‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 267 sur 440 · LA PARGOLETTA DE DANTE · texte numérisé non relu

LA PARGOLETTA DE DANTE

l'empire de sentiments diiïérents ou la pression d'événements tels que le gab de la Vita nuoi^a, témoigne que l'image de la dame s'est transformée dans l'esprit de Dante. Il avait cru rencontrer l'ange et il n'a trouvé que le démon. Il ne serait point impossible que cette Pargoletta fût la môme dame que la Pierre.

Car, si, littérairement, les deux types, Dame-ange, Dame-bête féroce, sont séparés par un abîme, ils peuvent se réaliser successivement dans la même personne. Rien n'interdit au poète de chanter tour à tour les rigueurs et les sourires de sa maîtresse, de troquer pour un masque de démon les ailes de séraphin dont il l'a affublée, suivant son inspiration du moment, suivant aussi le double caractère de tout être humain, bon et mauvais suivant l'heure et le lieu. Ces alternatives et ces contradictions sont toutes naturelles, presque inévitables, et chercher trop de suite dans les caractères, c'est se méprendre. Vouloir qu'une femme soit toujours bonne ou toujours méchante, ce serait, même en vers, beaucoup d'exigence. Mais les prodigieuses hyperboles qui gonflent en déesses ou en brutes les amantes du Stil nuo^'o dérangent un peu l'idée que nous nous faisons des simples mortelles ; que l'ange soit une bête fauve, nous ne l'admettons pas volontiers et nous préférerions qu'un rayon de simplicité vînt éclairer ces fumeuses conceptions.

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