cil. Tre donne, quel che lacère è belle
qui est le Christ ! Comment Dante, ce bon chrétien, ce repenti, ce pénitent, ce sermonneur, a-t-il pu, non pas caresser un instant dan$ son imaf^ination, mais traduire en vers qu'il deslinait à l'immortalité un sacrilège aussi patent et, par certains côtés, si puéril? Comment? Ce (( poème sacré auquel le Ciel et la Terre ont mis la main » reposerait tout entier sur l'amour d'une jeune femme, devenue le centre du monde, le centre de l'histoire de la Chrétienté, puisque, réfléchissant dans ses yeux la double nature du GrifTon, tantôt l'homme, tantôt le Dieu (Purg.^ XXI, 123), elle trône sur le char précédé par les Patriarches, flanqué par les Évangélistes, suivi par les Apôtres et qu'elle s'y démène en maître, « comme l'amiral sur son navire » ! {Purg., XXX, 58).
0 petite Florentine, qui abritiez vos jours modestes au sein d'une cité commerçante, le rêve d'une pareille gloire efïleura-t-il jamais votre imagination un peu simple? Certes, votre amant a tenu sa promesse (V, iV., § 42); il a dit de vous ce qui n'avait jamais été dit d'aucune autre ; les plus fanatiques adorateurs de la femme, les pires sectateurs de l'amour n'osèrent point un pareil délire. Femme gracieuse et inconsistante, tout le génie de votre poète ne peut me persuader que vous régnez sur le catholicisme. Ce n'est pas votre image qui guide les fidèles, ce n'est pas la beauté qui mène au salut. Vous êtes forgée de toutes pièces ; vous n'êtes qu'une chimère, un rêve, un fantôme aérien hantant l'imagination d'un lettré. Vous n'êtes qu'un nom de femme appliqué à une abstraction.
Mais non ; vous avez vécu. Si Dante vous avait inventée, il aurait effacé de votre radieuse figure les petites imperfections qui ne nous permettent pas d'oublier que vous fûtes une. fille des hommes, une femme comme les autres, moqueuse, rancunière et jalouse. Ce gab, ces reproches « venimeux », voilà la preuve certaine de votre existence. Je sais bien que les anges vous réclament pour compagne, en disant à Dieu que, sans vous, le paradis reste incomplet, car vous êtes le miracle, l'être mystique aux destinées duquel préside le nombre neuf. C'est du moins ce que prétend votre amant, dans le paroxysme de son exaltation jittéraire. Mais l'habit de clarté dont il lui a plu de vous vêtir n'a pas ébloui ses propres yeux au point de lui cacher toujours vos vraies formes, et il nous les laisse deviner, par échappées rapides, en quelques traits caractéristiques. Vous ne fûtes pas toujours bonne... je n'en doute plus, vous avez vécu.
Mais Dante, après avoir dépeint, dans la Vita nuova, la Donna gentile comme réelle, plus réelle encore que Béatrice, puisqu'elle ne se relie à aucun nombre mystique, nous assure solennellement