De proprieialibus rerum, lib. III, cap
« ... L'esprit est un certain corps subtil engendré par la force de la chaleur naturelle ; par les veines il donne la vie au corps, par les artères il administre à l'organisme le souffle, la vie et le pouls et, en opérant au moyen des nerfs et des muscles, il lui confère les sens et le mouvement volontaire.
«Cet esprit, d'après les médecins, est ainsi engendré! sous l'influence de la chaleur du sang, il se produit dans le foie une forte ébuUition. Il en provient une fumée qui, épurée et sublimée par les veines du foie, est convertie en une certaine substance, subtile et spirituelle, c'est-à-dire ayant la nature de l'air. On l'appelle esprit naturel {spiritus naluralis) parce que son pouvoir naturel est de donner de la subtilité au sang et, grâce à sa légèreté, de l'envoyer dans tous les membres ; c'est pourquoi cet esprit est appelé gouverneur de la faculté naturelle {virlus naluralis), comme dit Constantin {Panlegni, ch. 7).
« Cet esprit est envoyé au cœur par certaines veines et là, par le mouvement du cœur, il est encore plus épuré et converti en une nature plus subtile et alors il est appelé par les physiciens spiritus vilalis parce que du cœur il se répand par les artères dans tous les membres du corps et, augmentant la force spirituelle (c'est-à-dire la force de l'esprit naturel), rectifie et conserve son opération... Le même esprit, pénétrant dans les ventricules du cerveau, y devient encore plus subtil et devient l'esprit animal qui est le plus subtil de tous. Cet esprit animal, engendré dans le ventricule antérieur du cerveau, se répand plus particuhèrement dans les organes des sens ; cependant, une partie en demeure dans ces ventricules pour parfaire le sens général (sens commun) et l'imagination. Il passe ensuite au ventricule du milieu, c'est-à-dire à la cellule logique, pour parfaire l'intellect. L'intellect formé, il passe à la poupe, c'est-à-dire à la cellule de mémoire, pour déposer dans le lit de la mémoire les impressions qu'il a recueillies dans les autres cellules. De la poupe, c'est-à-dire de la partie postérieure de la tête, c'est-à-dire du cerveau, il pénètre aux
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De- proprietatihus rerum^ III, 22 : « Il n'y a qu'un seul et même ^piritus pour les divers usages; dans les divers membres, il porte différents noms. Dans le foie il est le spiritus naturaîis, dans le cœur Je spiritus vitalis ; et on l'appelle animalis, lorsqu'il opère dans la lête. Ce spirituSy il ne faut pas croire qu'il soit l'âme humaine rationnelle, mais il est plutôt, comme dit Augustin, son véhicule et son instrument. C'est grâce à ce spiritus que l'âme est jointe au corps et, sans ce spiritus, l'âme ne peut exercer pleinement son action sur le corps. Si ces spiritus sont blessés ou empêchés dans leurs opérations, l'harmonie du corps et de l'âme est brisée, etc. »
Cet esprit unique, déjà doué de trois noms différents, pouvait se subdiviser à l'infini. D'après Dante (V, N.. § 1), l'esprit animal régit les esprits des cinq sens et harangue l'esprit de la vue^. Chez Cavalcanti, tout mouvement de l'âme, jusqu'au rire et à la fugitive rougeur de la face, est dû à un esprit spécial, un petit esprit, spiritello ^.
Et c'est la grande innovation de Cavalcanti, le sceau original qu'il imprima au Stil nuovo. Il y introduisit une trinité psychologique, cor^ aninia, mente, autour de laquelle il fit bourdonner, dans une incroyable agitation, la physiologique séquelle de ces spiriti. Et il obtint ainsi, aux dépens du bon sens et de la clarté, le mouvement dramatique de son style.
A vrai dire, la théorie du spiritus s'adaptait fort bien à la manière dont les troubadours avaient décrit la naissance de l'amour, la flamme jetée par les yeux de la dame, passant par les yeux de l'amant et pénétrant jusqu'à son cœur. Cette flamme n'est que le spirituSy le fluide physiologique de la dame, et c'est en ce sens qu'il faut comprendre les expressions comme amoroso ^ sguardo spiritale, lume pien
nerfs moteurs par la moelle épinière que les physiciens appellent nuque et c'est ainsi que le mouvement volontaire est engendré dans toutes les parties inférieures du corps. »
Ces divers esprits, formes d'un esprit unique, ne sont que les instruments des facultés auxquelles ils correspondent et que Barthélémy a étudiées (lib. 111, cap. XIV). Il nous reste à parler des facultés qui permettent à l'âme d'exercer son action sur le corps. Cette faculté, c'est un pouvoir attribué à l'âme expressément pour agir sur le corps. Grâce à elle, l'âme vivifie le corps, resserre et dilate les artères, administre à tout corps animé le sens et le mouvement. Elle est donc triple, mrîus naturalis qui a son siège dans le foie, virlus vitalis sive spirilualis dans le cœur, virlus animalis dans le cerveau... »
1. Flamini (Rass. bibl. Ml. ital., 1910, 168-174) a fait remarquer que Dante avait puisé dans Albert le Grand la théorie des spiriti. 11 l'a littéralement traduit : spiritus naturalis qui per nulrimenlorum regionem spiral el nulrimenlo et digeslioni deservil — io spirilo nalurale lo quale dimora in quella parte ove si minislra lo nulrimenlo noslro.
2. Bail. / prego voi : lo suo gentile spirilo che ride; sonn. Cerlo non è : il rosso spirilo <he appare nel vollo.