‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 236 sur 440 · Tesorello, de Brunetto Latini · texte numérisé non relu

Tesorello, de Brunetto Latini

420 l'amour et la femme en toscane

qu'avec beaucoup de réserve ces détails intimes ; avant de les prendre au pied de la lettre, de les considérer comme historiques, il faut voir s'ils ne sont susceptibles d'aucune interprétation symbolique ou littéraire.

§4. Où. chercher les preiwes de la réalité des dames du n stil nuovo))?

Cherchons ailleurs. Sur de petits événements, d'obscures anecdotes de leurs amours, ces poètes échangèrent, en guise de correspondance, des sonnets qui diffèrent singulièrement du reste de leur œuvre. C'est là que se rencontrent les preuves de la réalité de Lagia, de Vanna, de Béatrice. Nous préférerions, à coup sûr, les demander à la tradition contemporaine ou aux documents officiels. Grandes dames, les amantes des troubadours ont laissé leur trace dans l'histoire; mais comment retrouver, à travers les siècles, ces filles de Toscans ignorés, alors que les poètes, alors célèbres, qui les chantèrent, restent euxmêmes pour nous des inconnus? G. Guinicelli est-il Guinicelli dei Principi ou Guinicelli di Magnano? A-t-on pu identifier Lapo Gianni? De Gianni Alfani, nous ne savons que ce que ses œuvres nous apprennent. Comment donc espérer l'aubaine de quelque renseignement historique sur les figures effacées des bourgeoises à qui ils dédièrent leurs vers?

§ 5. Sehaggia Vergiolesi.

Or, nous avons la bonne fortune que l'existence d'une de ces fenpimes, issue d'un personnage important, soit historiquement constatée.

A Pistoie, déchirée par les factions, vivait Filippo Vergiolesi, un des principaux chefs des Blancs. Son frère avait été tué par les Noirs, Son fils ^ avait assassiné un Noir d'importance, Detto Cancellieri, avec la complicité de son parent, Focaccia Cancellieri. Celui-ci, un des hommes les plus féroces de l'époque (/n/., XXXII, 63), était marié, suivant les probabilités, à la fille de Filippo Vergiolesi, Selvaggia, qui mourut au château de la Sambuca vers 1311.

L'héritière de cette famille sanglante, l'épouse de ce noir scélérat, est-elle la dame rebelle et sans pitié que Cino a chantée sous ce même nom de Selvaggia^ ?

On le croyait, sur la foi d'un ancien auteur, Alfaruoli. Mais on a récusé son témoignage, et c'est dans l'œuvre même de Cino qu'il nous faut retrouver la Vergiolesi.

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