‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 245 sur 440 · Rocca, op. cil., p. 57, note · texte numérisé non relu

Rocca, op. cil., p. 57, note

4. Chose grave, l'Ottimo, qui a connu et quelquefois cité le commentaire de ser Graziolo, ignore la Portinari. Or il est grand conteur d'historiettes et n'aurait pas laissé échapper ce détail important. C'est donc qu'au moment où il écrivait, la lacune n'avait pas encore été comblée, au moins dans les textes qu'il avait sous les yeux.

5. « E fà moglie (Vun cavalière de' Bardi. chiamalo messer Simone » (commentaire à VInferno). Ce commentaire fut écrit assez longtemps après le Traltalello in laïuie di Danle, daté de 1364, où Boccace assure que la Béatrice dantesque est fille de Folco, mais ne parle point de son mari.

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maison de commerce Bardi, à laquelle les Portinari étaient associés. Son fils vécut plus ou moins dans ce milieu, et c'est là sans doute qu'il apprit, de quelqu'un qui lui-même le tenait de quelque frère ou sœur de Bice Portinari, qu'elle était la Béatrice dantesque. Car, lorsque Boccace publie cette nouvelle, nous sommes en 1364. Les personnes qui avaient pu avoir connaissance des amours de Béatrice, morte en 1290, étaient presque centenaires ; et Boccace ne dit point qu'il tient lui-même le fait de la fededegîia persotui ^, la quale la conobbe e jù per consanguinità strettissima a lei; il se borne à dire : « Cette dame, d'après le récit d'une personne digne de foi qui la connut et fut, par consanguinité, très proche d'elle, était fille d'un homme de mérite nommé Folco Portinari. »

Ainsi donc, vers le milieu du xi\^ siècle, circulait dans les familles Portinari et Bardi la légende que leur Bice était celle de Dante ; nous acceptons sur ce point le témoignage de Boccace. Et pourtant Boccace est bien suspect. Sur divers points de la biographie de Dante, tous les critiques s'accordent à le récuser ; il a avancé des assertions grossièrement fausses ; par exemple, que Dante écrivit la Vita nuoi>a au cours de sa vingt-sixième année.

Constatons seulement que, jusque vers 1355, l'identité des deux Béatrices fut renfermée bien jalousement dans le sein de la famille Portinari, puisque les premiers commentateurs du poème *, y compris les fils de Dante, l'ont ignorée et que Boccace, pour conférer ^ cette nouvelle un peu d'autorité, est obligé d'affirmer qu'elle vient d'un proche parent de Bice. Ajoutons qu'elle méritait si peu créance que, quelques années après que Boccace l'eut lancée, Buti la démentit solennellement, ne croyant même pas que la Béatrice de la Comédie ait jamais existé : « Certains croient que Béatrice a été, comme les autres, une dame en chair et en os, mais il n'en est pas ainsi ^ » Les •chroniqueurs qui parlèrent de Dante, les deux Villani, Pucci, Leonardo Bruni, restent muets sur la Portinari.

Il est facile de s'expliquer comment naquit la légende. Avant que mourussent les personnes qui avaient été au courant des amours

1. C'est aussi d'une persona degna di fede que Boccace apprit la rencontre, dans l'église Santa Maria Novella, de sept jeunes dames et de trois jeunes gens (prologue du Décaméron). Dira-t-on que c'est un fait historique?

2. Or deux au moins de ces commentateurs, Jacopo délia Lana et TOttimo, sont ■fort curieux de détails, et s'ils avaient le moins du monde entendu parler des amours de Dante avec la Portinari, ils n'auraient pas manqué de nous le dire.

3. En s'exprimant ainsi, Buti ne sattaque pas directement ^Boccace, mais il est -certain quil connaissait son commentaire, et, par conséquent, ce qu'il avait dit de la Portinari (Zappia, op. cit., 327).

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