveillante dans ses apparentes cruautés, saint François avait béni « notre sœur la Mort », aussi sincèrement que « notre sœur la Terre » et « notre frère le Soleil » : « Loué sois-tu, Seigneur, pour notre sœur la mort du corps. »
Moins simple, à coup sûr, est ce goût de la mort qui a voilé de deuil et de mystère les événements de la Vita nuova et tout estompé de son triste enchantement. A peine Béatrice paraît-elle que sa mort nous est annoncée [poi sen gisse ^erso il cielo piangendo) ; son amie meurt (§ 8) ; son père meurt (§ 22). Dante lui-même est sur le point de mourir; sur son lit de souffrances, il «appelle souvent la mort )) (ch. Donna pietosa) et sentant que son corps, « encore sain », va peut-être bientôt périr, il songe que, nécessairement, il viendra un jour où la très noble Béatrice, elle aussi, devra mourir. Tu mourras ! disent au poète de vagues fantômes ; tu es mort ! lui répètent-ils. Et des dames échevelées se précipitent dans les rues en pleurant, les oiseaux tombent foudroyés dans leur vol, la terre tremble, le soleil se cache, les étoiles versent des larmes ; et un homme apparaît, tout
1. F. iV., § 3. ces vers sont ainsi paraphrasés : « Très douce mort, viens à moi et ne me sois pas méchante, car tu dois être noble, tel est le lieu où tu entras! Viens donc à moi, tu vois que je porte déjà tes couleurs ! »