‹ Autour de Dante; Les BéatricesChapitre 28 sur 440 · LA FEMME BARBARE · texte numérisé non relu

LA FEMME BARBARE

comme témoins dans les actes, etc. Adressons-nous donc aux lois. D'une courte étude résultera cette conclusion que la femme, beaucoup moins libre en général qu'aujourd'hui, l'était pourtant davantage à quelques égards. Non seulement les suzeraines, mais les simples bourgeoises jouissaient parfois de droits politiques ; elles possédaient aTissi quelques facultés civiles qu'elles n'ont plus maintenant.

§ 2. Coexistence de la législation romaine et des lois barbares;

la femme barbare.

Les peuples du moyen âge se composaient d'éléments autochtones, régis par les institutions romaines, et de conquérants barbares qui avaient gardé leurs coutumes ; comme les deux races, victorieuse et sujette, les deux législations s'opposèrent en certains points, ailleurs se fondirent, sans perdre la trace de leur double origine. La Romaine, aux temps de Justinien, était presque l'égale de l'homme, alors que la femme germaine restait soumise à une tutelle perpétuelle dont les derniers vestiges ne se sont effacés que de nos jours. Les Quirites admettaient l'autorité de l'épouse, domina uxor, dans l'étroite limite des travaux domestiques ; les envahisseurs écoutaient parfois leurs prêtresses, mais maintenaient leurs femmes dans la sujétion. Le culte de la femme n'a pas été pratiqué par les uns plus que par les autres. Il a été inventé en \Occitanie, c'est un produit de notre sol, et il ne faut pas en chercher l'origine dans les forêts de l'Allemagne ^

Qu'on ne se méprenne pas aux courts passages [Germ.^1 et 8-; Hist., VI, 61, 65) où Tacite .parle de Velléda et d'Aurinia, vénérées comme des déesses et qui paraissent avoir joui d'une certaine autorité dans les affaires publiques. « Ils croient, dit le sévère historien, que ce sexe a quelque chose de divin et ne négligent ni leurs conseils, ni leurs réponses. » Il ne faudrait pas se faire illusion. Les Sibylles bénéficiaient, dans l'antiquité classique, d'une condition, quasi surhumaine ;. on entourait les Vestales du plus grand respect, alors que la femme était considérée comme une créature inférieure. Et, au moyen âge, le culte de Marie n'empêchait pas les théologiens de maudire les filles d'Eve.

La Barbare, plus encore que la Romaine des premiers temps, est une esclave. Les Germains, de l'aveu même de Tacite, admettaient

1. On ne connaît la femme gauloise que par les Commentaires de César; sa condition paraît avoir été semblable à celle de la femme germaine.

34 l'amour et la femme en ckicitanie

la polygamie ^ ; une telle coutume ne se concilie point avec le respect de la femme. Et pour voir combien elle était subordonnée au mâle, il suffit de jeter le plus rapide coup d'oeil sur les lois barbares '-. Le mari l'achète et la vend comme un autre objet, la répudie ^^ la bat ou la tue à son gré. Si elle essaie de s'enfuir, on la noie dans la boue (loi des Burgondes). A la mort de l'époux, on la brûle sur son bûcher avec les esclaves et les chevaux. En Allemagne, au xi^ siècle, dans le diocèse de Worms, le mari garde encore le droit de tuer sa femme, pourvu que ce soit à bon escient, rationahiliter, et de la vendre. C'est ainsi qu'un père de famille livre comme serfs à une église de Cologne sa femme, ses deux fils et ses trois esclaves *.

Jamais la femme n'est libre. A défaut de père ou de mari, les parents exercent sur elle le mundium, tutelle perpétuelle destinée à la protéger contre sa faiblesse et ses égarements et aussi à nourrir ses proches à ses dépens, car ils peuvent vendre le mundium à beaux deniers et, s'il n'était point lucratif, personne ne songerait à l'acheter. Chez les Lombards, la personnalité de la femme est écrasée sous le poids du tuteur ou munduald. Si elle est insultée, c'est lui qui touchera l'amende ; si elle insulte, c'est lui qui paiera ^ ; il est responsable de ses actes comme de ceux de ses enfants en bas âge, de ses esclaves

1. Si la polygamie n'était pas plus répandue ehez eux, dit Tacite, c'est qu'elle esl trop dispendieuse.

2. Si le wehrgeld de la femme est plus élevé que celui de l'homme (le double chez les Allaman? et les Bavarois, un tiers de plus chez les Lombards), ce n'est pas que son existence soit plus précieuse, c'est qu'elle est plus menacée ; les femmes n'ayant guère la force de se défendre, on en tuait trop et il fallait contenir les meurtriers par la menace d'une plu? forte amende.

Chez les Visigoths où la femme a\-ait à certains égards, notamment en matière successorale, des droits égaux i^i ceux de l'homme, le wehrgeld de la femme était inférieur, sauf entre quinze et vingt ans où il était supérieur ; entre cmquante et soixante, et passé soixante-cinq, les deux wehrgeld étaient égaux ; mais, jusqu'à quinze ans, de vingt à cinquante ans, de soixante à soixante-cinq, le wehrgeld de l'homme est plus élevé.

Dans les coutumes du moyen âge qui ont conservé le wehrgeld, celui de la femme est inférieur de moitié à celui de l'homme. Les mœurs s'étant adoucies, la vie de la femme se trouvait moins exposée et les coutumes la taxaient à un taux correspondant à son infériorité, consacrée par tant d'incapacités juridiques et d'arguments théologiques.

3. Cependant le mari qui répudie sa femme sans molif doit payer une amende au fisc et donner à la femme deux fois le prix du mundium (loi des Burgondes). Une disposition postérieure de cette loi oblige même le mari à faire, en ce cas, à sa femme et à ses enfants, l'abandon de ses bi^is. — D'après la loi des Allaraans et des Bavarois, le mari en était quitte pour délivrer à la femme son douaire.

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