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CHAPITRE XVI COR, ANIMA, MENTE, SPIRITI

§ 1. La trinité cor, anima, mente; sens ordinaire de ces trois mots (488). — § 2. Anima, en général, ne signifie pas âme, mais vie (489). — § 3. Autres sens du mot anima (491). — §4. Divers sens de menle (493). — § 5. Double sens du mot cor; étrangclés (493). — § 6. Interprétations arbitraires données par Dante (496). — § 7. Spirili ; les esprits physiologiques (498). — § 8. Les divers sens du mot spiriio (501).

5 1. La trinité acory anima, mente y>; sens ordinaire de ces trois mots.

Poussé par le démon de la scolastique, Guido Cavalcanti intronisa dans la poésie, en même temps que la physiologique séquelle des spiritiy trois personnages qui ne cessent de parler, de s'agiter et de mourir, sous prétexte de psychologie. Ils se nomment cor, anima^ mente. Aucun d'eux n'aime à se montrer hors de la compagnie de ses acolytes ; presque inséparables, ils constituent une trinité, qui est une des plus bizarres inventions du Stil nuovo ^. D'un poème à l'autre, quelquefois au cours d'un même poème, ces grands bavards «changent sans façon leur rôle entre eux ; ils sont employés comme synonymes, car le vocabulaire technique du Stil nuo^o, en dépit de sa pédanterie, manque de précision. Mais puisque cor, anima,

\. Elle intervient à chaque instant chez Cavalcanti, fréquemment chez Cino, moins souvent chez les autres stilnuovistes. Les troubadours et les Siciliens l'ont •complètement ignorée, autant que les spirili. A peine pourrait-on trouver chez •eux de très lointaines analogies. Lanfranc Cicala, Quant en bon luec, M. G. 715 i •« L'amour s'avive et s'accroît, de manière à occuper le cœur, l'esprit et la volonté icor, gien, iniendanza). » Ce troubadour dialogue avec son cœur {Entre mon cor et mon ^aber). Gaucelm Faidit (R. Lex, Razos et mandamen) : «Dame, j'ai mis en votre prison mon cœur et mon intelligence (/ cor el sen), mes yeux et ma pensée. » Bernard <le Ventadorn {Chanlars non pot guaire) et Matfre Ermengau {Brev. d'Am., 31155) aiment avec leur cœur et leur tête [cor et sen), et aussi Jacopo d'Aquino {al cor m'è nalOy Nann. 1, 185) : «Amour s'est emparé de mon cœur, de mon désir et de mon ■âme. ■ — Quand Cino (sonn. Una ricca rocca) souhaite d'habiter un château muni -de tous les agréments « que peut penser le cœur et dire la bouche », il ne fait que traduire Uc Brunet (Corfezamen,R. III, 315): « Le cœurne peut penser, ni la bouche <iire l'amour et la pure amitié que j'ai pour elle. »

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