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LA LUMIÈRE DE LA DAME-ANGE

Cette influence qui monte dans le ciel, c'est Tétoile qui vient de surgir, en disant : Ton salut t'est apparu. Ce salut peut n'être que la santé morale et physique ; mais je croirais plutôt que l'étoile signifie la puissance béatifiante de la dame, son pouvoir de conversion, la force qui pousse l'homme au salut.

Ainsi donc, Vanna est peut-être une Dame-ange; ce salut, cette influence montée dans le ciel, cette allusion à la Providence, dans la ballade Fresca rosa ^, unique, je crois, dans l'œuvre de cet irréligieux Florentin, pourraient le faire penser. En tout cas, cette Dameange si atténuée n'est pas le précurseur immédiat de Béatrice, quoi qu'en ait dit Dante [V. N., § 24). Cet honneur revient à la dame de G. Guinicelli, dont un simple salut suffit à convertir les hérétiques.

C'est en elle ^, non en Vanna, que nous retrouvons l'ancêtre direct de cette créature miraculeuse dont l'apparition éteint toute vile pensée chez les méchants et même les ferait tomber morts si, s'obstinant à la regarder, ils persévéraient dans leurs sentiments (ch. Donne cKavete). Vanna ne confère le salut qu'à son seul adorateur; elle ne s'intéresse point au reste de l'humanité.

Entre les six compositions de Cavalcanti relatives à la Dame-ange et les quatre sonnets qu'a écrits pour elle Dino Frescobaldi existe une grande ressemblance. Deux d'entre eux, les sonnets Quest'è la giovineita et Questa altissima Stella décrivent la Dame-ange type; on peut leur rattacher deux autres sonnets : Poscia ch'io veggio et Giovane che cosi. Ces quatre poèmes, comme les six du groupe cavalcantien, contrastent de la manière la plus frappante avec la violence, le ton heurté, la douleur désespérée habituels à leur auteur. Un air doux et vivifiant y circule, un souffle de tendresse, de paix, de pureté, l'haleine de

c'est dire que de cette femme émanera une influence irrésistible, que la destinée de l'amant recevra d'elle sa direction, suivant que l'étoile est funeste ou secourable ; et c'est pourquoi le poète fait spécifier par l'astre lui-même : Ton salut t'est apparu. Dire de l'influence de la dame qu'elle est montée au ciel, c'est dire que cette influence a pris un caractère prédominant, qu'elle est un des modes du destin ; c'est dire que, sous forme détoile, elle est allée prendre rang parmi les autres étoiles, qui, d'en haut, conduisent despotiquement les hommes dans les voies qu'elles ont choisies,

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