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Non mi sia villana La dolce Provedenza

2. Dante a imité sur ce point non seulement les idées, mais la forme même des vers de G. Guinicelli.

Guinicelli :

Ancor ve ne diro maggior vertute:

NuU'uom puô mal pensar fin che la vede. Dante :

Ancor le ha Dio per maggior grazia data

Che non puô mal finir chi le ha parlalo.

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l'espoir et du bonheur. Elles respirent la joie de l'adolescence ; la dame y est une toute jeune fille ^. '^

§ 9. La lumière de la Dame-ange.

Sans être particuliers à la Dame-ange, comme la conversion des pécheurs et le salut, certains traits se retrouvent si souvent dans son portrait et dans celui des dames dont le type approche du sien, que nous devons en parler.

Et d'abord, la lumière dont elle pénètre l'univers. Non qu'elle éblouisse plus que les dames d'Oocitanie ; sur ce point, les troubadours donnèrent l'exemple de telles hyperboles quje leurs successeurs se sont montrés incapables de les dépasser. La Dame-ange partage, d'ailleurs, cette propriété avec les autres variétés de dames-, mais elle lui convient tout particulièrement.

Du salut, c'est-à-dire des paroles et des gestes de salutation, les stilnuovistes avaient fait le salut de l'âme dans l'autre vie. Engagés dans cette voie mystique, ils prirent la lumière dans son sens spirituel, qui est Dieu, le Bien, la Vérité, la Charité^. La Dame-ange resplendit, parce qu'elle est divine.

Béatrice est « ce soleil qui le premier enflamma d'amour le cœur de Dante » ; elle est « le soleil de ses yeux » {Par., III, 1 ; XXX, 75).

« Je fus du ciel, dit la Pargoletta (Dante, bail. lo mi son pargoletta), et j'y retournerai pour donner aux bienheureux la joie de ma lumière. »

La dame est l'étoile du matin (G. Guinicelli, sonn. Voglio del ver et Vedutlio). « Votre face répand une telle lumière, dit Guinicelli (sonn. Gentil donzella), que les visages des autres dames s'obscurcissent devant vous, quelle que soit leur beauté. » — • « Si elle apparaît dans la nuit (id., ch. Tcngno di folle), elle lui donne autant d'éclat que le

1. Comme dans le sonnet de Cino, Una gentil piacevol giovinelia, et comme la Pargolelia de Dante ; mais cette dernière, dont l'amour n'apporte que souffrances, diffère essentiellement de la Dame-ange de Frescobaldi.

2. Par exemple la dame du sonnet de Frescobaldi, Una slella di si nuova.

3. « Je suis la lumière du monde », annonce le Christ {Joh., viii, 12). Sap., v, 6 : t Nous nous sommes égarés de la voie de la vérité ; la lumière de la justice n'a point lui pour nous et le soleil de l'intelligence ne s'est point levé sur nous. »

S. th, IlaJœ, qu. 24, art. 5 : « La charité est dans l'âme une lumière spirituelle selon qu'il est écrit, 1 Juh., ii, 10: «Celui qui aime son frère demeure dans la lumière.»

Dans un seul chant du Paradis, Dante trouve moyen d'appeler sept fois Dieu lumière : lumière éternelle, lumière sublime, lumière suprême, etc. {Par., XXXIII, 43,54,67,82, 100,116, 124 ; cf. Par., III, 33 ; V. 8 ;XI,20 ; XXIX, 136).

La plus puissante des lumières de l'univers, le soleil, est le symbole de Dieu. Dieu est appelé soleil, Purg., VII, 26; XIII, 86; Par., IX, 8 ; X, 53; XIV, 96; XXI, 8.3- 87 ; XVIII, 105 ; XXV, 54 ; XXVIII, 116 ; XXX, 126 ; Conv., III, 11.

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jour en doit au soleil ; elle éclaircit l'air et le jour en est jaloux, ctjr lui seul avait de la clarté et maintenant il est égalé par la nuit. »

Ch. Davanzati, eh. Unodisio mè nato [Ant. Rime, III) : « Elle donne au soleil sa clarté ; c'est d'elle que les astres tirent toute leur splendeur. »

Elle fait trembler l'air de sa clarté, dit Cavalcanti, et sa figure resplendit plus que le soleil (sonn. Chi è questa et Af^ete in voi) ; et, dans ce concours d'hyperboles, c'est Cino qui emporte la palme pc.r la plus imprévue des images : la clarté de la dame surpasse celle du soleil; le soleil s'incline devant elle et lui rend honneur (sans doute parce qu'elle lui est supérieure en clarté : sonn. Se mi reputo).

§ 10. La Dame-ange réunit la science à V amour,

La Dame-ange réunit la science à l'amour. « Toutes les vertus, l'amour, la science, dérivent d'elle, » dit Ch. Davanzati (ch. Uno disio m'è nato). « Elle est si sage et si subtile qu'en toutes choses elle connaît la vérité, » dit Cino (ch. Ualta speranza)

C'est ainsi que Béatrice, que le dieu Amour appelle lui-même Amour, tant elle lui ressemble (sonn. / mi sentii svegliar)^ deviendra la science sacrée sans cesser d'être Amour.

§ 11. La Dame-ange répand la joie autour d'elle ; elle est compatissante,

La Dame-ange répand la joie autour d'elle (G. Guinicelli, ch. Tengno di folle); elle fait naître les fleurs sous ses pas (G. Guinicelli, sonu. Gentil donzella) ; elle est « espérance, allégresse, joie accomplie )> (Lapo Gianni, bail. Dolce è il pensier). « Elle réjouit l'atmosphère; du ciel pleut une douceur là où elle demeure;... ses paroles sont vie et paix » (Cino, ch. Ualta speranza). « Son influence rajeunit la terre et la meretréjouitleciel;... quand elle sort dans sa beauté, il semble que l'univers soit tout plein d'esprits d'amour, de sorte que tout noble cœur devient joyeux » (Cino, sonn. Tutto mi saU^a). « Là où se montre votre visage angélique, ceux qui le voient sont toujours dans la jc'e et dans l'allégresse » (Monte, sonn. Tutta gente fate).

Ministre d'un Dieu de clémence, envoyée par le Christ qui donna sa vie pour racheter les pécheurs, la Dame-ange ne peut être que bonne, douce et compatissante, même envers ceux qui le méritent le moins ; elle doit manifester une tendre bienveillance à ceux qui l'aiment. « Si mon départ te fait de la peine, dit-elle à Chiaro Davazati (ch. La mia fedel voglienza; Ant. Rime, III), il m'en fait aussi. » — « Si elle connaissait mes désirs, elle les accomplirait sans que je l'en prie, tant elle aurait pitié de mon martyre » (G. Guinicelli, sonn.

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Vedut'ho). — « Elle ne dédaigne pas les douces paroles » de celui qui la courtise (Lapo Gianni, bail. Dolce è il pensier). Elle s'offre d'ellemême à ceux qui sont dignes de la comprendre (Cino, bail. Poiche saziar non posso). Car « Dieu ne l'a pas faite pour que sa beauté fût meurtrière » (Cino, ch. Si mi distringe). Au contraire, il suffit de l'apercevoir pour oublier tous ses chagrins ; « quiconque vous regarde n'a plus de soucis » (G. Guinicclli, ch. Lo fin pregio avanzato). « Celui qui peut la regarder fixement sent tout d'un coup ses douleurs le quitter ; d'affligé, il devient joyeux » (Ser Noffo, ch. Volendo diinostrare, Nann., I, 60). « Là où vous restez, il ne peut y avoir ni douleur ni langueur, rien que joie et allégresse... de vous vient et renaît l'allégresse... il n'est point d'homme si affligé qui ne redevienne fier et gai en vous contenplant » (Ch. Davanzati, ch. La mia gran heninanza\ Ant. Riîue, III). « Si les affligés contemplent ma dame, ils reviendront à la joie, tant son influence est hors de pair » (id., sonn. La risplendente luce; Mon. Crest.f 253). «Comme le spleil dissipe les nuages et réjouit de ses rayons la nature assombrie, les cœurs les plus troublés reviennent à la joie, quand vous apparaissez, et tous les visages s'éclairent d'amour » (id., ch. La mia gran beninanza). « Votre beau visage rassure ceux qui ont peur d'aimer et ils ne peuvent plus craindre » (G. Cavalcanti, sonn. Açete in voi). « Dans les yeux de ma dame, je vois une lumière pleine d'esprits d'amour, qui apporte au cœur un tel charme qu'elle y éveille une vie d'allégresse ^ » (id., bail. Veggio negli occhi). « Charme angélique, noble en ses façons, douce en ses traits, toute amoureuse sage en ses paroles, agréments et bonheur, vie et réconfort, lorsqu'elle va par les rues, son rire semble réjouir l'espace. Joie et plaisir à qui reste avec elle ! » (Cino, sonn. Sta nel placer). « Les rayons de ses beaux yeux entrent dans mes yeux énamourés et apportent de la douceur partout où je ressentais de l'amertume » (Dante, ch. lo sento d' Anior). « Puisque je vois mon âme délivrée de l'amertume de ses douleurs, je dirai la douce et suave vie où me maintient mon nouvel amour. Dans mon âme est montée une dame à la gaie jeunesse; la lumière de sa beauté brille comme la perle ou l'étoile du matin. De sa main, elle a mis dans mon cœur un noble et suave esprit qui y exerce l'empire d'amour. Il est le maître de tous mes esprits et sa puissance est telle qu'aucune douleur ne peut lui résister » (D. Frescobaldi, sonn. Poscia cKio

1. Cf. Cavalcanti, bail. Posso degli occhi; L. Gianni, bail. Dolce è il pensier. Cino, ch. Valla speranza : « La haute espérance qu'Amour m'apporte d'une noble dame que j'ai vue, salue doucement mon âme et la fait se réjouir dans mon cœur... son amour me réjouit. » Id., sonn. Una gentil piacevol : « Vois comme sa puissance est douce, ses beaux yeux montrent clairement que nous devons avoir d'elle grande joie. »

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